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Le pape en France, Bardella dans le viseur : deux sociétés face à face. Remarques à chaud

Des centaines de milliers de fidèles souriants autour de Léon XIV, pendant que des lycées sont bloqués et que des policiers sont pris pour cibles ; puis, le jour même où le pape quittait la France, l’enquête de Mediapart sur des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, relayée sans recul jusqu’en Suisse. Deux actualités qui opposent une logique d’amour à une logique du ressentiment, et révèlent une fois de plus le parti pris des médias.

Uli Windisch
5 octobre 2026
12 min de lecture

Je voudrais livrer ici quelques remarques rapides, que je pourrai développer par la suite, sur deux actualités en apparence sans rapport, la venue du pape en France et l’offensive lancée contre Jordan Bardella, puis sur la décision rendue dans l’affaire de Crépol. Les deux premières mettent pourtant en lumière la même fracture entre deux sociétés que tout oppose, et le rôle que jouent nos médias, appliqués à montrer le moins possible de la première et le plus possible de la seconde.

Une ferveur que personne n’avait imaginée

Personne n’avait imaginé que la venue du pape en France serait un événement d’une telle ampleur, massif, international, mondial. Du 25 au 28 septembre, de Paris à Lourdes et à Metz, Léon XIV a rassemblé des foules considérables : quelque 300 000 personnes se sont pressées sur son parcours parisien dès le premier jour, et 80 000 jeunes l’ont rejoint le soir même au Stade de France. Il faut d’abord prendre la mesure de cette présence, qui n’a rien d’un fait divers.

Mais ce qui me frappe surtout, c’est le contraste. Ces dizaines, ces centaines de milliers de personnes, chrétiens pour l’essentiel évidemment, mais aussi parfois fidèles d’autres religions, tous fascinés par ce personnage, baignaient dans une atmosphère à l’exact opposé de celle des manifestations de casseurs. Des gens souriants, de bonne humeur, et pas la moindre casse : la police pouvait circuler, contrôler, être présente sans subir aucune attaque, alors qu’au même moment, ailleurs, des policiers sont pris pour cibles et que certains vont jusqu’à appeler à les tuer. C’est ce contraste qu’il faut comprendre, car il y a là un grand espoir, un univers éminemment positif et une attention extraordinaire à la qualité humaine.

Familles nombreuses et défense de la vie

On y voyait par exemple des familles nombreuses, toujours enjouées, gaies, heureuses, prêtes à de lourds sacrifices pour élever quatre, cinq, six enfants, voire davantage, et dont certaines, qui en comptent déjà cinq ou six, en accueillent encore un ou deux handicapés. Il en découle évidemment une défense inconditionnelle de la vie, et par conséquent une opposition au suicide assisté – à l’encouragement au suicide, il faut bien le dire.

Il faut le faire ressortir : personne n’imaginait que des centaines de milliers de gens incarneraient une positivité aussi extraordinaire à notre époque de doute et de désespoir. Car à l’opposé, nous assistons justement en ce moment à des manifestations incroyables de prétendus lycéens : des centaines d’établissements bloqués à travers la France, avec, pour la seule journée du 30 septembre, 625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés, et, à Belfort, un commandant de police roué de coups. Ces jeunes-là devraient apprendre un métier, puisque la filière des métiers existe. Et que font, dans les universités, ceux qui se disent étudiants ? On sait que des casseurs s’y installent, mais c’est toujours la chienlit, le désordre total, la casse, la grossièreté, la haine, si bien qu’on ne saurait imaginer contraste plus complet entre deux manières d’être au monde.

Logique d’amour contre logique du ressentiment

Une autre dimension doit absolument être introduite ici : les médias. Les médias officiels en ont évidemment fait le moins possible, tandis que les médias dits de droite – « d’extrême droite », voyons ! – ont passé des journées entières à montrer cette joie immense, partagée collectivement autour de la foi, en l’occurrence surtout catholique. Ce spectacle gêne les premiers parce qu’il se situe à l’opposé total de leur univers : les journalistes n’ont pas du tout cette attitude éminemment positive, rayonnante, joyeuse, croyante ; ils cherchent toujours des défauts à notre société et encouragent le ressentiment à son égard. D’un côté une logique d’amour, de l’autre une logique du ressentiment perpétuel.

L’opposition est tout aussi totale à propos des enfants. Dans certaines écoles, on explique déjà aux tout-petits qu’avoir un enfant crée de la pollution, on leur assène des chiffres, on les traumatise ; dès le plus jeune âge, ils se posent des questions et sont culpabilisés. Comment voulez-vous qu’ils évoluent de manière positive dans un tel cadre ?

Ce ne sont là que deux ou trois exemples, mais ils montrent cette opposition totale. On en était arrivé au point où l’on ne pouvait même plus imaginer qu’existe un tel élan collectif, positif, fait d’amour, de joie, de disponibilité et d’entraide, par le biais de la croyance bien sûr. C’est cette opposition qu’a révélée l’arrivée du pape en France, et elle me paraît capitale. On ne veut justement ni la voir ni la montrer, parce que la désespérance et la dégénérescence de pans entiers de notre société sont si importantes qu’un spectacle aussi réjouissant les met directement en cause.

Bardella : une offensive annoncée

Deuxième thème : en France, à propos du Rassemblement national et de son président, Jordan Bardella, on fabrique aussitôt un événement négatif qui se veut destructeur. On savait que les forces de gauche, progressistes, gauchistes et d’extrême gauche préparaient des dossiers pour tenter de détruire, de démonter, de bloquer la montée en puissance du Rassemblement national, de son président et de sa candidate à la présidence, Marine Le Pen. Et c’est toujours la même maison, Mediapart, le site fondé par Edwy Plenel, qui mène l’enquête. On le devinait, on le savait, je l’avais dit : pendant des mois et des mois ils ont cherché – Mediapart revendique lui-même une enquête de plusieurs mois – et ils continueront de chercher tout ce qui permettra de salir, et de salir gravement. Bardella connaît un succès immense ; il incarne un espoir face à la situation désastreuse de la France et face aux responsables politiques de cette situation, qui viennent aujourd’hui en nombre expliquer comment la redresser. Il fallait donc s’y attendre.

Remarquons au passage que ce journaliste trotskiste et marxiste a longtemps enseigné à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel. Cela va de soi, voyons.

Quand le journalisme devient de la crapulerie idéologique, Edwy Plenel est un habitué. Je me souviens d’avoir débattu avec lui à la radio, où l’on voulait évidemment quelqu’un qui soit à l’opposé. Avant même que nous commencions à parler, il m’a lancé : « Ah, je sais qui vous êtes, je vous connais. » Il cherchait d’emblée l’intimidation, sachant que j’allais être très critique. Ce sont des personnages détestables.

Ce que les médias se gardent de dire

Ce qui importe ici, c’est de nouveau le rôle des médias, et il faut bien observer ce qui se passe. Ils se sont rués sur l’affaire pour accréditer les propos antisémites que l’on prête à Bardella, tenus à l’été 2013, quand il avait 17 ans. On lui rappelle cela, mais on ne rappelle jamais rien aux communistes, alors que le communisme a fait cent millions de morts ; en France, un communiste a d’ailleurs failli, à treize voix près, présider l’Assemblée nationale. Pour ma part, je n’en sais rien, et ce n’est pas à moi de décider si Bardella a tenu ou non ces propos ; il les dément très fortement et a porté plainte en diffamation.

Ce qui est intéressant, en revanche, c’est que des autorités israéliennes n’entrent pas dans ce jeu. Le ministre israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, a pris la défense de Bardella, et l’ambassadeur d’Israël en France a fait savoir qu’il ne réagirait pas tant que les faits ne seraient pas établis. Il est en effet clair et net qu’aujourd’hui, le Rassemblement national lutte réellement contre l’antisémitisme : en mars 2025, Bardella a même été invité officiellement en Israël par le gouvernement israélien, ce qui est tout de même extraordinaire. Le vrai danger antisémite, aujourd’hui, ce n’est pas le Rassemblement national, c’est bien sûr la gauche, l’extrême gauche, et Israël le sait. On voit mal au nom de quoi il faudrait accepter les visions du monde et les discours de toute une série de mouvements politiques, mais pas ceux d’un Rassemblement national qui n’a plus rien à voir avec un véritable antisémitisme. Cela, vous le devinez, est insupportable à ses adversaires, qui ont trouvé ici un biais pour attaquer le parti à travers la personne de Bardella, et, à travers lui, Marine Le Pen ; elle sera bien sûr visée à son tour, il faut le savoir.

Il y a autre chose. En Suisse, tous les médias se sont immédiatement rués sur l’affaire en parlant de propos antisémites, comme si c’était déjà vérifié, et l’on nous annonce aujourd’hui que les preuves ont été apportées – la RTS titre ainsi que Mediapart « authentifie » les écrits. Mais jamais on ne précise, au moins, que le Rassemblement national agit clairement et nettement contre l’antisémitisme, contrairement à l’extrême gauche, ouvertement antisémite. Les médias jouent là encore un rôle typique du gauchisme, du progressisme et du wokisme : viser, attaquer, détruire quelqu’un que l’on diabolise, au lieu de se pencher enfin, une bonne fois, sur les thèmes pour lesquels se battent ces mouvements dits populistes.

Jusqu’en Suisse, c’est devenu un marronnier que de s’acharner à prouver ce qu’un tel aurait fait quand il était jeune. Des communistes, des marxistes, des totalitaires ont eux aussi été jeunes, et ils occupent aujourd’hui des postes clés ; pour eux, cela ne compte pas, nous dit-on, seul compte ce qu’ils sont aujourd’hui. Il doit en aller de même pour les mouvements populistes et populaires. Il y a partout des brebis galeuses, bien sûr, mais on ne juge pas un mouvement entier à travers elles.

Le chant du cygne d’une gauche qui perd le pouvoir

Une grande partie de la gauche entonne en réalité une sorte de chant du cygne. Elle sent qu’à toute une série de niveaux, elle perd le pouvoir. Cela prendra du temps, mais elle ne donne plus le ton, elle n’est plus la référence comme dans les années 1968-1970, quand le gauchisme était à la mode. Ce sont des gens de gauche qui occupent aujourd’hui les postes de pouvoir et veulent les garder à tout prix, et il faut le dire : ils ont tous peur de perdre leur place. Ils sont donc prêts à tout, notamment pour tenter d’empêcher le remplacement qui se prépare. Car c’est bien un remplacement politique qui est en cours ; si seulement il pouvait devenir un grand remplacement politique !

Je trouve lamentable, plus généralement, que la gauche et l’extrême gauche soient à ce point en déroute qu’il ne leur reste plus que la diffamation et violence comme solution, ce qui serait plus destructeur encore pour nos sociétés. L’espoir, ce sont bien sûr ces mouvements chrétiens massifs qui apparaissent enfin au grand jour, et ces mouvements populaires qui n’ont rien de fasciste ni de nazi, quoi qu’en disent ceux qui brandissent toujours les mêmes arguments par peur de perdre le pouvoir. Il faut espérer qu’ils le perdent. Il suffit, pour ma part, de regarder les raisons pour lesquelles ces mouvements populistes progressent, et j’y reviendrai : elles sont très précises. Ce n’est pas une idéologie nazie tombée tout à coup du ciel pour foudroyer les populations, c’est le résultat de dizaines et de dizaines d’années de frustration de gens en difficulté, dont la gauche et les progressistes se moquent éperdument tout en prétendant les défendre.

Crépol : un tremblement de terre judiciaire

Un troisième thème, d’une actualité brûlante, mérite d’être signalé dès maintenant : le racisme. Il s’est produit là comme un tremblement de terre, car en France des juges ont admis officiellement que le racisme anti-blanc existe et doit être jugé comme tel. Le 25 septembre, les juges d’instruction ont renvoyé devant les assises les onze accusés du meurtre de Thomas, ce jeune homme de 16 ans tué à Crépol en novembre 2023, avec la circonstance aggravante de racisme envers « la race blanche et la nation française », et cela contre l’avis du parquet.

Il aura fallu près de trois ans pour en arriver là. Pendant tout ce temps, une bonne partie de la presse a traité les propos anti-blancs rapportés par les témoins de la soirée comme une affaire de récupération politique, et StreetPress n’y voit encore aujourd’hui que l’œuvre d’une « nébuleuse » militante. Les juges ont pourtant relevé seize à dix-neuf témoignages concordants, que le parquet de Valence jugeait trop rares et trop imprécis. Celui-ci persiste d’ailleurs à vouloir écarter cette qualification : il a fait appel de l’ordonnance, et c’est la chambre de l’instruction de Grenoble qui devra trancher avant tout procès.

Deux sociétés face à face

Pour en revenir aux mouvements populaires, populistes, qui se développent partout, ils ne doivent rien au hasard, et nous reviendrons sur leurs raisons. Mais il fallait d’abord montrer cette opposition entre deux types de sociétés fondamentalement différentes dans leur perception de la vie quotidienne, de la vie sociale et de la vie politique. On peut déjà deviner que cette opposition va se durcir. La France en offre l’exemple, parce que les pouvoirs établis ne pourront pas supporter une mise en cause aussi profonde et n’admettront pas d’être délogés. Or c’est précisément ce qui est en train de se passer, en Allemagne comme ailleurs. Cela leur est tellement insupportable que leur réponse ne sera pas l’attitude démocratique, qui consiste à céder le pouvoir lorsque les électeurs le veulent ; ils voudront au contraire rester en place et combattre par tous les moyens ce qu’ils considèrent comme le diable, le fasciste, le nazi, etc. y compris par des éléments de guerre civile.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et professeur honoraire de l’Université de Genève, Uli Windisch est né à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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