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Diesel russe : les adultes discutent, l’Union européenne fait sa crise d’adolescence

Donald Trump a obtenu de Vladimir Poutine la reprise des livraisons de diesel russe, au prix d’une suspension des sanctions américaines. Bruxelles a répondu en trépignant, avec la plus longue liste de sanctions depuis le début de la guerre. La Confédération, qui reprend ces listes depuis 2022, gagnerait à regarder du côté des adultes.

La rédaction
11 octobre 2026 Modifié le 11 octobre 2026 à 5h08
5 min de lecture

Vendredi 9 octobre, au terme d’un entretien téléphonique d’une heure et demie avec Vladimir Poutine, Donald Trump a annoncé que la Russie mettrait sur le marché plus de 300 000 tonnes de diesel immédiatement, 500 000 en novembre puis un million de tonnes, avant trois millions supplémentaires selon l’état de ses raffineries. Le Trésor américain a aussitôt délivré une licence temporaire autorisant la vente de diesel russe sur le marché mondial, ce qui revient à suspendre, pour ce carburant, les sanctions prises contre Moscou. Il aura suffi d’un coup de téléphone entre deux puissances que tout oppose sur l’Ukraine pour remettre sur le marché un carburant que la Russie retenait depuis l’été.

États-Unis-Russie, une conversation entre adultes

Le président américain ne fait pas mystère de ses raisons : sous l’effet de la guerre contre l’Iran et de l’interdiction d’exporter que Moscou s’est imposée après les frappes ukrainiennes contre ses raffineries, le diesel a dépassé aux États-Unis les 6,50 dollars le gallon, et les élections de mi-mandat ont lieu dans moins de quatre semaines. L’accord ne règle rien sur le front, le Kremlin s’étant contenté d’indiquer que Vladimir Poutine réfléchirait au moment de reprendre les pourparlers de paix, mais il montre comment se conduisent deux États qui savent ce qu’ils veulent et veillent à leurs intérêts respectifs : chacun y trouve son compte, Washington traite ses sanctions comme un outil qu’il resserre ou desserre selon ce qu’elles lui rapportent, et un canal de discussion se rouvre, dont la négociation sur l’Ukraine pourra profiter le moment venu.

Union européenne, la crise d’adolescence

Bruxelles a réagi dès le lendemain. Kaja Kallas, la calamiteuse cheffe de la diplomatie de l’Union, a jugé le moment mal choisi pour relâcher la pression sur la Russie et annoncé que les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept approuveraient lundi la plus longue liste de personnes et d’entreprises sanctionnées depuis le début de la guerre. Plus de vingt trains de sanctions ont pourtant été adoptés depuis février 2022 sans que Moscou renonce à ses objectifs, pendant que les Européens payaient leur énergie au prix fort avec des conséquences dont on n’a pas encore mesuré tous les effets. Un instrument aussi peu concluant mériterait au moins un bilan avant qu’on y ajoute une nouvelle série.

L’Union européenne réagit comme une adolescente attardée tenue à l’écart de la conversation des grands : elle hausse le ton pour montrer qu’elle existe et en rajoute, parce que changer de cap l’obligerait à reconnaître devant les opinions publiques que les sacrifices consentis depuis quatre ans n’ont absolument servi à rien, sinon mettre en difficulté les économies. Le registre moral tient alors lieu d’argument, Mme Kallas justifiant sa position en rappelant que les frappes russes avaient tué plus de quatre-vingts civils ukrainiens en deux jours, ce qui est terrible mais ne dit rien de l’utilité d’une liste noire supplémentaire, alors que c’est sur ce point qu’on attendrait d’elle une réponse. À force de tenir l’indignation pour une politique, cette fièvre va-t-en-guerre laisse l’UE sans rôle dans une négociation qui la concerne pourtant au premier chef.

Kaja Kallas, une affaire d’émotions et de (res)sentiments

Cette attitude catastrophique doit beaucoup à celle qui l’incarne. Ancienne Première ministre d’Estonie, Kaja Kallas est la fille d’une femme déportée en Sibérie à l’âge de six mois avec sa propre mère et sa grand-mère, et elle figure depuis février 2024 sur la liste des personnes recherchées par la Russie, qui lui reproche le démontage de monuments aux soldats soviétiques. Personne ne lui demande d’oublier, mais un tel passif fait d’elle une partie au conflit, alors que sa fonction exige de pouvoir parler à « l’adversaire » ; un diplomate européen confiait d’ailleurs dès mars 2025 à Politico qu’à l’écouter, on croirait l’Union en guerre avec la Russie.

L’histoire ne condamne pourtant pas à la rancune : les Hongrois le savent bien, eux qui ont aussi payé cher la domination soviétique − des chars qui écrasèrent l’insurrection de Budapest en 1956 aux quatre décennies passées dans l’orbite de Moscou − et Viktor Orbán n’en a pas moins conduit, au long de seize années de pouvoir closes par sa défaite électorale d’avril dernier, une diplomatie réglée sur le seul intérêt de son pays, ce qui a valu à la Hongrie d’être exemptée de l’embargo européen sur le pétrole russe puis d’obtenir de Washington une dérogation aux sanctions américaines. C’est l’attitude d’un adulte, et l’on mesure aujourd’hui ce qu’a coûté aux Européens le choix de confier leur diplomatie à la mauvaise personne : Washington et Moscou discutent sans eux.

Berne entre deux modèles

La Confédération emboîte le pas de l’UE depuis 2022 sur les sanctions économiques alors que toute sa tradition politique consiste à garder le contact avec chacun des belligérants, à défendre ses intérêts sans épouser les querelles des autres et à offrir ses bons offices quand vient le moment de négocier ; c’est une diplomatie qui parle à tous et pèse ce qu’elle a à gagner, celle-là même que Washington vient de pratiquer avec Moscou. Le rejet de l’initiative sur la neutralité, le 27 septembre, n’a pas clos le débat sur ce que vaut encore la neutralité suisse, et l’épisode du diesel lui donne un tour très concret.

Chaque reprise d’un paquet européen reste en effet une décision du Conseil fédéral que rien n’oblige à être automatique. Si les États-Unis eux-mêmes ajustent leurs sanctions à leurs intérêts, on voit mal pourquoi Berne s’interdirait de peser les siens, du prix de l’énergie payé par les ménages et les entreprises au crédit d’un pays qui se veut médiateur. La liste que les Vingt-Sept adopteront lundi lui sera soumise tôt ou tard, et il serait pertinent cette fois l’examiner avant de la recopier.

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