dimanche 30 août 2026
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F-35 : le choix contesté de la Suisse

En septembre 2020, le peuple suisse acceptait à 50,1 % un crédit de 6 milliards de francs pour renouveler sa flotte aérienne. Un an plus tard, le Conseil fédéral tranchait en faveur du F-35A américain : 36 appareils, censés être acquis à « prix fixe », pour succéder aux F/A-18 et Tiger vieillissants.

Depuis, le programme accumule les turbulences : prix fixe contesté par Washington, surcoûts se chiffrant en centaines de millions, retards de livraison annoncés, dépendance à l'égard des États-Unis en pleine guerre commerciale. Autant de questions qui touchent au portefeuille du contribuable comme à la souveraineté du pays.

Ce dossier rassemble nos articles, la chronologie et les chiffres clés du programme.

36 avions F-35A initialement commandés
6 mrd CHF enveloppe votée en 2020
50,1 % oui du peuple à la votation de 2020
~15,5 mrd CHF coût total estimé sur 30 ans

À la une du dossier

Tous les articles

Chronologie

  1. 27 septembre 2020 Le peuple suisse valide en votation fédérale l'enveloppe budgétaire de 6 milliards de francs pour l'achat de nouveaux avions de combat.
  2. 30 juin 2021 Sur proposition de Viola Amherd, cheffe du DDPS, le Conseil fédéral choisit le F-35A de Lockheed Martin, retenu sur le seul critère du prix ; la conseillère fédérale garantit un « prix fixe » de 6 milliards pour 36 appareils.
  3. 8 juillet 2022 Le Contrôle fédéral des finances met en doute la garantie juridique du « prix fixe » ; le Conseil fédéral, armasuisse et la majorité des commissions parlementaires écartent ses recommandations
  4. 19 septembre 2022 armasuisse signe formellement le contrat d'acquisition avec le gouvernement américain.
  5. Juin 2025 Washington chiffre les surcoûts et nie tout accord de prix fixe, invoquant un « malentendu » ; la Commission de gestion du National ouvre une enquête sur l'acquisition menée sous l'ère Amherd.
  6. Fin septembre 2025 Signature du premier contrat d'application portant spécifiquement sur le premier lot de 8 appareils (Lot 19).
  7. 6 mars 2026 Le Conseil fédéral annonce que la Suisse n'achètera que 30 F-35 au lieu des 36 prévus, en raison des surcoûts américains, et demande au Parlement un crédit supplémentaire de 394 millions de francs. L'acquisition des six appareils manquants aurait exigé 1,1 milliard supplémentaire, ce à quoi le gouvernement renonce pour des motifs financiers. Les Verts demandent l'arrêt immédiat du projet, estimant que les coûts échappent à tout contrôle.
  8. Mai 2026 L'assemblage principal du tout premier F-35A destiné à la Suisse débute à l'usine américaine de Marietta, en Géorgie.
  9. 16 juin 2026 Le Conseil des États valide les 394 millions supplémentaires pour les F-35, dans l'enveloppe de 3,4 milliards du message sur l'armée 2026.
  10. Fin juin 2026 La Suisse verse 500 millions de francs d'avance aux États-Unis pour sécuriser chaînes logistiques et pièces détachées, par crainte d'un blocage des livraisons.
  11. 7 août 2026 La RTS révèle que le Pentagone a interdit la publication du rapport annuel de la Cour des comptes américaine sur le F-35, une première ; la disponibilité de l'appareil est tombée de 67 % à 44 % depuis le choix suisse de 2021.
  12. 11 août 2026 Après le Conseil des États, la commission de la politique de sécurité du National valide à son tour les 394 millions, et propose 500 millions additionnels pour les munitions (11 voix contre 9 et 4 abstentions). Le National se prononcera en plénum à la session d'automne.
  13. Mi-2027 Sortie d'usine et livraison officielle des 8 premiers appareils suisses construits à Fort Worth, au Texas.
  14. Dès la mi-2027 Ces 8 premiers avions sont positionnés à la Ebbing Air National Guard Base (Arkansas). Ils y restent temporairement pour assurer la formation initiale des pilotes et du personnel au sol suisse.
  15. Mi-2028 Livraison des premiers avions produits sur la ligne d'assemblage européenne de Cameri en Italie (gérée par Leonardo).
  16. Courant 2028 Atterrissage et stationnement des premiers F-35A directement sur le sol suisse pour débuter les opérations nationales.
  17. 2029 Livraison de 10 appareils supplémentaires depuis l'Italie, et rapatriement à la fin de l'année des 8 premiers avions initialement restés en Arkansas.
  18. 2030 Livraison des derniers avions (10 appareils restants) pour clore le programme de livraison continue.

Questions fréquentes

Qui a été le promoteur du choix F-35 ?

La décision du 30 juin 2021 est formellement celle du Conseil fédéral, mais elle porte la signature de Viola Amherd, cheffe du DDPS de 2019 à 2025. C'est elle qui a fait accepter au gouvernement un critère de sélection unique, le prix : selon les évaluations d'armasuisse, le F-35A revenait deux milliards de francs moins cher que son concurrent le plus proche sur trente ans. C'est elle aussi qui a répété pendant des années, contre les avertissements du Contrôle fédéral des finances émis dès 2022, que les 36 appareils seraient acquis à un « prix fixe » de six milliards, garanti par les Américains. Les commissions de sécurité du Parlement, à majorité bourgeoise, ont couvert cette version jusqu'au bout. Depuis que Washington a balayé le « prix fixe » d'un revers de main, la Commission de gestion du Conseil national enquête sur les conditions de l'acquisition, et la question des responsabilités, celle de l'ancienne conseillère fédérale en premier lieu, reste ouverte.

Qu'est-ce qui différencie le F-35 de ses concurrents ?

Pas la capacité à remplir la mission suisse : les quatre finalistes de l'évaluation de 2021 – Eurofighter, Super Hornet, Rafale et F-35A – satisfaisaient tous aux exigences militaires, protection de l'espace aérien en tête. La vraie différence est ailleurs. Le F-35 se distingue par sa très faible détectabilité, sa fusion de données et son fonctionnement en réseau : des atouts qui donnent leur pleine mesure dans la pénétration d'espaces aériens densément défendus – les missions du premier jour d'une guerre, menées en règle générale chez l'adversaire et en coalition – bien plus que dans la police du ciel au-dessus d'un territoire traversé en dix à vingt minutes. Surtout, l'appareil a été conçu comme le nœud d'une guerre aérienne en réseau : il est optimisé pour s'intégrer à un système disposant de moyens avancés de détection et de commandement que la Suisse ne possède pas. Cet environnement existe pourtant : c'est celui de l'OTAN, avec ses AWACS qui assurent surveillance, commandement et gestion de bataille pour les chasseurs alliés. Ses concurrents proposaient d'autres compromis – le Rafale, par exemple, combine agilité, guerre électronique et une conception « ITAR-free » qui soustrait l'essentiel de la plateforme au contrôle américain sur les exportations. Le F-35 n'est donc pas simplement un avion : c'est le billet d'entrée dans un écosystème de défense, celui de l'Alliance atlantique. Choisir l'appareil, c'était déjà choisir l'environnement.

Quand et où la fabrication a-t-elle commencé ?

L'assemblage du premier caisson de voilure a débuté en mai 2026 dans l'usine Lockheed Martin à Marietta, en Géorgie.

Qu'en est-il de la formation initiale des pilotes ?

Les 8 premiers appareils seront livrés dès la mi-2027 à la Ebbing Air National Guard Base en Arkansas pour entraîner les pilotes suisses.

Quand est prévue l'arrivée des F-35 en Suisse ?

Sous réserve qu'il n'y ait pas de retard de livraison, les premiers avions atterriront sur le sol helvétique à partir de la mi-2028.

Quelle est l'enveloppe financière ?

Le peuple a voté en 2020 une enveloppe de 6 milliards de francs pour l'acquisition de nouveaux avions de combat, montant que le Conseil fédéral considère comme un plafond. Ce cadre est depuis sous tension : Washington conteste la notion de « prix fixe » et les surcoûts annoncés se chiffrent en centaines de millions, sans compter les coûts d'exploitation sur trente ans, estimés à quelque 15,5 milliards au total.

Pourquoi la facture explose-t-elle ?

Parce que le « prix fixe » n'a jamais existé juridiquement. Le document signé fin 2021 avec Washington mentionne bien un « fixed price », mais sans jamais le chiffrer, et les acquisitions par le canal américain Foreign Military Sales prévoient de toute façon que les surcoûts sont répercutés sur l'acheteur. En 2025, les États-Unis ont invoqué un « malentendu » et réclamé entre 650 millions et 1,3 milliard de plus, au titre du renchérissement et des prix des matières premières. Berne a choisi de réduire la commande à 30 appareils plutôt que de dépasser l'enveloppe, tout en demandant un crédit additionnel de 394 millions pour épuiser le plafond indexé. S'y ajoutent les frais annexes que le prix d'achat ne couvre pas : armement facturé à part, pièces de rechange, et quelque 15,5 milliards de coûts d'exploitation estimés sur trente ans. La facture n'explose donc pas par accident : elle rejoint simplement la réalité d'un programme dont les conditions étaient dictées par le vendeur.

Y a-t-il eu des paiements anticipés ?

armasuisse a versé 500 millions de francs de manière anticipée en 2026 pour sécuriser le fonds d'opérations et la chaîne d'approvisionnement des pièces de rechange.

Est-il possible de faire machine arrière ?

Juridiquement, oui. Le Conseil fédéral l'a confirmé au Parlement en mars 2025 : la Suisse peut résilier le contrat à tout moment jusqu'à la livraison des appareils, et aucune pénalité n'est prévue. Elle devrait en revanche supporter tous les coûts déjà engagés, que Berne se dit incapable de chiffrer, alors qu'environ 700 millions avaient déjà été versés à l'époque, montant depuis alourdi par le paiement anticipé de 500 millions effectué en 2026. Politiquement, le gouvernement exclut cette voie : renoncer affaiblirait « considérablement » la défense aérienne, la Suisse ne pouvant plus protéger son espace aérien dès les années 2030, faute d'alternative prête à temps. C'est l'argument de Martin Pfister : « Si nous devions abandonner ce projet, nous ne disposerions plus de défense aérienne. » Autrement dit, plus la Suisse paie, moins elle peut partir : chaque versement anticipé rétrécit la porte de sortie que le contrat laisse théoriquement ouverte.

Combien d'avions seront livrés, au final ?

Initialement fixée à 36 appareils, la commande a été ramenée à 30 face aux hausses de coûts et à l'inflation communiquées via le programme américain Foreign Military Sales, le Conseil fédéral ayant choisi de réduire le nombre d'avions plutôt que de dépasser l'enveloppe votée.