À Lausanne, les ultras ratent le match, mais pas les bagarres et les mortiers
Des mortiers d’artifice contre la police à la gare de Lausanne après le derby LS-Servette : spectaculaire, l’épisode va pourtant à rebours d’une baisse nationale des violences graves dans le foot. Le point noir se déplace hors des stades et vers la pyrotechnie.
Le derby Lausanne-Sport–Servette était terminé lorsque la troisième mi-temps a commencé à la gare. Une quarantaine de supporters genevois, dont certains cagoulés, ont tiré des engins pyrotechniques en direction des policiers, qui ont répondu avec des balles en caoutchouc. Aucun blessé n’a été signalé, mais plusieurs dégâts matériels ont été constatés lors de ces débordements dans la gare.
La journée avait pourtant commencé par un dispositif censé éviter les tensions. Quelque 600 Genevois devaient être conduits de la gare au stade en car, mais ils ont été bloqués plus d’une heure et n’ont finalement pas assisté au match ; les raisons du retard restent mal établies. Sans excuser les violences, cette gestion chaotique des flux rappelle, toutes proportions gardées, la finale Liverpool-Real de 2022, où le Sénat français avait conclu à de « défauts d’organisation majeurs ».
Reste que Lausanne constitue davantage un cas spectaculaire qu’un thermomètre national. Sur les 414 rencontres de Super League et Challenge League analysées en 2025-2026, 33 ont été classées « rouge », contre 43 la saison précédente et 64 en 2023-2024 : les matches et après match les plus gravement violents ont presque diminué de moitié en deux ans.
La violence change aussi de décor. La SFL relevait en 2025 que les classifications jaune et rouge provenaient principalement d’incidents hors des stades ou liés à la pyrotechnie, les violences graves dans les enceintes étant devenues rares. Ce reflux contraste avec le contexte suisse général : en 2025, alors que les infractions au Code pénal reculaient de 1,5 %, la violence grave progressait de 8,1 %.
L’Allemagne connaît le même paradoxe. En 2024-2025, les trois premières divisions ont enregistré 1 107 blessés, soit 17 % de moins en un an, et 4 700 procédures pénales contre plus de 6 000 la saison précédente. Dans le même temps, les infractions pyrotechniques ont bondi de 73 %, à 4 783 cas.
La France suit une trajectoire moins rassurante : en 2024-2025, la Division nationale de lutte contre le hooliganisme a recensé 910 interpellations contre 718 un an plus tôt, soit +26,7 %.
L’affaire de Lausanne monter moins une hausse de la violence dans le football suisse qu’un noyau dur de supporters servettiens qui résiste à l’amélioration générale, avec des incidents qui se déplacent désormais volontiers hors du stade.