Accords commerciaux : les Suisses ne sont pas protectionnistes, ils sont méfiants
85000 signatures ont été déposées contre l’accord avec la Malaisie. Ce n’est pas un caprice protectionniste : après l’Indonésie et avant le Mercosur, la démocratie directe rappelle que le libre-échange suisse n’est pas un chèque en blanc.
Quelque 85 000 signatures ont été déposées lundi contre l’accord de libre-échange entre l’AELE et la Malaisie. Si 50 000 sont validées, les Suisses voteront probablement au premier semestre 2027 pour ratifier cet accord. Au cœur de la contestation : les concessions accordées à l’huile de palme et des garanties environnementales et sociales jugées insuffisantes par les opposants.
Le scénario a un air de déjà-vu. En 2021, l’accord avec l’Indonésie avait lui aussi été envoyé devant le peuple à cause de l’huile de palme. Il avait finalement passé, de peu : 51,7 % de oui. Le commerce, oui, mais pas à n’importe quel prix : les citoyens avaient exigé que les concessions douanières soient assorties de conditions de durabilité et de traçabilité.
Le contraste avec l’Inde est éclairant. L’accord AELE-Inde, entré en vigueur le 1er octobre 2025, n’a fait l’objet d’aucun référendum. Il ouvre notamment un accès préférentiel aux machines, à la pharma, à l’horlogerie ou aux instruments de précision, tout en comportant un chapitre juridiquement contraignant sur le commerce et le développement durable. Les Suisses ne semblent donc pas allergiques au libre-échange, ils se montrent surtout méfiants lorsque l’ouverture touche directement l’agriculture, l’environnement ou des filières sous pression.
Le Mercosur confirme cette tendance. Le Parlement a adopté l’accord le 2 octobre, après avoir ajouté plus d’un demi-milliard de francs pour amortir ses effets sur l’agriculture suisse. Un référendum est déjà annoncé. Comme nous l’avions relevé dans notre précédent article sur le Mercosur, Berne défend notamment le texte au nom de la compétitivité face à l’Union européenne. Lorsque les gains promis aux exportateurs s’accompagnent d’une concurrence accrue pour les paysans, la facture politique remonte vite à la surface.
La Malaisie relève donc moins d’un réflexe protectionniste que d’une tradition helvétique de contrôle citoyen, qui refuse de laisser l’exécutif et le Parlement décider seuls des contreparties. Avec 35 accords de libre-échange conclus avec 45 partenaires hors UE, la Suisse n’a rien d’une forteresse commerciale.
Le contrepoint européen pousse cette logique plus loin. Les Bilatérales III ne portent plus seulement sur des droits de douane ou des quotas, mais aussi sur la reprise dynamique de droit européen. Le Conseil des États veut donc soumettre le paquet à la double majorité du peuple et des cantons. Plus l’accord touche à la souveraineté, plus le contrôle démocratique se resserre.
Poursuivre la discussion
Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.