Neutralité : la gauche pacifiste fait campagne pour le oui
Le Parti suisse du travail et sept autres organisations défendent l’initiative sur la neutralité. Leur porte-parole, Timeo Antognini, y voit une protection contre le rapprochement avec l’OTAN et les sanctions unilatérales, et renvoie au PS l’étiquette « pro-Poutine » qu’il accole au texte.
L’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse », soumise au vote le 27 septembre, passe pour une affaire UDC. Un comité de gauche entend prouver le contraire.
Dans un entretien accordé à La Liberté, Timeo Antognini, coprésident du Parti suisse du travail (PST-POP) et doctorant en histoire à l’Université de Fribourg, présente le Comité pacifiste et internationaliste pour la neutralité, en campagne depuis début juillet. Autour du PST-POP, dont le comité central a voté le soutien à plus des deux tiers, on trouve le Parti communiste tessinois, le Mouvement suisse pour la paix, l’Association Suisse-Cuba ou encore Linksbündig, fondée par d’anciens socialistes zurichois : quelques milliers de personnes.
Son argument central renverse celui du Conseil fédéral. Le vrai danger pour le pays n’est pas l’initiative, dit-il, mais le rapprochement avec l’OTAN :
« Depuis que l’OTAN participe à la guerre en Ukraine, tous ses membres sont devenus des cibles potentielles de frappes russes. »
Une neutralité respectée de tous serait la meilleure des protections.
Sur les sanctions, il juge celles prises contre la Russie « catastrophiques » pour les prix de l’énergie et voit dans celles qui visent le Venezuela un instrument de dépendance « néocoloniale ». Il cite une étude parue dans The Lancet selon laquelle les sanctions occidentales auraient causé plus de 28 millions de morts entre 1971 et 2021.
Au PS, qui qualifie le texte de « pro-Poutine », il répond que l’argument est « vulgaire » et vise ceux qui n’ont pas lu l’initiative. Il assume la divergence avec l’UDC, accusée de chercher surtout des débouchés pour l’industrie d’armement : son comité veut un non-alignement à la manière du Sud global, l’ONU restant seule légitime pour décider de sanctions.
Le texte, rappelle-t-il enfin, est l’œuvre de l’historien René Roca, qui se dit social-libéral et pacifiste ; seule l’UDC lui a ouvert sa porte.