Inflation en Suisse : 1,5 % en octobre, mais 0,6 % sans le pétrole
Les prix ont augmenté de 1,5 % sur un an en octobre, leur plus forte hausse depuis décembre 2023. Mazout, essence et diesel, qui pèsent à peine 2 % du panier de consommation, en expliquent plus de la moitié, et les ménages chauffés au mazout voient leur facture presque doubler.
L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié mardi l’indice des prix à la consommation d’octobre, en hausse de 0,2 % sur un mois et de 1,5 % sur un an, contre 1,0 % en septembre, alors que les économistes interrogés par l’agence AWP tablaient sur 1,1 % à 1,4 %. En février encore, à la veille de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’inflation se limitait à 0,1 % dans la Confédération.
Le pétrole explique plus de la moitié de la hausse
Les produits pétroliers ne représentent que 2,1 % du panier, mais ils affichent une hausse de 40,3 % sur un an ( PDF), avec 81,4 % pour le mazout, 36,9 % pour le diesel et 26,5 % pour l’essence, sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient. Sans eux, l’indice n’augmenterait que de 0,6 %, et l’inflation sous-jacente, qui écarte l’énergie, les carburants et les produits frais et saisonniers, reste à 0,5 % comme en septembre. Les produits importés gagnent 3,7 %, contre 0,8 % pour les produits indigènes.
Le saut d’un demi-point entre septembre et octobre ne doit toutefois qu’à moitié à l’énergie : selon notre calcul, l’autre moitié vient des produits frais et saisonniers, qui avaient reculé de 2 % en octobre 2025 et n’ont pas répété cette baisse cette année.
Mazout et primes : ce que la moyenne ne montre pas
Le mazout ne pèse que 0,4 % du panier, alors que 32 % des ménages suisses se chauffent ainsi. Pour une livraison de 3 001 à 6 000 litres, les 100 litres coûtaient en octobre 168,68 francs, contre 92,73 francs un an plus tôt, soit le niveau le plus élevé des relevés mensuels de l’OFS, commencés en mai 2000. Une commande de 4 000 litres passe ainsi d’environ 3 700 à 6 750 francs, et le diesel, à 2,41 francs le litre, dépasse lui aussi son sommet de juillet 2022.
Berne ne prévoit pas d’intervenir : le Secrétariat d’État à l’économie jugeait fin septembre « essentiel que les prix des carburants reflètent les signaux de rareté », quand l’Allemagne réduisait ses taxes de près de 17 centimes d’euro par litre jusqu’à fin décembre. Sur le mazout, la Confédération prélève une taxe CO₂ de 31,80 francs pour 100 litres ( PDF), soit près d’un cinquième du prix actuel, même si un peu plus de la moitié de son produit revient à la population et à l’économie.
Le panier ignore par ailleurs les primes maladie, en hausse de 5,0 % en moyenne pour 2027, que l’OFS assimile à des transferts ( PDF) : seuls les soins et les médicaments y figurent.
BNS : une hausse des taux ne ferait pas baisser le pétrole
Le taux de 1,5 % reste dans la fourchette de 0 à 2 % que la Banque nationale suisse (BNS) assimile à la stabilité des prix. Plusieurs économistes cités par Cash renvoient à 2027 la première hausse d’un taux directeur maintenu à 0 % le 24 septembre, Arthur Jurus (Oddo BHF) soulignant qu’elle ne ferait pas reculer le pétrole, tandis que Thomas Gitzel (VP Bank) la juge de plus en plus probable dès décembre.
Selon la méthode commune à l’Union européenne, l’inflation suisse atteint 1,6 %, alors que les estimations publiées vendredi donnent 2,8 % en Allemagne et 3,8 % en France, 4,9 % en Espagne et 5,6 % en Italie. La Banque centrale européenne doit fixer un taux unique pour des économies dont l’inflation va du simple au double, quand la BNS n’a à considérer que la Suisse.
Le Brent a perdu 7,6 % lundi, à 104,77 dollars le baril, sur des signes de dialogue entre Washington et Téhéran, mais aucun accord n’est signé et la réouverture du détroit d’Ormuz reste à négocier. Les chiffres de novembre paraîtront le 2 décembre, huit jours avant la prochaine décision de la BNS.
Poursuivre la discussion
Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.