Logement : la Confédération franchit le seuil de pénurie et les prix franchissent la frontière
Avec seulement 0,93 % de logements vacants, la Suisse replonge dans une pénurie généralisée. Genève et Zoug touchent presque le plancher, tandis que la pression immobilière gagne aussi les territoires français voisins.
Au 1er juin 2026, la Suisse ne comptait plus que 45 493 logements vacants, soit 0,93 % du parc. Leur nombre a encore reculé de 6,1 % en un an. En 2020, le taux de vacance atteignait encore 1,72 %. En six ans, il a presque été divisé par deux.
La moyenne nationale cache des écarts considérables. Quinze cantons sont désormais sous 1 %. Zoug touche le plancher avec 0,20 %, devant Genève à 0,31 % et Obwald à 0,38 %. Dans le canton de Genève, il ne reste plus que 793 logements vacants, contre 858 un an plus tôt. Vaud n’est guère mieux loti : 0,87 % de vacance, avec seulement 0,64 % dans le district de Lavaux-Oron. À l’inverse, le Jura, pourtant frontalier, affiche 3,35 %. La frontière n’explique donc pas à elle seule la pénurie.
Dans les grands bassins d’emploi transfrontaliers, elle contribue en revanche à propager la tension. Le diagnostic publié en avril par le Grand Genève estime que la hausse des prix et des loyers est « amplifiée par l’effet frontière ». Côté français, les loyers proposés ont progressé de 20 % entre 2020 et 2025, pour atteindre 17,5 euros le mètre carré en moyenne dans le Genevois français.
Le mécanisme tient aux écarts de revenus. Les ménages payés en Suisse disposent d’un « avantage décisif » face à ceux rémunérés uniquement en euros, pourtant majoritaires côté français. Le rapport observe ainsi des reports résidentiels toujours plus loin de Genève : 52 % des actifs transfrontaliers travaillant en Suisse résident à plus de 30 km de leur emploi, et 22 % à plus de 50 km. Il ne décrit toutefois pas un simple « déversement » des Suisses vers la France : ce sont surtout les différences de salaires et la saturation du cœur genevois qui redessinent progressivement le marché.
La pénurie reste donc très suisse dans ses causes immédiates, mais de moins en moins dans ses effets. Quand le logement se raréfie à Genève, la frontière administrative tient bon ; les prix, eux, la franchissent sans montrer leur passeport.