L’inversion accusatoire : quand les criminels deviennent des victimes et notre société le grand responsable, voire le grand Satan !
Un article de la Tribune de Genève entend dévoiler « les mécanismes de la stigmatisation » dont souffrirait la communauté maghrébine à cause des statistiques sur la délinquance. Uli Windisch le décortique et y retrouve, réunis en un seul texte, tous les procédés d'un discours qui déresponsabilise les criminels et retourne l'accusation contre notre propre société.
Le thème de cet éclairage est la criminalité étrangère, et plus précisément la manière dont on en parle. Je me fonde sur un article paru dans la Tribune de Genève le 1er octobre 2026, intitulé « Comment les statistiques sur la délinquance portent préjudice à la communauté maghrébine ». Cet article prétend nous dévoiler les mécanismes de la stigmatisation des immigrés, et je l’ai choisi parce qu’il est vraiment caricatural : ce système d’excuses manipulatoires est très courant, mais on le voit rarement poussé à ce point.
Les statistiques en cause sont celles dont nous avons parlé sur ce site, qui montrent que la criminalité des requérants d’asile maghrébins peut aller jusqu’à 80 %. Bien sûr que tous les requérants d’asile ne sont pas des criminels, personne ne le prétend. Mais la thèse de base de l’article est que ces chiffres sont eux-mêmes un exemple des mécanismes de la stigmatisation : le problème n’est plus la criminalité, c’est le fait d’en parler.
Le sociologisme, ou le criminel innocenté
On convoque d’abord une juriste, directrice de l’Observatoire de la Fondation DIAC sur le racisme anti-musulman. Un observatoire du racisme anti-musulman, donc ; on n’aura jamais d’observatoire du racisme musulman envers nous, les Occidentaux, les Blancs. Cette personne conteste aussitôt la présentation des chiffres en rappelant que les hommes concernés ont un faible niveau de formation et une situation socio-économique précaire, et que cela expliquerait la plus grande partie de cette criminalité. Nous avons là exactement ce que j’appelle le sociologisme : le criminel n’est jamais responsable en tant qu’individu, en tant que personne ; ce sont la société et les critères sociaux qui sont en cause. On déresponsabilise, on innocente presque les criminels.
Un autre facteur d’excuse vient s’y ajouter : ces Maghrébins seraient majoritairement de jeunes hommes seuls. Depuis quand le fait d’être seul conduit-il à la criminalité, ou l’excuse-t-il ?
L’UDC, ou le procès d’intention
On convoque ensuite un sociologue de l’Université de Genève, qui se dit sociologue sans l’être, qui y exerce même des responsabilités, et qui est invité très régulièrement dans tous les médias dès qu’un sujet se prête au politiquement correct et à la sociologie de l’excuse, celle où c’est toujours la société qui est fautive. Que nous dit-il ? Que c’est l’UDC qui utilise ces pourcentages de criminalité maghrébine, et qu’elle le fait pour « marquer les esprits ». Comme si la réalité ne comptait pas : on ne discute pas les chiffres, on prête des intentions. Si l’UDC parle de ces chiffres, c’est forcément parce qu’elle est un parti de droite, xénophobe, mû par des intentions idéologiques et intéressées, alors qu’il s’agit simplement de la réalité. Et comme si Monsieur et Madame Tout-le-Monde ne savaient pas faire la distinction entre constater une réalité et la généraliser à tout le monde. C’est pourtant élémentaire, chacun le sait, même si de tels comportements provoquent, bien sûr, la révolte de la population.
Ce qui est intéressant, c’est la technique, ce sont les arguments utilisés pour montrer que les gens qui parlent de criminalité exagèrent, se trompent, sont à côté de la réalité et surtout surestiment une criminalité qui ne serait pas si importante que cela. Notre professeur d’université rapporte ainsi une expérience : quand il demande à ses étudiants combien de détenus compte la Suisse, tout le monde exagère et répond 50 000, alors qu’ils sont un peu plus de 7 000. Mais les gens ne sont pas idiots. Il s’agit bien d’une manipulation idéologique qui permet, d’un même mouvement, de critiquer l’UDC et de déculpabiliser la criminalité en la présentant comme marginale. Il précise d’ailleurs que si l’on donnait les chiffres réels, on aurait déjà moins peur. Car évidemment, on ne doit pas avoir peur, alors même que l’on voit des actes criminels, notamment contre des femmes, commis par des requérants d’asile ; pas uniquement par eux, bien sûr, mais on sait qu’ils y sont fortement surreprésentés.
Les amalgames et « l’homme arabe violent »
Vient ensuite un autre mécanisme : les amalgames. Attention aux amalgames. Il va de soi que l’on ferait, à propos des personnes maghrébines, des amalgames qui « réactivent des mécanismes d’exclusion ». C’est parce qu’ils sont exclus qu’ils deviennent criminels, et c’est parfois dit explicitement : c’est parce qu’ils sont exclus, ségrégués, « racisés » comme on dit maintenant, qu’ils sont portés à la criminalité. Ces mécanismes seraient des stéréotypes, celui de l’homme arabe violent par exemple, et c’est cela qu’il faudrait dénoncer, pas la criminalité.
Et d’où vient ce stéréotype de l’homme arabe violent, hérité et profondément ancré ? Des politiques colonialistes, pensez donc. Ce serait une œuvre collective occidentale, façonnée durant des décennies, y compris par les scientifiques, les artistes et les écrivains. Il ne s’agit donc pas de prendre acte de cette criminalité, mais de condamner notre société.
Le cheval de Troie et le burkini
Revient alors la juriste de l’observatoire sur le racisme anti-musulman, qui apporte une nouvelle pierre à l’acte d’accusation ; non pas celui des criminels, bien sûr, mais celui de notre société. L’islam, nous dit-elle, est aujourd’hui « le principal cheval de Troie des politiques populistes ». On avait oublié les populistes, alors qu’il va de soi que l’UDC en est. Tout est perçu de manière complètement faussée, idéologique.
Nouvelle accusation : avec ses politiques populistes, l’actualité suisse abonderait d’exemples d’interdictions ciblées, souvent symboliques, mais « extrêmement violentes pour les personnes concernées ». Et l’on en vient à l’interdiction du burkini. Comme si l’essentiel, pour des immigrés, n’était pas d’abord de s’adapter aux valeurs, aux pratiques et à la culture du pays qui veut bien les accueillir. Non : inversion accusatoire, encore et toujours. On sait très bien que le burkini est un instrument qui sert à militer pour le développement de l’islam, de sa pratique, des mosquées, et à faire passer tout cela pour une diversité parmi d’autres. La Suisse est très diverse, oui, mais il y a des limites à cette diversité si l’on veut maintenir un cadre commun.
« Mais vous parlez très bien le français »
Est convoquée ensuite une autre personne, née et ayant grandi à Genève, de mère tunisienne et de père italien. Là aussi, on rappelle aussitôt des expériences de préjugés et de clichés, avec cet exemple : ayant une fois invité sa mère à une soirée, elle a vu des convives s’étonner que celle-ci parle bien français. Mais c’est le langage courant, et le langage courant n’est pas fait d’une rationalité logique totale et complète. Je pourrais dire moi aussi qu’avec mon nom, j’ai fait l’objet de quantité de remarques qui pourraient passer pour blessantes, mais il faut savoir faire avec. Mon prénom est Uli, U-L-I, et nombre de gens, y compris des scientifiques, ajoutent un « e » à mon prénom, Ueli, pour bien marquer que je suis d’origine suisse alémanique ; et on me dit parfois « mais vous parlez très bien le français ». Cela ne fait pourtant que quatre générations que ma famille vit en Suisse romande. Passons.
On nous dit que ces attitudes se situent « entre ignorance et condescendance ». Mais nous ne sommes pas tenus de connaître en détail toutes les cultures qui existent chez nous. On sait très bien que la tolérance est très grande en Suisse, et qu’il y a effectivement, de plus en plus, une opposition, peut-être même une lutte, contre des valeurs qui contredisent les nôtres et qui sont parfois tout à fait inacceptables. Il suffit de penser à ce que l’on fait aux petites filles dans certaines traditions, ou à d’autres pratiques comme la polygamie. Des anthropologues vous trouveront même des explications extraordinaires pour justifier tout cela au nom de la diversité culturelle, ce qui revient à nier qu’une société a ses valeurs, sa culture et ses pratiques.
La « charge raciale »
Un mot encore sur l’inventivité verbale et notionnelle permanente de ces études antiracistes. Pour aller plus en profondeur et mieux saisir la gravité de ces mécanismes, on part de la criminalité des Maghrébins, de certains Maghrébins, pour finir par nous dire que les gens généralisent tout de suite, que les stéréotypes sont massifs, omniprésents, et qu’ils constituent une sorte de harcèlement psychologique qui place les personnes concernées dans une impasse. Une vraie impasse : on ne peut rien faire, on est toujours stigmatisé, toujours racisé, et dans cet univers infernal, figurez-vous, on doit sans cesse « prouver sa respectabilité ». Ce mécanisme porte un nom, tenez-vous bien, un nouveau concept : la charge raciale. C’est la charge que doivent supporter ceux qui sont stigmatisés, racisés, victimes de stéréotypes et de préjugés.
La recherche devrait pourtant tenir compte d’un fait établi par des travaux extrêmement nombreux et bien fondés sur les représentations sociales : les représentations subjectives sont l’un des moteurs des relations sociales et de la compréhension des sociétés. On peut très bien passer par une vision stéréotypée a priori pour, ensuite, mieux comprendre une réalité.
À les lire, on dirait que les rapports entre cultures différentes, entre requérants d’asile, immigrés et population d’accueil, relèvent d’un univers dionysiaque, d’un monde de violence omniprésente, permanente, dominatrice, à la Foucault, avec ses « micro-agressions ». Et attention, ajoute le prétendu sociologue, au chevet des médias : ces agressions ne sont pas le fait d’inconnus dans la rue, mais d’amis, de camarades de classe ou de collègues ; c’est le poison de la stigmatisation qui opère dans les espaces de sociabilité les plus intimes.
Cette stigmatisation, présentée comme omniprésente, générale et totale, entraînerait alors un mécanisme de repli communautaire : vous êtes stigmatisé, donc vous vous repliez, devenez peut-être même des criminels. Innombrables sont pourtant les immigrés et les réfugiés qui ont fait chez nous des carrières extraordinaires. Ce monde malade est peut-être d’abord dans la tête de ces militants idéologiques, plus que chercheurs, qui voient la xénophobie et le racisme partout.
Les années Schwarzenbach
C’est le cas de le dire : parmi ces préjugés idéologiques, le sociologue rappelle les années 70, les années Schwarzenbach. Nous avons fait à l’époque des recherches sur ce sujet. Tout le monde disait alors que la Suisse devenait xénophobe ; nous avons montré que la plus grande partie des gens qui avaient voté oui à une limitation de l’immigration étaient d’abord des patriotes attachés à leur pays et à leur identité. Déjà. N’oublions pas que la Suisse comptait, dans les années 60 et 70, 15 % d’immigrés, quand les autres pays en avaient 3 ou 4 %, et que l’initiative voulait simplement limiter cette proportion ; elle n’est d’ailleurs pas passée. Il y a cinquante ans, le critère premier était l’identité, l’attachement patriotique, aujourd’hui malmené au nom de l’universalité, de l’ouverture, de l’international, du mondialisme. Grâce à la démocratie directe, nous avons pu voter pour savoir si nous voulions réduire la population immigrée ; la remigration, oui, existait déjà. Mais on oublie aussi que si l’initiative Schwarzenbach avait été acceptée, aucun immigré n’aurait dû retourner dans son pays, et personne ne le dit. Il entrait alors chaque année 60 000 immigrés en Suisse et 60 000 en repartaient : il aurait suffi de réduire les entrées pendant un certain nombre d’années pour arriver aux 10 %. Mais cela, jamais personne ne l’a dit ni ne le dira.
La rencontre, toujours pacifique ?
L’article se termine avec la dame qui a fait de son travail une lutte contre les préjugés. Ce qu’elle veut, c’est faire connaître sa culture, et elle s’est donné pour mission de résister « à la brutalité de certains discours politiques et à l’instrumentalisation des chiffres de l’asile ». Toujours l’instrumentalisation, toujours cette hauteur de point de vue depuis laquelle on va dire aux autres : vous nous connaissez mal, regardez qui nous sommes. C’est, une fois de plus, le système de l’inversion accusatoire. La xénophobie prolifère quand les individus ne se rencontrent pas, rappelle encore le prétendu sociologue. Oui, mais croire que toute rencontre est forcément pacifique est une illusion. La gestion des rapports interculturels devient difficile lorsque les différences culturelles, et de surcroît religieuses, idéologiques et politiques, deviennent de plus en plus grandes. Il ne suffit pas de dire : nous allons vous montrer que nous sommes autres que ce que vous croyez, que nos valeurs et notre culture sont tout à fait acceptables, et qu’il faut les accepter et les défendre. On sait jusqu’où cela peut mener avec des cultures, des idéologies et des religions qui sont bien souvent aussi des systèmes politiques, voire totalitaires, lorsque de tels systèmes s’emploient, par les mécanismes les plus divers, à se faire accepter tout en nourrissant des intentions de domination. On sait que cela peut être un objectif de l’islam.
Militantisme ou recherche ?
Pour terminer, je voudrais rappeler encore une fois qu’il ne faut pas croire que ce genre de discours est marginal. Il domine très largement à l’université, bien sûr, et dans nombre de groupements, d’associations, d’ONG, etc., de militants de gauche, gauchistes. Je pense que l’on devrait distinguer de plus en plus nettement le militantisme idéologique et politique de la recherche scientifique, recherche authentique dont la préoccupation première est de faire passer le réel avant les préférences idéologiques. Il faut le rappeler, le dire et le redire. Là où cela devient grave, c’est lorsque ce militantisme idéologique qui se fait passer pour de la recherche scientifique est accepté comme tel, même par des gens qui ne sont pas ignorants, et finit par être subventionné en tant que recherche. Il y a là des exigences déterminantes qui doivent être redéfinies, en termes de recherche et non d’affirmation idéologique.
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