Apocalypse : le fédéralisme plus utile qu’un bunker avec piscine ?
Une étude internationale cite la Suisse parmi les pays les plus résilients face aux possibles catastrophes mondiales. Pas grâce aux bunkers des citoyens ou aux abris de luxe des ultrariches : ses meilleurs atouts sont collectifs. Mauvaise nouvelle pour les survivalistes en peignoir.
La fin du monde est un marché comme un autre : les uns achètent de l’or, les autres une île, et les mieux dotés ajoutent sauna et hammam sous terre. Une nouvelle étude internationale rappelle pourtant une évidence moins glamour : pour survivre à une catastrophe mondiale, mieux vaut d’abord habiter dans un pays qui fonctionne même en cas de coup dur.
Les auteurs ont passé en revue 152 travaux sur l’hiver nucléaire, les pandémies extrêmes, les astéroïdes, les super-éruptions, les cyberattaques massives ou les impulsions électromagnétiques. Quatre facteurs reviennent : isolement géographique, autosuffisance alimentaire, qualité des institutions et décentralisation.
L’Australie ressort le plus souvent, tandis que la Suisse apparaît comme un bon compromis : démocratie stable, faibles inégalités selon les auteurs, électricité hydraulique, infrastructures en partie durcies et relief facilitant l’isolement. Elle souffre néanmoins de deux handicaps : sa petite taille et sa dépendance au commerce extérieur.
Précision avant de réserver son chalet : il ne s’agit pas d’un classement scientifique des chances individuelles de survie. Les auteurs mêlent pays cités par la littérature et pays déduits de leurs critères, et qualifient leur comparaison d’illustrative. Les travaux précédents sur l’hiver nucléaire favorisaient plutôt l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Islande, les îles Salomon et le Vanuatu.
Le bunker suisse, version populaire et version « Davos »
Les célèbres abris antiatomiques helvétiques jouent à peine dans cette démonstration. La Suisse en compte pourtant environ 370 000, offrant en principe une place protégée à toute la population, malgré des lacunes locales. Le parc vieillit : quelque 200 000 abris doivent être rénovés au cours de la prochaine décennie. Le survivalisme suisse commence donc souvent par une opération moins hollywoodienne : sortir les cartons de la cave.
Les ultrariches visent plus confortable. En Suisse, un spécialiste interrogé par la RTS évoquait un abri de 300 m² pour trois personnes, avec hammam, piscine et sauna. Cent mètres carrés par survivant : même l’apocalypse respecte le standing.
À Hawaï, Mark Zuckerberg dispose dans son complexe d’un abri souterrain d’environ 465 m². En Suisse centrale, Brünig Mega Safe prépare des cavernes sous plus de 100 mètres de roche pour protéger œuvres d’art, métaux précieux, voitures et grands crus.
En 2018, Le Temps rapportait que des scénarios de repli vers la Nouvelle-Zélande circulaient parmi certains millionnaires de la Silicon Valley présents au Forum économique mondial. L’anecdote venait d’un vendeur de bunkers : prudence, donc.
Le plus piquant est que l’étude conclut presque à l’inverse du fantasme survivaliste. Même les pays les mieux placés resteraient dépendants du commerce et de la coopération internationale. Le meilleur placement suisse n’est donc peut-être ni la grotte privée ni le coffre-fort sous la montagne, mais une société capable de continuer à produire, distribuer, décider et coopérer. Beaucoup moins exclusif… et nettement plus difficile à acheter.