Villas « trop grandes » : la pénurie de logements justifiera-t-elle de nouvelles taxes, voire pire ?
En Suisse, 72 % des villas seraient sous-occupées. Face à la pénurie, ces pièces « excédentaires » attirent l’attention. Ailleurs, les pouvoirs publics taxent ou pénalisent déjà certains logements jugés insuffisamment occupés.
Le pays manque de logements, mais ses propriétaires auraient trop de place. Selon les chiffres rapportés par 20 Minutes, plus de 625 000 maisons individuelles suisses, soit 72 %, seraient sous-occupées : 1,4 million de pièces « excédentaires ». Une comptabilité séduisante, dans un pays où le taux de logements vacants est tombé à 0,93 %. Encore faut-il rappeler qu’une chambre d’amis n’est ni un appartement disponible ni un bien abandonné.
Les propriétaires, souvent âgés, devraient-ils quitter leur maison après le départ des enfants ? Le calcul est moins évident qu’il n’y paraît : déménager vers plus petit peut coûter davantage. La pénurie persistante renchérit précisément l’accès à un nouveau logement. Punir ceux qui restent chez eux ne ferait pas surgir de nouveaux immeubles.
Certains s’y essayent pourtant, à coups de carotte et de bâton. Surtout de bâton. Au Royaume-Uni, la « bedroom tax » réduit de 14 % ou 25 % la part du loyer prise en charge pour certains locataires sociaux en âge de travailler, selon le nombre de chambres jugées superflues. En France, la taxe sur les logements vacants frappe les biens inoccupés dans les communes concernées. Nuance décisive, elle ne s’applique pas à la villa qui reste la résidence principale de son propriétaire. En Irlande, une prime publique encourage l’hébergement volontaire de réfugiés ukrainiens, à hauteur de 400 euros par mois depuis septembre 2026.
Le bâton n’a d’ailleurs rien d’une curiosité étrangère. Dans leur programme « Logement 25+ », les Vert’libéraux proposent d’instaurer une taxe sur les logements spacieux ( PDF) dans les régions où les logements vacants se font rares, le produit étant redistribué au profit des ménages qui occupent peu de surface. Un parti représenté au Parlement fédéral va ainsi plus loin que l’exemple français : il ne s’agit plus de taxer des logements vides, mais des logements habités, et de faire payer au propriétaire d’une maison familiale ses mètres carrés au nom d’une pénurie qu’il n’a pas créée.
Cette taxe se tromperait en outre de cible, car la pénurie ne vient pas des maisons familiales : l’Office fédéral de la statistique attribue au solde migratoire, soit 70 400 personnes en 2025, environ 92 % de la croissance démographique du pays, et c’est cette demande supplémentaire, que la construction ne parvient pas à suivre, qui tend le marché, bien plus que le retraité resté dans la maison où il a élevé ses enfants. Avant de compter les chambres d’amis des propriétaires, il serait plus logique de se demander combien de nouveaux habitants la Confédération peut loger chaque année.
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