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Raphaël Glucksmann : peut-on être atlantiste, ami de Sarkozy et de BHL, de gauche et jouer les rabatteurs ?

Investi candidat de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle, Raphaël Glucksmann voit ressurgir ses années géorgiennes. Son ancien compagnon de route Félix Marquardt l’accuse d’avoir conduit sa compagne dans le bureau du président Saakachvili avant d’en refermer la porte, un épisode que Le Monde, selon lui, a soigneusement édulcoré.

La rédaction
22 octobre 2026 Modifié le 22 octobre 2026 à 17h26
4 min de lecture

Sa victoire à la primaire, acquise avec 66,17 % des voix dès le premier tour, a fait du fondateur de Place publique le porte-drapeau d’une gauche dont le Parti socialiste n’est plus que le supplétif. C’est le moment qu’a choisi Félix Marquardt, lobbyiste entré au service de Tbilissi par l’entremise de la cellule diplomatique de l’Élysée sous Nicolas Sarkozy, pour raconter en vidéo ce que le quotidien du soir avait écarté. Le témoin n’est pas désintéressé, lui qui se présente sur X comme un « ancien connard atlantisto-mondialiste » et s’est depuis rallié à Jean-Luc Mélenchon, rival direct de Glucksmann, mais son récit est précis et il assure l’avoir fait corroborer par l’intéressée elle-même.

La porte du bureau

Selon Marquardt, Mikheïl Saakachvili, que tout le palais appelait « Micha », aurait obtenu le numéro de sa compagne par le secrétariat de la présidence avant de la couvrir de messages insistants, sans tenir compte de la mise au point que Marquardt lui avait fait passer par Glucksmann.

Lors d’un dîner à la présidence, la jeune femme aurait prié Glucksmann de ne pas la laisser seule avec le président ; il l’aurait conduite jusqu’au bureau, poussée à l’intérieur et aurait refermé la porte derrière elle.

Venu lui demander des comptes le soir même, Marquardt se serait entendu répondre qu’il était grassement payé et qu’il ferait mieux de se taire, un conseiller diplomatique de l’Élysée présent ce soir-là l’invitant de son côté à rester à sa place, ce qu’il reconnaît avoir fait pour ne pas perdre l’argent.

Le quatorzième paragraphe

Pour son portrait de Glucksmann en élève de l’école géorgienne, paru le 12 juillet, le journaliste du Monde aurait d’abord objecté qu’il n’avait qu’une source, puis exigé un témoignage écrit de l’intéressée, puis un entretien avec elle, et obtenu l’un comme l’autre.

Il en reste quelques lignes au quatorzième paragraphe, où la jeune femme devient une directrice d’ONG anonyme et où le conseiller « tourne les talons » au lieu de fermer la porte, tandis que Glucksmann dit ne garder aucun souvenir de l’épisode et concède que son ancien patron était peut-être « lourd avec les femmes ».

L’amnésie surprend chez un homme qui passait, selon un habitué du palais cité par Marc Endeweld, dix-sept à dix-huit heures par jour aux côtés de Saakachvili, et Marquardt soupçonne un article conçu pour désamorcer l’affaire en la publiant sous une forme inoffensive.

De quoi Glucksmann est-il le nom ?

D’un milieu plus que d’une gauche. Son père André, ancien maoïste devenu figure des nouveaux philosophes, avait soutenu Nicolas Sarkozy en 2007 avant d’en recevoir la Légion d’honneur, et le fils l’avait suivi dans ce choix.

C’est Bernard-Henri Lévy, « ami de la famille », qui l’a entraîné en Géorgie en 2008, où ce « consultant en révolution » autoproclamé est devenu l’ombre d’un président dont il salue encore la clairvoyance face à Moscou, bien que celui-ci ait été condamné pour abus de pouvoir puis incarcéré en 2021.

L’IRIS, qui n’a rien d’un repaire souverainiste, rattache sa ligne à une tradition « occidentaliste, atlantiste et néoconservatrice », et Jean-Luc Mélenchon lui reproche d’avoir « travaillé avec le dictateur ». Compagnon de Léa Salamé, visage du journal du soir de France 2 et elle-même fille d’un homme politique libanais ayant travaillé pour George Soros, le candidat évolue dans un entre-soi où la presse de référence n’a guère envie de creuser.

Choisir son camp

Au Parlement européen, Glucksmann sommait le gouvernement géorgien de choisir entre un arrangement avec le Kremlin et le rapprochement avec l’Europe, logique de camp que le PS suisse habille d’un adjectif lorsqu’il plaide pour une « neutralité active » compatible avec la reprise des sanctions de l’UE ( PDF). Soit on est neutre, soit on ne l’est pas, et si les Suisses (en réalité, une petite minorité) ont rejeté l’initiative sur la neutralité le 27 septembre, le combat continue. Le jour où un président Glucksmann (improbable, mais sait-on jamais) viendra expliquer à Berne qu’il faut choisir son camp, on se souviendra qu’à Tbilissi, à en croire Félix Marquardt, le sien consistait à tenir la porte.

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