Industrie suisse : terres rares et aimants chinois, talons d’Achille de la précision helvétique
La Suisse excelle dans les machines et la haute précision, mais dépend de terres rares transformées en Chine. Les contrôles de Pékin perturbent déjà des industriels helvétiques. Or, Berne jugeait encore son économie relativement protégée en 2024 : la guerre commerciale révèle la fragilité de ce pari, une faille que sa neutralité ne saurait combler.
La guerre des terres rares frappe déjà l’industrie suisse. D’après l’enquête d’avril 2026 de Swissmem, un tiers environ des marchandises importées par les entreprises sondées est soumis aux contrôles chinois. Plus de la moitié des sociétés touchées ont connu des retards. Pour Martin Hirzel, président de Swissmem, la Suisse risque d’être une « victime collatérale » du duel sino-américain. Une guerre subie, pas choisie.
La Suisse importe directement moins de 30 tonnes de métaux et composés de terres rares par an. Chiffre rassurant ? Pas vraiment, il ne compte que les matières premières, pas les aimants et autres composants déjà incorporés aux moteurs, capteurs et machines qu’elle achète. Un composant importé d’Europe peut donc dissimuler une dépendance chinoise.
L’Agence internationale de l’énergie le montre : en 2024, la Chine assurait 60 % de l’extraction des terres rares pour aimants, 91 % de leur raffinage et 94 % de la fabrication mondiale d’aimants permanents. Découvrir un gisement hors de Chine ne suffit pas à se libérer de la tutelle de Pékin si le raffinage reste chinois.
Le Conseil fédéral jugeait pourtant la Suisse, dans son rapport de décembre 2024, « relativement protégée » des ruptures : elle importe surtout des produits semi-finis de ses voisins. L’analyse portait sur les minéraux de la transition énergétique et faisait donc l’impasse sur les dépendances indirectes.
Ce pari fragilise un secteur tech dont un quart des entreprises interrogées étaient déficitaires au premier semestre 2026. Aux faibles commandes et à la concurrence chinoise s’ajoute la pénurie qui immobilise une chaîne, talon d’Achille de la précision helvétique.
De la mine à l’usine, le verrou chinois
L’avertissement n’a rien de théorique. En avril 2025, les restrictions chinoises sur sept terres rares lourdes ont forcé des constructeurs automobiles occidentaux à réduire ou suspendre leur production. Des contrôles élargis, annoncés en octobre sur des composants fabriqués hors de Chine, ont été suspendus jusqu’en novembre 2026. Pékin conserve la main sur le robinet et entend le faire savoir.
La contagion menace les fournisseurs suisses de l’automobile : plus de 500 entreprises helvétiques et quelque 30 000 emplois dépendent de cette filière déjà en crise. L’AIE estime qu’une application intégrale des contrôles annoncés exposerait jusqu’à 6 500 milliards de dollars de production annuelle hors de Chine. On se rassurera en soulignant qu’il ne s’agit que d’une estimation.
À l’horizon 2035, les capacités existantes et leurs extensions prévues hors de Chine ne couvriraient qu’un quart de la demande extérieure en raffinage et moins d’un cinquième en aimants. Côté européen, la Cour des comptes constatait en février 2026 que la diversification des approvisionnements ne donnait toujours pas de résultats tangibles.
Berne a noué une coopération avec l’Indonésie en juillet 2026 sur les matières premières critiques. Initiative utile… sur le papier, car sans garantie de livraison. La Confédération préfère les partenariats et l’initiative privée à la constitution de stocks publics généralisés. Reste à savoir comment ses PME feront face à la prochaine restriction.
La Suisse peut proclamer sa neutralité, elle ne négocie pas à armes égales avec le maître du raffinage et des aimants. Tant que ces chaînes resteront concentrées, son autonomie industrielle face à Pékin restera toute théorique. On ne fabrique pas la souveraineté à coups d’annonce de coopération.
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