jeudi 5 novembre 2026
Les Observateurs
Menu
En direct
Brèves

Le cash sous protection : Zurich légifère contre la disparition des espèces

Le Parlement municipal de Zurich veut imposer l’acceptation des espèces dans les services publics et les établissements subventionnés. Une décision révélatrice : payer sans laisser de traces devient une liberté qu’il faut défendre.

La rédaction
5 novembre 2026 Modifié le 5 novembre 2026 à 21h24
3 min de lecture

À Zurich, sortir quelques billets de son portefeuille pourrait bientôt relever d’un droit garanti par le règlement communal. Le Parlement municipal a adopté une motion imposant l’acceptation des espèces dans les services municipaux et les établissements subventionnés. Il reste à la Municipalité de traduire cette décision dans les règles communales.

Le texte initial allait plus loin : il visait tous les établissements installés sur le domaine public. L’exécutif, opposé à une obligation jugée excessive, a obtenu un compromis. La menace n’a pourtant rien de théorique. Le Kunsthaus et le marché de Noël de la gare Centrale avaient tenté de bannir le liquide, avant de reculer. Tanja Maag, de la Liste alternative, défend à la fois les personnes privées de compte bancaire ou de Twint et celles qui souhaitent préserver leur anonymat.

Le paradoxe est savoureux : il faut désormais légiférer pour pouvoir continuer à payer avec de l’argent. La Suisse vient pourtant d’inscrire la protection du numéraire dans sa Constitution. Le 8 mars 2026, les électeurs ont accepté à 73,42 % le contre-projet fédéral sur l’argent liquide. Seulement, ce texte garantit l’approvisionnement en espèces, pas leur acceptation systématique, que le Parlement fédéral avait précisément écarté. Zurich vient rappeler que disposer de billets ne sert pas à grand-chose si personne ne veut les prendre.

Le problème dépasse les frontières helvétiques. En Belgique, les commerçants doivent en principe accepter les espèces. La Norvège a renforcé le droit de payer en liquide en 2024. Aux Pays-Bas, une obligation d’acceptation pour les paiements inférieurs à 3 000 euros a été votée, mais son application attend encore des exceptions réglementaires.

À Bruxelles, la contradiction est plus spectaculaire. L’Union européenne prépare un règlement destiné à protéger l’acceptation du cash. Parallèlement, elle a adopté un plafond de 10 000 euros pour les paiements professionnels en espèces, applicable à partir de juillet 2027, tout en laissant les États fixer des limites plus basses.

Quant à l’euro numérique, la Commission assure que les particuliers ne seront pas obligés de l’utiliser. C’est exact dans le cadre proposé. Encore faut-il lire entre les lignes : la BCE précise que son acceptation serait obligatoire pour les commerçants acceptant déjà les paiements numériques, sous réserve d’exceptions. Autrement dit, pas d’obligation générale d’utilisation pour les citoyens, mais bien un déploiement réglementaire imposé à une partie des professionnels. Si Bruxelles n’affiche à ce jour aucune intention de supprimer les espèces, le danger est plus insidieux : multiplier les situations où le numérique devient la norme, jusqu’à faire du cash une exception et transformer progressivement une liberté ordinaire en faveur qu’il faut réclamer.

La rédaction
La rédaction

La rédaction des Observateurs propose des analyses et des synthèses sur les grands enjeux politiques, sociétaux et culturels. Elle privilégie les articles de fond, les mises en perspective et une lecture critique de l’actualité.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

L’essentiel de l’actualité suisse et internationale directement dans votre boîte mail.

Poursuivre la discussion

Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.