Neutralité, votation du 27 septembre : une nouvelle lézarde dans le modèle suisse, attaqué pièce par pièce. Le combat continue
Satisfaction des bien-pensants, retour en fanfare de l’euro-turbo Joseph Deiss, diabolisation de Christoph Blocher, médias unanimement rangés derrière les autorités fédérales : le NON à une neutralité plus stricte est bien plus qu’un résultat de votation. Lecture du scrutin comme révélateur d’une offensive générale contre les fondements du modèle suisse – démocratie directe, fédéralisme, neutralité armée – et, avec l’initiative Boussole et les « Bilatérales III » en ligne de mire, l’annonce d’une lutte qui ne fait que commencer.
Je livre ici une série de remarques et de questions sur le NON à une neutralité plus stricte. Car au-delà du résultat, ce scrutin est un grand révélateur : ce qui est attaqué, ce n’est pas seulement la neutralité, c’est l’ensemble du modèle politique suisse, qui forme un tout – démocratie directe, fédéralisme, neutralité, plurilinguisme. S’attaquer à l’un de ces éléments, c’est mettre en danger tous les autres. Et la lutte, on va le voir, ne fait que commencer.
Un modèle qui forme un tout
Les réactions générales, on les a vues : grande satisfaction à gauche, chez les bien-pensants, chez tous ceux pour qui la Suisse idyllique appartient au passé. Il faudrait vivre avec son temps, tenir compte des changements qui s’imposent, renoncer au « réduit national », au « hérisson » ; il faudrait s’ouvrir, être plus souple, plus accommodant… On nous répète que la neutralité n’est pas une fin en soi mais un instrument pour gérer la politique internationale, que les situations doivent se décider de cas en cas – bref, que l’on veut une neutralité plus active, plus ouverte, prête à s’adapter aux situations nouvelles.
Or voici ce que certains se gardent bien de montrer : le modèle politique suisse comprend un certain nombre d’éléments constitutifs fondamentaux. La démocratie directe, le fédéralisme, le pragmatisme, la neutralité bien sûr, et ce plurilinguisme qui nous permet de vivre en paix plutôt qu’en conflit permanent entre ethnies et langues. Le point essentiel : toucher de manière importante à l’un de ces éléments fondamentaux met en cause, à la longue, l’ensemble du modèle. Le modèle suisse forme une totalité, une structure, un système : en touchant à un aspect, on touche aux autres, et en y touchant trop, on risque de mettre gravement en danger le tout. Les Suisses ne se rendent pas compte que notre société est fragile, en danger véritable.
La neutralité, d’abord. Que l’on agisse pour un certain nombre de causes, pour la paix, comme on l’a toujours fait, personne ne le conteste. Mais le pas de trop a été franchi en nous associant aux sanctions contre la Russie : nous n’y étions pas tenus, et la Russie en a évidemment profité pour montrer que nous n’étions plus neutres. Une attaque frontale. L’effet sur notre image est certain – il n’y aura plus de sommet du genre Gorbatchev–Reagan à Genève.
Au-delà de la neutralité, on attaque aussi la démocratie directe, et il faut le rappeler, car c’est très important. Certaines initiatives populaires acceptées par le peuple ne sont plus mises en application ; on a même dû imaginer une deuxième initiative pour exiger que la première, pourtant acceptée, soit appliquée. Et par petites touches, cela continue : un groupe de travail au niveau des autorités fédérales, de la Chancellerie, a étudié les possibilités de limiter la démocratie directe, en l’occurrence de rendre, par exemple, plus difficiles les initiatives populaires.
Le fédéralisme, ensuite – ce subtil équilibre entre les composantes du pays, villes et campagnes, qui a donné lieu autrefois à des guerres, il ne faut pas l’oublier. Eh bien, des villes veulent aujourd’hui obtenir, en tant que villes, en tant que centres urbains, des sièges au Parlement. Voilà de nouveau un élément qui va lézarder le modèle politique suisse, car les campagnes n’accepteront évidemment pas un surpouvoir des villes. Autre exemple : l’Exposition nationale, occasion rêvée pour les forces progressistes, de gauche, bobo, de se défouler – je caricature un petit peu. Une nouvelle est en cours, et là aussi ce sont des villes qui portent leurs projets en tant que villes, pour la prochaine Exposition nationale, tout en assurant qu’elles tiendront compte des campagnes.
Neutralité armée : nationale, pas otanienne
La neutralité armée. La Suisse a une armée purement défensive, qui doit être forte précisément pour dissuader quiconque de vouloir nous envahir – probabilité, disons-le, très faible dans la phase actuelle. Mais voici le grand changement : on nous explique que pour avoir la sécurité, il faudrait collaborer avec l’OTAN. Cette collaboration est en cours depuis longtemps, de manière discrète, beaucoup plus importante qu’on ne le pense, et elle commence à poser des problèmes. Sommes-nous encore neutres si nous nous alignons non seulement sur l’Union européenne, mais sur l’OTAN ? Je suis, pour ma part, pour une neutralité armée, mais nationale, patriotique. Croire que nous devons posséder les avions les plus modernes, les plus incroyables, alors qu’on sait que certains sont totalement inadaptés à la Suisse, c’est jouer sur la peur – on fait peur aux Suisses, et cela a marché.
Rappelons tout de même que, le pacte de Varsovie ayant été dissous, l’OTAN ne devrait plus exister, car les dangers réels ne sont pas là où l’on croit. Or l’armée suisse commence à nous dire que le danger vient de l’Est ; un divisionnaire, dans un film récent, précise même : c’est la Russie. Voilà une manipulation totalement inacceptable, qu’il faut montrer et démonter. Si vous dites que la Russie n’est pas une menace, vous passez pour un collabo, pour un agent de la Russie. C’est évidemment faux et absurde, mais cela fonctionne. Pendant des dizaines d’années, l’ennemi de la Suisse était le communisme ; on oublie qu’en Russie, le communisme s’est effondré. Il existe encore en Occident, en revanche – permettez la parenthèse : au Parlement français, lors de la désignation de la présidence, c’est une femme qui a été réélue, mais un communiste n’avait que treize voix de moins. En France, en Europe, le communisme n’est pas mort ; en Russie, il l’est.
Quant aux sanctions liées à cette neutralité « souple », il faut souligner leurs conséquences inattendues mais dramatiques, du point de vue économique notamment – on le mesure encore mieux maintenant, avec la fin du gaz russe bon marché. C’est nous, les Suisses et les Européens, qui payons cette politique. Sans approuver, aucunement, la guerre en Ukraine, en aucun cas nous n’aurions dû nous associer à ces sanctions, et il est ahurissant qu’on ne l’ait pas dit suffisamment, alors que pendant toute la campagne relative à la votation sur la neutralité, la Russie a été utilisée comme bouc émissaire, au nom d’une prétendue nécessité absolue de nous défendre contre elle. L’application de la neutralité dépendra désormais de nos autorités ; le combat devra donc être permanent pour éviter qu’on ne l’interprète de manière trop large et qu’on ne prenne de nouvelles sanctions contre-productives qui nous coûtent très cher.
Blocher, l’homme à abattre
Il y a évidemment le personnage central de Christoph Blocher, et l’acharnement contre cet homme politique auquel la Suisse doit énormément : le non à l’EEE en 1992. Rappelons que la gauche et les Verts ont fait en sorte qu’il soit exclu du Conseil fédéral. Cette haine du « milliardaire » – rendez-vous compte ! – voudrait qu’il ne puisse y avoir que des intérêts économiques derrière ses combats politiques, alors que je pense qu’il est un modèle de patriotisme, nullement excessif. Il est d’ailleurs intéressant de voir comment il était traité dans les années 1990 : « extrême droite », déjà, comme on qualifie aujourd’hui tous les grands mouvements populaires qui progressent dans de plus en plus de pays. On a pourtant vu qu’il n’en était rien – et Christoph Blocher aurait agi de manière beaucoup plus déterminée contre l’insécurité et les violences s’il avait pu poursuivre au Conseil fédéral.
Blocher est devenu une sorte d’objet incarnant quasiment le mal, le passé, le fric : s’il soutenait cette initiative, ce ne pouvait être que par intérêt économique. Toute cette litanie s’est déversée pendant des semaines dans les médias et au niveau politique pour l’affaiblir, le ridiculiser – il est vieux, que n’a-t-on inventé à son propos –, bref, pour le diaboliser, afin que chacun se dise : on ne va tout de même pas se faire manipuler par ce vieux milliardaire. Je rappelle pourtant que dans de nombreuses sociétés et civilisations, les vieux sont considérés comme des sages dont on recherche l’expérience et les conseils. Rien de tout cela pour Blocher : seulement la diabolisation, et l’oubli des services énormes qu’il a rendus, un patriote modèle et exemplaire dont le seul tort insupportable serait d’être fortuné et intéressé.
Cela montre le niveau de caricature, d’analyse médiocre, d’incapacité à sortir des préjugés et des visions politiquement correctes, progressistes, disons-le aussi marxistes, où il faut déstabiliser toutes les icônes positives et critiquer tous les aspects positifs de la Suisse – tels ces historiens qui, régulièrement, nous expliquent que la Suisse n’est pas aussi idéale qu’on le croit. Il faut « démystifier ». À la longue, cela crée dans la population un sentiment de désarroi, de gêne, de honte : on n’ose plus agir. Sans tomber dans le « y en a point comme nous », qui ose encore mettre la Suisse en valeur ? On nous dit qu’il y a 300 ambassadeurs qui circulent dans le monde : il faudrait faire une étude pour savoir quelle image de la Suisse ils ont et quelle image ils donnent.
Joseph Deiss, symbole d’un antisuissisme quasi primaire
Et voici qu’on invite, dès le lendemain de la votation, Joseph Deiss, ancien conseiller fédéral – ce matin à la radio, très fier, très content de montrer à quel point la Suisse doit être ouverte. Un euro-turbo à 100 %, qui a milité pour l’entrée de la Suisse à l’ONU. Son argument : la Suisse ne peut pas assurer seule sa sécurité, elle ne peut pas résoudre elle-même la question de la sécurité et de la souveraineté. On voit bien l’image qui se cache derrière : la Suisse égoïste, isolée, hérisson. Et l’on justifie ainsi l’ouverture et la soumission, tôt ou tard, à l’OTAN, puis bien sûr à l’Union européenne.
Cet ancien conseiller fédéral est un PDC – aujourd’hui Le Centre, dont le président actuel est un Valaisan, Philipp Matthias Bregy, comme Viola Amherd. Ce parti, auquel on ne peut pas toujours se fier car un peu trop versatile et opportuniste, se vante de pouvoir faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre lors des décisions ; et son président veut un deuxième siège au Conseil fédéral, à la place des radicaux – ce qui serait un basculement carrément au centre-gauche, voire à gauche, assuré. Le même Bregy excuse Viola Amherd, du même parti : certes, il y a eu des problèmes… mais ce n’est pas grand-chose. C’est le Conseil fédéral dans son entier qui est responsable. Voilà une attitude typique, inacceptable.
Joseph Deiss nous dit encore qu’il y a eu une unité pour dire non, et que la neutralité n’est pas un but en soi mais un instrument au service de la sécurité et de la défense de la Suisse. Jamais, vous le voyez, l’affirmation de fondements d’abord solides et intangibles sur la base desquels, ensuite, on négocie ; on s’emploie au contraire à diluer les éléments les plus fondamentaux en invoquant des éléments nouveaux et importants – les droits de l’homme, les conventions de Genève, la Cour pénale internationale, la Charte des Nations unies. Oui, tout à fait ; mais cela ne veut pas dire que la neutralité doive devenir n’importe quoi.
Il ajoute deux ou trois choses assez étonnantes. La Suisse devrait être beaucoup plus ouverte, beaucoup plus généreuse, aider davantage – toujours comme si nous étions assis sur notre tas de fric sans rien faire, alors que notre aide au développement est énorme et que la Suisse fait énormément ; mais dire que nous sommes un peu pingres, cela fait bien dans les médias. Sur les sanctions, il relève qu’il faudrait alors en prendre contre tout le monde – on n’en a pas pris contre Israël, alors qu’on en prend contre la Russie –, ce qui est là aussi démagogique. Il ne faut pas, dit-il, se cacher derrière la neutralité pour ne pas agir, et il faudrait être très actifs et dénoncer la déportation d’enfants ukrainiens, car il serait inacceptable de ne rien dire. Toujours, donc, les autres avant les nôtres – ce fameux élément dont on ne parle jamais : les 800 000 pauvres en Suisse, pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Ces pauvres-là sont négligés. Un président français, souvenez-vous, se moquait bien des « sans-dents ». C’est l’une des raisons de ces mouvements populaires, dits d’« extrême droite » et qui ne le sont pas : le fossé entre des élites privilégiées et un peuple qui souffre dont on se moque et qu’on caricature. Ces mouvements massifs ne tombent pas du ciel du jour au lendemain ; il y a en eux une grande insatisfaction, frustration, misère souvent, une révolte, et on les diabolise au lieu d’essayer de les comprendre et d’agir pour eux. Et pendant ce temps, on répète qu’il faut aider plus, donner plus – cette espèce de réflexe de générosité systématique qu’il faut se vanter de pratiquer –, en négligeant les nôtres.
Il se montre d’ailleurs très militant progressiste, le Joseph Deiss, en se déclarant, pour Israël, partisan de trois parties : un État palestinien, un État israélien et une métropole, Jérusalem. Voilà qu’on se mêle de dicter la politique internationale au nom de la neutralité. Ce monsieur tenait vraiment à montrer sa singularité, et c’est très révélateur. Il a manifestement cherché ses formules pendant plusieurs jours : les Suisses ne veulent pas devenir des « nains de jardin de l’Union européenne » – l’image fait rigoler, elle plaira sans doute –, il faut être « droit dans nos bottes ». Il avait annoncé qu’il n’attaquerait pas Blocher, mais il parle aussitôt des « vieux briscards » qu’il faut combattre – et lui, revenir en politique ne lui pose aucun problème, alors qu’il le reproche à Blocher. On trouve, même chez ce personnage, une espèce d’antisuissisme traditionnel quasi primaire.
L’initiative Boussole : la lutte continue
La lutte politique autour de la neutralité n’est pas terminée ; elle va continuer, régulièrement, vous pensez bien. Il y a déjà une nouvelle initiative, l’initiative Boussole. Que veut-elle ? La double majorité du peuple et des cantons pour les votations sur les traités internationaux. On prépare aussi les votations sur les Bilatérales III – une escroquerie langagière, car il ne s’agit pas d’une suite des accords bilatéraux I et II conclus avec l’Union européenne, de nature diverse : cela va beaucoup plus loin, et nous y reviendrons. Une soumission sur toute une série d’aspects, où la démocratie directe sera gravement entamée : nous ne pourrons plus voter sur tout, simplement obéir, au risque d’être punis, devinez par qui.
Heureusement, certains acteurs vont insister sur cette double majorité pour éviter de nouvelles soumissions, en permanence. Il y a bien deux blocs : ceux qui veulent défendre de manière fondamentale le modèle suisse, et ceux qui, au nom de l’ouverture et du dynamisme, rognent petit à petit une foule d’aspects essentiels pour finalement toucher à l’ensemble. L’initiative Boussole permettra, entre autres, de rediscuter de la neutralité.
Des médias unanimes derrière les autorités
Comme toujours dans ces votations, les médias jouent un rôle, et il faut le dire : ils se sont rangés très unanimement derrière les autorités fédérales. Ils ont par exemple annoncé très vite que 30 % seulement des votants soutiendraient une neutralité plus stricte, puis ont égrené les sondages – une pression constante pour montrer que les partisans étaient minoritaires. Et si on interdisait les sondages, du moins deux mois avant les votations ? Et il y a eu insuffisamment de voix favorables pour expliquer ce qu’était une définition plus stricte de la neutralité, et quelles conséquences avaient eues une interprétation trop large et les sanctions contre la Russie. On peut déjà prévoir que les médias du service public suisse seront massivement derrière les positions des autorités lors des prochaines votations. C’est un autre grave problème fondamental de la Suisse : démocratie veut dire liberté d’expression, débat contradictoire, pluralisme – mais un vrai débat contradictoire, pas un plateau avec trois ou quatre invités de gauche et un UDC.
Sous une pression idéologique générale et énorme, la réduction de la redevance à 200 francs a été refusée massivement, alors qu’il va de soi qu’avec l’argent encore disponible, on aurait très bien pu créer une pluralité réelle de différentes façons. Au contraire, la politique actuelle de la communication et des médias va dans le sens d’une réduction des médias à contre-courant, qui se développent de plus en plus – et ce n’est pas par hasard. S’il existe cinq ou six sites internet qui n’ont rien d’« extrême droite » mais proposent un autre discours, vraiment pluraliste et non dissimulateur, eh bien, vous allez voir – je fais rarement des pronostics : on va essayer de les délégitimer, de les empêcher au maximum, de manière hypocrite, en cherchant des critères pour que le monopole du service public demeure. Service public ou service des sévices publics ?
Changer de paradigme : une Europe qui comprendrait la Russie
À propos des sanctions contre la Russie, un aspect me semble absolument capital : on est en train de créer un univers dichotomique, manichéen – d’un côté le bien, de l’autre le mal, la Russie étant le mal. Or la Russie n’est pas, comme le sommet de l’armée suisse nous le dit, l’ennemi et le danger numéro un. Derrière le pouvoir politique actuel, il y a une immense civilisation, aujourd’hui quasiment diabolisée à cause de la guerre en Ukraine et du symbole de ce « monstre » qu’est Poutine.
Pourquoi ne réfléchirait-on pas à une politique diamétralement opposée – il faut le répéter : une fois la guerre terminée, bien sûr, un plan politique, une vision où l’Europe comprendrait la Russie ? Imaginez à quel point cela changerait complètement l’armée, la défense, la neutralité, et surtout les économies réalisables dans des domaines où règne un surarmement indécent et dangereux – l’Union européenne envisage 800 milliards d’euros pour le réarmement. Mais contre qui, contre quoi ? Contre la Russie, évidemment, alors que c’est une civilisation comme la nôtre, avec énormément de traits communs, même en mieux parfois. Un projet comme celui-là ne permettrait plus de tenir les discours actuels sur la nécessaire, inévitable et vitale collaboration avec une OTAN, qui ne devrait plus exister. C’est un tel changement de paradigme politique qu’il faut prôner lors de votations touchant aux bases du système politique suisse, de l’armée, de la sécurité, etc.
Un grand révélateur
Je pense que cette votation sur la neutralité est un grand révélateur, bien au-delà de ce qu’on imagine : elle touche à des fondamentaux essentiels, typiques de la Suisse, et il y a un choix à faire, engagé depuis un bon moment déjà, qui continuera. Croire que la Suisse, parce qu’elle défend inconditionnellement certains fondements, serait dépassée, renfermée, hérisson, et que seule l’ouverture serait la solution, c’est une tentative d’imposer une image profondément fausse. En Europe, on se dit rassuré par le vote suisse : nous serions désormais plus ouverts, plus eurocompatibles ! Et vive l’interopérabilité ! En Suisse, certains historiens continuent à propager une image caricaturale du pays : l’un d’eux vient nous dire que la Suisse souffrirait du « syndrome d’Astérix » – elle se considérerait comme un petit village gaulois, et la neutralité serait sa potion magique, qui lui procurerait protection et force.
Toutes ces images n’ont qu’un seul objectif : se moquer de la Suisse, et faire en sorte que la population se dise qu’on ne peut tout de même plus rester comme on est depuis si longtemps, qu’il faut aller activement sourire à l’OTAN et à l’Union européenne. Les visions caricaturales de la Suisse sont nombreuses ; nous continuerons, pour notre part, à les démonter. Le combat pour une vraie neutralité et pour les fondements les plus essentiels du modèle suisse doit être poursuivi et amplifié avec la plus grande détermination.