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Votation du 29 novembre : les industriels romands mettent la neutralité sous pression

À Boudry, 60 emplois supprimés, à Hérémence, 50 postes suspendus aux décisions d’un groupe norvégien : les industriels romands accusent les restrictions suisses sur les réexportations d’armes. Pourtant, la réforme du 29 novembre ne lèverait pas tous les blocages. Derrière l’emploi, se joue une autre bataille : qui contrôle la neutralité suisse ?

La rédaction
6 novembre 2026
2 min de lecture

À Boudry (NE), Systems Assembling a supprimé 60 postes sur 120 et déplacé une partie de la production au Portugal. Son patron accuse les règles suisses : des clients européens redoutent de ne pouvoir réexporter en Ukraine du matériel contenant des composants helvétiques. À Hérémence (VS), la direction de Nammo, qui emploie 50 personnes, craint le désengagement de sa maison mère norvégienne. L’enquête de 20 Minutes met des visages sur ces inquiétudes.

Les exportations suisses d’armes ont pourtant bondi de 43 % en 2025, à 948,2 millions de francs, deuxième meilleur résultat de la décennie. Si d’anciens gros contrats expliquent en partie cette embellie, ils ne présagent pas de l’avenir. Deux entreprises fragilisées ne prouvent pas l’effondrement général annoncé par Swissmem et des tensions sur l’emploi ne closent pas le débat politique.

Le 29 novembre, le projet de votation faciliterait les ventes à 36 États partenaires, limiterait les garanties de non-réexportation et donnerait au Conseil fédéral la possibilité de déroger exceptionnellement à certains critères. Nous avions déjà détaillé ce déplacement du contrôle : moins de règles automatiques, davantage d’arbitrages de l’exécutif, probablement dans le sens d’un alignement accru sur le bloc atlantiste.

Or, l’obstacle invoqué à Boudry concerne surtout l’Ukraine. Selon les explications du SECO, les livraisons directes à Kiev resteraient interdites, tout comme un contournement sciemment organisé. Des réexportations ultérieures pourraient être autorisées si un partenaire avait initialement acheté pour ses propres besoins. La réforme ne supprimerait donc pas automatiquement le blocage dénoncé par cette PME.

Les producteurs suisses de drones affrontent la même équation : besoin de marchés extérieurs, risque de dépendance. Et le dossier F-35 montre l’autre côté du guichet : lorsque Berne achète, ses fournisseurs étrangers imposent eux aussi leurs contraintes. Berne renforce parallèlement l’interopérabilité avec l’OTAN, sans y adhérer formellement. Produire des armes chez soi ne garantit pas l’autonomie si commandes, normes et approvisionnements se décident ailleurs.

Après le rejet de l’initiative sur la neutralité en septembre, Berne conserve une large latitude politique. Il réclame maintenant plus de souplesse sur le commerce des armes. Si les salariés menacés doivent être entendus, derrière le sauvetage industriel se joue un choix institutionnel : la Suisse veut-elle simplement conserver ses usines, ou aussi décider de la destination finale de leurs produits ?

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