Russophobie : ça suffit ! Armée, neutralité, médias – pour un changement de cap total
Fautes et mensonges au sommet de l’armée, rapprochement caché avec l’OTAN, sanctions payées par les Européens, médias alignés sans exception : le bilan d’une russophobie devenue doctrine d’État. À deux semaines de la votation sur la neutralité, un plaidoyer pour renverser l’optique – une Suisse solidement armée au sol, fidèle à ses bons offices, et qui travaille au rapprochement avec la Russie plutôt qu’à sa diabolisation.
Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste pour le constater : de très graves fautes ont été commises à la tête de notre armée, et la propagande qui les accompagne repose sur un postulat jamais discuté — la Russie serait le danger numéro un, comme au temps des soviets. Je veux ici renverser totalement cette optique. On nous traitera d’agents de Moscou ; c’est aussi absurde aujourd’hui qu’autrefois. Notre but est de poser des questions, sans prétendre avoir toujours les réponses. Mais sur ce point, ma conviction est faite : la Russie n’a aucun intérêt à envahir l’Europe, la soumission à l’OTAN est une trahison, et la Suisse doit changer de cap.
Des fautes graves au sommet de l’armée
De très graves erreurs ont été commises au sommet de l’armée, et d’abord sous l’ancienne cheffe du Département militaire, Viola Amherd. Sans entrer dans le détail : elle était au courant d’informations importantes, elle a trompé, elle a menti et, plus grave encore, elle a donné la priorité aux cadres de l’armée favorables à une collaboration toujours plus intense avec l’OTAN. Cela est établi. Elle a de même écarté des militaires de très grande compétence qui, eux, s’opposaient à ce rapprochement de plus en plus marqué.
Vint ensuite l’ancien chef de l’armée, Thomas Süssli, pour nous expliquer que la Suisse ne pourrait plus se défendre seule. Sur cette base, on énumère tous les domaines où il faudrait absolument collaborer avec l’OTAN. Toute une argumentation prétendument spécialisée se met en place, avec ses mots-clés : « opérationnel », « interopérabilité ». Il faut que l’armée suisse soit interopérable avec l’OTAN. On ne prononcera jamais le mot de soumission, mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Et tout est fait pour discréditer les thèses adverses : la Suisse ne pourrait plus jamais se défendre seule, nous dit cet ancien chef de l’armée — ce qui est totalement absurde ; on brandit l’exemple des missiles balistiques, que nous serions incapables d’arrêter ; on soutient le F-35 malgré les mensonges, alors qu’on sait qu’il n’est pas du tout l’avion le plus adapté.
Le nouveau chef de l’armée, Benedikt Roos, va exactement dans le même sens. Il tire la sonnette d’alarme : les menaces russes seraient partout — surveillance électronique, cyberattaques, menaces hybrides. Comme si la Russie s’apprêtait à nous envahir.
Il faut un ennemi
Toute cette préparation militaire repose sur un postulat : le danger numéro un, ce serait la Russie, incarnée aujourd’hui par Poutine. On se croirait au temps de l’URSS. Rappelons pourtant que Gorbatchev a dissous le pacte de Varsovie, et qu’il était prévu que l’OTAN le soit aussi — ce qui n’a jamais été fait. Il faut oser prendre le contre-pied de cette masse d’information qui est en réalité de la désinformation sur la Russie.
Bien sûr, il y a la guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine. Nous l’avons dit cent fois : il n’est pas question de la justifier. Mais l’image qu’on donne de la Russie est en permanence celle d’un pays dangereux, et l’on instille la peur. Il faut que les citoyens aient peur pour qu’ils acceptent des moyens gigantesques et absurdes — la faillite du F-35 et toutes sortes de dépenses militaires. C’est connu : quand on veut faire la guerre, on se construit un ennemi. C’est de la propagande, et les médias s’y alignent de manière inconditionnelle et systématique.
Je pense profondément que la Russie actuelle — y compris lorsqu’elle changera de dirigeant — n’a aucun intérêt à envahir l’Europe. Que ferait-elle, que voudrait-elle ? Il n’y a plus de volonté d’imposer une idéologie par la force, la violence, les massacres et les famines, comme au temps du communisme. La Russie ne veut ni ne pourrait établir d’autres régimes politiques en Europe. Ce sont bien plutôt les États-Unis et l’Europe qui s’en prennent à la Russie et veulent son effondrement : le pays est cerné par des dizaines de bases militaires, et l’« opération militaire spéciale » — le terme prête à sourire — a servi d’excuse aux sanctions. Le dire, ce n’est pas être un agent de Moscou, c’est montrer la réalité.
Qui a payé les sanctions ?
Sur les sanctions, les médias n’insistent guère, et les plus hautes têtes de l’armée pas davantage. La Suisse s’est empressée de les soutenir, en assurant qu’elles seraient efficaces et que la Russie allait s’effondrer. Rien de tout cela ne s’est produit. On le sait après coup, mais on pouvait le savoir avant : les spécialistes le disaient.
Et qui a payé ? Pas la Russie : nous, les Européens. Les Américains, eux, en profitent, en participant maintenant au réarmement massif d’une Europe qui veut se réarmer pour quelque 800 milliards. Opération complètement surréaliste, mais il s’agit de faire croire aux populations que ce surarmement par centaines de milliards est absolument indispensable. Ce sont les couches populaires, celles qui ont le plus de peine à vivre, qui payent le plus cher les sanctions infligées à la Russie. C’est le comble, et on ne veut pas le dire : on répète que ces sanctions étaient indispensables, et l’on en rajoute encore, alors qu’on sait qu’elles n’ont que très peu d’effet.
Prenons l’exemple du pétrole et du gaz russes, qui étaient bon marché. Leur renchérissement nourrit par exemple des mouvements de révolte politique en Allemagne : c’est l’une des raisons de la progression de l’AfD, les citoyens constatant qu’ils payent plus cher non seulement l’énergie, mais tout ce qui en découle. La Russie, elle, s’en tire finalement assez bien : elle vend son gaz et ses autres produits à l’Asie, à la Chine, à l’Inde, et nous payons ces éléments déterminants beaucoup plus cher. Voilà ce que les médias devraient montrer tous les jours. Il est extraordinaire qu’on ne raisonne pas en ces termes ; la propagande est si massive qu’on dirait qu’on ne veut surtout pas que des questions soient posées.
Quelle défense pour la Suisse ?
Que devrait être la réponse ? D’abord, au niveau de l’armée. Je ne suis pas un spécialiste, mais l’armée suisse est passée de 600 000 à 100 000 hommes. Or c’est bien d’une armée terrestre que la Suisse a besoin. Pourquoi nous bombarderait-on, pourquoi nous enverrait-on des missiles, puisque la Russie — on le sait, mais on ne veut pas le croire — n’a aucune intention d’envahir ? Imaginez seulement ce que supposerait l’invasion des pays européens.
La Suisse doit être armée de manière classique et traditionnelle. On rira, comme on riait quand je disais qu’il faudrait réutiliser les immenses forts creusés dans la montagne ; et voilà qu’on nous dit tout à coup qu’après tout, ce ne serait peut-être pas si mal. Pensez aux points de passage les plus étroits. Une armée terrestre beaucoup plus importante, oui ; mais sans croire qu’il faut être à la hauteur des meilleures armées du monde avec toute leur technologie. Il nous faut certes un certain nombre de choses complémentaires, mais en partant de l’idée exactement contraire à celle qu’on nous impose : la Russie n’a aucune intention d’envahir l’Europe.
Neutralité : le 27 septembre et le vrai rôle de la Suisse
Venons-en à la neutralité et à la votation du 27 septembre. Les Suisses devraient comprendre qu’il s’agit d’une dimension fondamentale, constitutive du système politico-culturel suisse, l’une de celles que nous devons absolument maintenir. Cette initiative devrait être approuvée massivement. Contrairement à ce qu’on nous fait croire, rien n’empêche de conserver une marge de manœuvre — ne serait-ce que pour les sanctions décidées par l’ONU. Nous ne serions pas un hérisson incapable de faire quoi que ce soit.
Surtout, notre rôle est autre : ce sont les bons offices, la paix, le service rendu aux pays en guerre. Il faut répéter tout ce que nous avons perdu en adoptant les sanctions contre la Russie, qui ne nous considère plus comme neutres. Cela est d’une gravité extrême. Voyez l’absurdité, déjà évoquée, d’un grand Bürgenstock réunissant un maximum de pays — mais sans la Russie. Il semblerait d’ailleurs que ce Bürgenstock, apparemment monté par Viola Amherd, ait été une idée de Zelensky, dont elle était très proche. Elle était entièrement prise dans cette soumission à l’OTAN, et l’on a versé des sommes énormes pour soutenir l’Ukraine, y compris militairement. C’est proprement invraisemblable.
Quand j’ai dit « partons en Russie », cela voulait dire : travaillons pour que la Russie nous reconnaisse à nouveau comme neutres et fasse appel à nous pour rendre des services, pour faciliter l’interruption des guerres ou en empêcher certaines. C’est un rôle très important, quotidien, et nous avons les compétences pour le tenir. Voilà ce qui devrait être l’objectif principal — et non la soumission à l’OTAN. Voilà le changement de cap total : une Suisse bien armée, avec des troupes terrestres très importantes, une armée de défense qui ôte l’envie de nous envahir, par quiconque.
Imaginez tous ces lobbies qui utilisent ce prétendu danger pour obtenir des moyens militaires gigantesques et nous soumettre à l’OTAN, comme on veut nous soumettre au monstre corrompu, voire criminel, qu’est devenue l’Union européenne. Que ferions-nous si l’UE s’effondrait un jour — ce qui n’est pas exclu, si plusieurs pays importants en sortent ? Nous donnerions une drôle d’image, nous qui nous serons battus de tous côtés pour en être membres ou, comme on nous dit, pour nous en « rapprocher ».
Des médias sans pluralisme
Sur cette initiative, on retrouve la même propagande massive. Ce qui est incroyable, c’est que tous les médias, sans exception, font tout ce qui est possible pour que l’initiative pour une neutralité plus stricte soit refusée. Il faut le dire cent fois : la Suisse connaît aujourd’hui un monde médiatique très peu pluraliste. Il devrait y avoir de vrais débats, beaucoup plus équilibrés et complets ; au lieu de quoi tout est fait pour dire qu’une neutralité plus stricte serait inadéquate, à contre-courant, que c’est vers l’OTAN qu’il faut aller et qu’une neutralité trop stricte serait un obstacle majeur. Voilà, en résumé, ce qu’on essaie de nous faire croire.
On peut se demander si ces journalistes sont conscients de ce qu’ils font, ou s’ils sont eux-mêmes manipulés par l’information systématique de responsables politiques et militaires officiels qui vont tous dans le sens de l’interopérabilité avec l’OTAN. Se documentent-ils encore de manière complète, ou doivent-ils obéir, parce qu’il y a le service public ? Depuis le refus de la redevance à 200 francs, on sent bien qu’ils sont encore plus en osmose avec le monde politique et militaire officiel. La vérité, on la trouve de plus en plus dans les médias alternatifs. Est-ce normal dans une démocratie ?
Un exemple, parmi des dizaines, de ces croche-pieds quotidiens. Christoph Blocher étant un acteur important, qui engage beaucoup d’argent, on s’en prend à lui : le vieux monsieur d’un autre âge revient et met des millions. J’ai entendu des gens dire qu’il faut absolument que l’initiative ne passe pas, sinon il croira faire la loi. On attise la haine, anti-Blocher et, bien sûr, anti-UDC. Puis un média tente de casser le front des partisans : voyez, même à l’UDC, il n’y a pas d’accord général. On cite un conseiller d’État, puis un très grand entrepreneur, dont on a parlé un temps comme conseiller fédéral, opposé lui aussi à l’initiative — il y a évidemment aussi des intérêts économiques derrière tout cela, une neutralité stricte gênant sans doute certaines entreprises. On va jusqu’à citer un membre de l’UDC qui a changé de parti parce qu’il ne soutient pas l’initiative. Cela fait trois ou quatre personnes, quand l’UDC représente des centaines de milliers de partisans. Il n’a jamais existé de parti où tout le monde soit d’accord ; mais on en fait un long article pour donner à croire que Blocher est quasiment seul et hors du coup.
Il n’est pas seul. Et s’il a gagné une fois contre tous — en 1992, lors du refus de l’EEE —, c’est qu’il n’était déjà pas seul : une grande partie de la population est attachée à une neutralité vraie, authentique, et préfère voir la Suisse exercer ses bons offices plutôt que se soumettre à l’OTAN. Les gens ne se rendent même pas compte de l’attaque dont ils sont l’objet.
Renverser l’optique
Je voudrais simplement qu’on prenne conscience de l’absurdité de cette russophobie généralisée, qui consiste à faire de la Russie l’ennemi numéro un, comme au temps du communisme et des soviets. Et j’irai plus loin : je pense que la population russe, la civilisation russe, est très proche de la nôtre, européenne ; que nous avons énormément de points communs ; et que, plutôt que d’en faire l’ennemi numéro un, nous devrions tout faire pour aller vers un rapprochement. Travailler avec la Russie, faire tomber les barrières qu’on s’emploie à dresser, parler de collaboration et d’activités communes. On a même parlé d’une Europe qui comprendrait la Russie : ce n’est pas une absurdité. Bien sûr, Poutine, avec la guerre en Ukraine, ne facilite pas les choses. Mais cette guerre s’arrêtera, et il faut bien montrer les projets qui visent l’effondrement de la Russie.
Contre cette propagande de certains cadres de l’armée, il y a heureusement des ambassadeurs — trois, quatre, cinq, ce n’est pas beaucoup, mais c’est remarquable — parfaitement conscients de la non-pertinence de cette soumission quasi inconditionnelle à l’OTAN, cachée, minimisée, avancée sans jamais être dite clairement. Il a fallu qu’ils soient à la retraite pour oser enfin dire ce qu’il en est : le scandale absolu de la tête de l’armée, et cette propagande invraisemblable d’une élite « progressiste » et « ouverte » qui veut faire de la Russie l’ennemi public numéro un.
Il faut travailler à ce renversement complet de la vision de la Russie, et montrer le danger que créent l’OTAN et le surarmement gigantesque de l’Europe — voulu par cette Ursula von der Leyen, nommée par personne, devenue un acteur politique essentiel qui dépasse totalement sa fonction et entraîne tout le monde derrière elle, après l’escroquerie de grande envergure déjà commise avec le Covid. Comment faire comprendre que l’Union européenne est un monstre corrompu, voire criminel, sans généraliser bien sûr ? Rappelons que certains responsables de ce Parlement et de cette Commission ont commis des délits qui mériteraient la prison ; il y en a qui en ont fait !
À la place de cet immense et destructeur échec de l’UE, sans généralisation excessive, je veux une Europe des nations souveraines comprenant tôt ou tard la Russie.
Voilà le changement de cap total que je préconise : par rapport à la Russie, et par rapport à la trahison que représente la soumission à l’OTAN et à l’Union européenne.