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Soixante-dix ans après les chars soviétiques, la Hongrie ouvre les archives du communisme

En Hongrie, les archives de la police politique communiste s’ouvrent soixante-dix ans après l’écrasement de l’insurrection de Budapest. Cette mise au jour rappelle l’ampleur des répressions communistes du XXe siècle, l’absence d’un procès international comparable à Nuremberg et la survivance de formations se réclamant encore de cette idéologie mortifère, y compris en Suisse.

Richard Dalleau
6 novembre 2026
3 min de lecture

Le 4 novembre 1956, les chars soviétiques écrasaient l’insurrection de Budapest. Soixante-dix ans jour pour jour après, la Hongrie a ouvert une base publique des dossiers de sa police politique communiste. Elle doit permettre de rechercher les fiches de quelque 50 000 à 60 000 informateurs. Péter Magyar, arrivé au pouvoir au printemps, avait promis de lever un secret que ses prédécesseurs avaient laissé sous le boisseau.

Pendant les quatre décennies de dictature, près de 150 000 personnes auraient été recrutées pour surveiller collègues, amis et proches. Une partie des archives a disparu et les dossiers détaillés d’environ 9 000 informateurs ne seront accessibles qu’en février 2027. Un nom dans un registre ne suffit d’ailleurs pas à prouver une dénonciation : certains recrutements furent forcés, d’autres restèrent sans suite. La transparence réclame aussi de distinguer les exécutants, les victimes et les résistants.

Budapest n’a pas inventé l’ouverture des archives. En Allemagne, les dossiers de la Stasi sont consultables depuis 1992. En Pologne, les archives de l’Institut de la mémoire nationale documentent les organes de répression. La Lettonie a publié dès 2018 des fiches du KGB. L’étendue des accès varie, mais le principe est le même : rendre aux citoyens une part de l’histoire que l’État leur avait confisquée.

L’épisode est aussi suisse : quelque 12 000 réfugiés hongrois furent accueillis par la Confédération après l’écrasement de 1956. Les Observateurs avaient déjà rappelé la journée hongroise de commémoration des victimes du communisme, fixée au 25 février en mémoire du député Béla Kovács, déporté au Goulag en 1947.

Cent millions de morts : le procès jamais organisé

La surveillance n’était qu’un rouage de la terreur. Sous Staline : purges, déportations, exécutions et Goulag ; en Ukraine, la famine de 1932-1933 organise par Lénine. Sous Mao, le Grand Bond en avant provoqua une famine qui fit des dizaines de millions de morts. Au Cambodge, les Khmers rouges causèrent la mort de 1,5 à 2 millions de personnes, soit 25 % de la population, entre 1975 et 1979. Publié en 1997 sous la direction de Stéphane Courtois, Le Livre noir du communisme avance un bilan voisin de 100 millions de morts dans le monde, un ordre de grandeur également rappelé par Les Observateurs.

Pourquoi dès lors aucun Nuremberg du communisme ? D’abord parce qu’en 1945, l’Union soviétique de Staline siégeait parmi les quatre puissances qui jugeaient les dirigeants nazis. Ensuite parce qu’en 1989-1991, les dictatures d’Europe de l’Est sont tombées sans capitulation générale ni occupation judiciaire alliée. Les transitions négociées et l’absence d’accord international ont laissé chaque État régler, ou différer, les comptes de son passé.

Des responsables ont néanmoins été jugés. Des dirigeants est-allemands ont été condamnés pour les tirs mortels à la frontière. Au Cambodge, plusieurs cadres khmers rouges ont reçu la perpétuité des Chambres extraordinaires, instituées avec le concours des Nations unies. En 2006, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une résolution condamnant les crimes des régimes communistes totalitaires. Une condamnation politique, pas le tribunal international qui manque à cette histoire.

En Suisse, le nom de ce parti criminel demeure. Au Tessin, le Parti communiste revendique toujours le marxisme-léninisme. Les Observateurs annonçaient en 2024 le lancement d’un Parti communiste révolutionnaire, qui défend la rupture avec le capitalisme. Le Parti suisse du Travail-POP se réclame, lui, du socialisme démocratique et d’un héritage socialiste critique. Ces courants ne défendent pas tous la même doctrine. Reste une question simple : comment revendiquer cette tradition sans regarder en face ce que ses régimes ont infligé à leurs peuples ?

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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