Le match truqué : panorama d’une fin de partie
La guerre d'Ukraine est entrée dans sa phase terminale : un boxeur exsangue, dopé par ses soigneurs occidentaux, face à un adversaire qui n'a plus qu'à attendre. Du général Syrsky contredisant Zelensky aux alliances de Kiev avec les cartels, de la patience calculée de Poutine au poker menteur de Trump sur Ormuz et au Liban, tour d'horizon d'un monde suspendu – en attendant Godot.
Comment cette histoire va-t-elle se terminer ? La question n’est plus rhétorique : quelque chose bouge, et cela pourrait aller vite, dans un sens comme dans l’autre. Pour saisir la scène, oublions les analyses de chancellerie et regardons le ring. Deux boxeurs s’y font face en fin de match. L’un s’est entraîné méthodiquement, dispose de tout le ravitaillement nécessaire, encaisse et frappe sans faiblir. L’autre, frêle, ne tient debout que par les substances qu’on lui administre à hautes doses, tandis que son coin lui répète, round après round, que l’adversaire va s’effondrer « au prochain assaut ». Cela fait douze ou treize rounds qu’on le lui promet. Entre deux piqûres, on lui glisse de petits poignards pour blesser l’autre par des moyens qui n’ont plus rien de réglementaire – pourvu qu’il tienne jusqu’à l’annonce de la fin du match. On verra ensuite avec les arbitres.
Voilà la situation : un combat structurellement déséquilibré, maintenu artificiellement en équilibre. Le boxeur dopé ne sent plus la douleur ; il encaisse des coups terribles sans tomber. Mais pour savoir comment le match peut finir, il faut examiner froidement l’état des deux camps.
Kiev : les fissures de l’édifice
Côté ukrainien, les signes d’affaiblissement systémique se multiplient. Sur le front, Kostiantynivka et Lyman ne sont plus que des poches de résistance à réduire ; l’avancée russe se poursuit, ralentie seulement parce que Kiev jette ses dernières réserves dans cette bataille pour ne pas perdre définitivement le Donbass – perte qui serait catastrophique militairement, mais plus encore en termes d’image. Car tout l’enjeu, désormais, est de maintenir l’idée qu’investir dans le « projet Ukraine » vaut encore la peine, que l’on peut tenir longtemps et affaiblir durablement la Russie. Après tout, les Américains ont bien financé les réseaux de Bandera des années après la Seconde Guerre mondiale pour entretenir la discorde en territoire ukrainien. L’essentiel est que les flux financiers continuent de couler.
Or c’est précisément au sommet que l’édifice se fissure. Zaloujny, convoqué par Zelensky, lui a annoncé sans détour qu’il serait candidat aux prochaines élections – et les sondages lui donnent une avance nette. Quant au général Syrsky, sentant venir son limogeage, il vient de tenir une conférence de presse qui dit très exactement le contraire du discours présidentiel. Zelensky proclame : nous gagnons, nous avançons, les Russes perdent plus d’hommes qu’ils n’en peuvent remplacer, ils sont exsangues, un dernier coup de collier et le boxeur d’en face tombe. Et Syrsky de répondre, dans les médias : c’est nous qui manquons cruellement d’hommes, je ne sais plus où les trouver, nos lignes ressemblent à un emmental, elles sont proches de la rupture ; les Russes disposent d’une armée formidable et repourvoient leurs pertes sans difficulté ; leur supériorité, technologique comme humaine, est écrasante. Le chef militaire contredit frontalement son chef politique – celui-là même qui a annoncé aux Américains qu’il le limogerait d’ici l’automne. Quand le sommet de l’État se déchire publiquement sur la réalité du front, c’est que le narratif ne colmate plus rien.
Le régime mafieux et ses alliés naturels
Zelensky, aux abois, cherche désespérément de l’argent et des hommes. Il vient de trouver les deux auprès d’interlocuteurs à sa mesure : les cartels de la drogue colombiens, mexicains et vénézuéliens. Le marché est simple. L’Ukraine, vu sa situation hors de tout contrôle, devient la porte d’entrée du fentanyl et de la production des cartels vers l’Union européenne – commerce colossalement lucratif qui fait rentrer des flots d’argent. En échange, les cartels aident au recrutement de mercenaires : on compte aujourd’hui quelque cinquante mille Sud-Américains sur le front, chiffre respectable. Et Zelensky livre par-dessus le marché une partie des armes occidentales mises à sa disposition – armes fort utiles aux narcos pour tenir tête aux forces de l’ordre et consolider leurs républiques du narcotrafic. Un régime mafieux s’allie à la mafia : ces deux-là étaient faits pour s’entendre.
Qu’on ne s’y trompe pas : dès la fin de la guerre, les réseaux déjà tissés en Europe – diaspora ukrainienne massive, relais des cartels, armes détournées, drogue qui irrigue déjà les circuits existants – pèseront lourdement sur le marché des stupéfiants, la criminalité et la sécurité du continent. Le monstre que nous avons nourri en notre sein prépare un après-guerre terrifiant pour l’Union européenne, et nous en paierons tous la facture. Voilà la mesure de l’irresponsabilité de nos dirigeants.
L’affaire de Monaco s’insère parfaitement dans ce tableau. Un homme d’affaires ukrainien avait monté une fraude téléphonique très lucrative, contrôlée par le SBU, les services secrets ukrainiens. Ceux-ci devenant trop gourmands, l’homme a pris un passeport chypriote et s’est mis à l’abri, notamment à Monaco. Une explosion a suivi : son épouse y a laissé ses jambes et un bras, son enfant a été projeté à vingt mètres. Quand certains commentateurs parlent d’un « signal », permettez-moi d’en douter : on ne mutile pas ainsi pour avertir, on tue – ou l’on tente de tuer. À l’intérieur même d’un système qui sent le vent du boulet, tout s’exacerbe : Syrsky contre Zelensky, Zaloujny qui revient dans le jeu, des services secrets devenus le parrain suprême éliminant la concurrence, les cartels qui entrent dans la danse. Cela sent furieusement le roussi.
Le pari occidental : faire jeter l’éponge
Et pourtant, le narratif tient. Il tient parce qu’il le faut, et c’est ici qu’entre en scène l’Union européenne. L’idée directrice est la suivante : puisqu’on ne vaincra pas la Russie militairement à proprement parler, il faut lui faire suffisamment mal pour qu’elle jette l’éponge – que le peuple russe, meurtri comme les Anglais sous les V1 et V2, se soulève contre ses dirigeants et demande grâce. Alors on dicterait les conditions, comme on les dicta à l’Allemagne à Versailles en 1919. Faute de changement de régime, on obtiendrait au moins une négociation ; et si Poutine négocie, il est mort, car il aura montré sa faiblesse – il chutera comme Gorbatchev, on installera un pouvoir docile, on obtiendra les matières premières russes pour une croûte de pain, et l’on pourra enfin s’occuper du cas chinois. Voilà, en substance, le calcul occidental.
D’où l’arme miracle du moment : les drones, en attendant l’escalade suivante, qui sera – je le dis sans détour – les missiles balistiques sur Moscou. Toutes les lignes rouges ayant été franchies l’une après l’autre sans réaction décisive, les puissances otaniennes ne voient plus de limite à leurs actes. D’où aussi les gesticulations allemandes : Berlin a envoyé trois cent mille questionnaires pour recruter et a reçu cinq cents réponses. Si Hitler avait obtenu pareil résultat, il n’aurait même pas tenté l’opération Barbarossa. Alors on parle de rétablir la conscription obligatoire, et le discours se fait chaque jour plus guerrier – appuyé sur une pression purement médiatique : chaque drone qui touche une cible en Russie est gonflé à l’extrême, ce que subissent les Ukrainiens est minimisé. Le procédé est classique.
Notons au passage que ce bellicisme sert un intérêt intérieur très concret. Des dirigeants massivement rejetés par leurs opinions – Macron, Merz – trouveraient dans une escalade, fût-elle une « drôle de guerre », le prétexte rêvé pour des lois d’exception, des élections reportées, un pouvoir bétonné. Ils ont d’ailleurs un modèle sous les yeux : Zelensky, à la tête de son pays depuis deux ans sans la moindre légitimité démocratique, à coups de prolongations de l’état d’urgence. Voilà où en sont les prétendues démocraties libérales.
Moscou : la patience de Koutouzov
Face à cela, que fait la Russie ? D’abord, elle colmate. Poutine a limogé le chef de sa défense aérienne – qui, manifestement, avait raté un chapitre – et donné à son successeur un mandat limpide : régler le problème des drones. Avec un certain succès déjà : leur efficacité décroît. Restera la question des missiles ; les modèles classiques seront interceptés – on vient d’en abattre un à proximité de Moscou –, mais des vecteurs de toute dernière génération, difficiles ou impossibles à arrêter, imposeraient une révision stratégique.
Ensuite, elle broie. Sur le front, la Russie gagne – lentement, mais elle gagne, et elle accélère. Sa méthode actuelle : la destruction systématique, et redoutablement efficace, de toute la logistique arrière. Syrsky lui-même, dans son accès de vérité de partant, le confirme : tenir la ligne devient très difficile parce que derrière, plus rien ne suit – toutes les stations-service sur soixante kilomètres en arrière du front sont détruites les unes après les autres. Moscou pourrait aller plus loin : frapper les corridors d’acheminement des drones livrés massivement par l’Union européenne, dont elle connaît les tunnels et les passages ; intensifier les frappes sur les centres de production. Mais Poutine a choisi de neutraliser la tumeur ukrainienne plutôt que de s’aventurer à bombarder des sites de production sur le territoire de l’Union – boîte de Pandore qu’il se garde d’ouvrir.
Car il sait qu’il gagne la guerre : il suffit de tenir. Et les Russes ont montré, de 1941 à 1945, ce que tenir veut dire. C’est un peuple d’une patience extrême, formé par des siècles de conflits contre Tatars et Mongols à la victoire de longue durée. Il a le temps et l’espace pour lui – souvenons-nous de Koutouzov. Rapportées aux vingt-sept millions de morts de la Grande Guerre patriotique, les pertes actuelles sont si loin du compte que le calcul du Kremlin n’est pas absurde. Certes, derrière Poutine, un Karaganov et d’autres poussent à poser un signal fort – un missile sur Ramstein, ou sur un site de production de drones en Europe. Mais ce serait une attaque contre l’Europe elle-même. Les Européens réagiraient-ils ? Peut-être pas. Trump volerait-il à leur secours ? Je n’y crois pas davantage. Il n’empêche : Poutine aurait posé la question à ses généraux – quel risque qu’un tel acte, monté en épingle par tous les médias comme la preuve de notre agressivité, fasse tout dégénérer ? Cinq à dix pour cent, lui aurait-on répondu. C’est trop, aurait-il tranché. Les statistiques ne servent à rien le jour où cela tourne mal : on peut avoir un pour cent de risque d’avoir un cancer, le jour où on l’a, les nonante-neuf pour cent restants ne consolent de rien. Poutine fait ce calcul-là. Il lit dans le jeu de l’adversaire, il voit que certains actes seraient précisément souhaités par l’Union européenne pour souder ses opinions – et il est trop intelligent pour leur offrir cette guerre.
J’en tire une prévision : renforcement marqué de l’offensive durant la belle saison, étranglement méthodique en vue de l’hiver. Zelensky craint l’hiver prochain comme le diable l’eau bénite, et il a raison : il sera dévastateur. L’Ukraine vient déjà de subir une coupure d’électricité de plusieurs heures sur l’ensemble du réseau national. Le signe ne trompe pas.
Gesticulations périphériques
En attendant, Kiev multiplie les gestes désespérés. Zelensky a sommé la Biélorussie de neutraliser les stations relais qui guideraient les missiles russes – menace parfaitement irrationnelle quand on n’a déjà pas assez de soldats pour tenir un front immense, et qu’ouvrir un second front contre Minsk, c’est s’assurer une riposte « très violente », selon les termes de Loukachenko, avec la Russie en appui. Zelensky a d’ailleurs reculé, affirmant que les Biélorusses avaient désactivé les relais – ce que Syrsky, décidément, a aussitôt démenti dans les médias : aucun relais n’a été désactivé. Ils se contredisent désormais entre eux, en direct.
Autre fébrilité : la Transnistrie, cette bande de territoire coincée entre la Moldavie et l’Ukraine, non loin de la Roumanie, où l’on sent poindre la tentation moldave d’une opération destinée à ouvrir là encore un nouveau front. Autant de fléchettes, de petits coups de poignard plantés dans les flancs de l’ours russe – lequel, imperturbable, reste concentré sur le boxeur K.O. debout qui lui fait face, pour lui porter le coup définitif. Car il n’y a plus de négociations dignes de ce nom, ni entre Européens et Russes, ni entre Américains et Russes : tout est au point mort. L’affaire se réglera donc militairement – guérilla asymétrique et terrorisme d’un côté, guerre d’attrition imposée par la Russie de l’autre. Et qui gagne une guerre d’usure ? Connaissant l’histoire, mesurant les forces en présence et l’état de délitement de l’armée ukrainienne, je vois mal Moscou céder quoi que ce soit.
L’unité européenne se fissure à l’Est
Ajoutons que le fameux front uni dont nous bassine Ursula von der Leyen – cette Union « unie et forte » face à l’ennemi russe désigné – commence lui aussi à sentir le roussi. Ce que j’avais d’abord pris pour une dispute anodine entre la Pologne et l’Ukraine se révèle beaucoup plus profond : une véritable détestation mutuelle s’installe. Varsovie a ouvert les yeux sur les héritiers de Bandera, ces réseaux qui contribuèrent aux pogroms et aux massacres d’une centaine de milliers de citoyens polonais – et que Kiev enterre aujourd’hui dans un panthéon des héros de la nation. On comprend que la Pologne trouve la chose saumâtre. Les Tchèques ont emboîté le pas ; on se renvoie mutuellement les médailles dont on s’était copieusement arrosé. « Je t’aime, moi non plus » : à l’Est, du nouveau. Les Polonais ne veulent plus verser un kopeck, les Tchèques non plus, et d’autres suivront. Restent les éternels mêmes – Allemands, Britanniques, Français – dont les gouvernements se soucient de l’opinion publique comme d’une guigne. Quant au successeur annoncé de Starmer, ce sera, à ce qu’il paraît, un Starmer bis ; l’actuel occupant de Downing Street bétonne d’ailleurs sa politique avant de passer la main. Le tout peut s’accélérer de manière inattendue ces prochains mois – inattendue pour certains ; moi, je dirais plutôt attendue.
Et si Washington débloquait nonante milliards, comme certains l’évoquent ? Cela m’étonnerait de Trump – ce serait le Biden qui sommeille en lui qui se réveille – et cela ne changerait rien : nous avons déjà donné, et la plus grande part de cet argent disparaîtra dans le trou noir ukrainien, dans une corruption qui croît exponentiellement à mesure que le régime devient branlant.
Ormuz, ou le poker menteur permanent
Passons du front ukrainien au front moyen-oriental. Là, Trump donne toute sa mesure. Dire qu’il ment serait presque inexact : pour lui, il n’existe ni vérité ni mensonge, seulement des mots utiles et des mots inutiles. Nous sommes dans le pur narratif. Il assure que tout se passe à merveille sur le dossier nucléaire – pendant que Doha est frappée et que les Iraniens, en face, déclarent qu’ils ne discutent plus. Qui croire ? Plutôt les Iraniens, si l’on connaît les forces en présence ; le grand menteur, c’est le grand blond à la chaussure noire. Mais son discours fonctionne, car les médias le relaient : il influence les marchés, le prix du pétrole, il joue les équilibristes. Du poker menteur vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Les Iraniens en ont tiré la leçon : n’espérant plus la moindre bonne foi, ils répondent missile pour missile et se réarment entre-temps – avec, je le soupçonne, la bénédiction gourmande des Chinois et surtout des Russes, trop heureux de rendre en Iran la monnaie de la pièce ukrainienne. À la place de Poutine, je n’hésiterais pas une seconde. Cette épine dans le pied américain, au détroit d’Ormuz, a en outre le mérite de détourner Washington du théâtre européen. Quant au fameux « Memorandum of Understanding », il est déjà mort puisqu’il n’est pas respecté ; il n’en reste qu’un canal de communication servant à se notifier mutuellement les violations – et la liste est longue.
Le Liban, ou la victoire des mètres carrés
Reste le plus étonnant : le Liban. Reconnaissons-le : Israël a affaibli le Hamas, transformé la Cisjordanie en un patchwork dont on peine à imaginer qu’il puisse encore fonder un État, pris le Sud-Liban, et occupe la Syrie jusqu’à quelques dizaines de kilomètres de Damas. Territorialement, le coup est réussi. Mais les mètres carrés sont une chose – c’est la même erreur que les Ukrainiens – et la capacité de les tenir dans la durée en est une autre.
Sur ce fond, le gouvernement libanais vient de conclure avec Israël un accord qui, en traduction libre, signifie à peu près : « Si vous nous annexez, cela ne nous pose aucun problème. » La rue a réagi violemment, et pour cause. Israël fait ce qu’il sait faire de mieux : diviser pour régner, en tentant d’attiser une guerre civile libanaise. Trump, constatant qu’Israël ne règle pas le problème, a eu l’idée d’en charger al-Joulani, l’homme assis à Damas – lequel s’avère nettement moins sot que je ne le pensais. Sunnite face à un Hezbollah chiite, il aurait pu voir là l’occasion d’affaiblir définitivement un rival confessionnel. Mais il a compris une chose simple : ce qui arrive aujourd’hui au Hezbollah lui arrivera demain. Sa position est fragile, des milices menacent son pouvoir de toutes parts, et il n’ira pas se mettre dans la nasse pour les beaux yeux du grand blond. Il a donc décliné, poliment – il est stupéfiant de voir à quel point le blanchiment de cet islamiste en homme du monde a fonctionné. Je le soupçonne même de laisser passer les armes iraniennes vers le Hezbollah ; mais cela n’est qu’un soupçon.
Le gouvernement libanais, lui, avec une armée sans armes lourdes, sans défense aérienne, sans aviation, ne représente aucun défi pour le Hezbollah. En signant cet accord, il vient de se discréditer totalement, et il ne faudra pas s’étonner si le Hezbollah finit par prendre l’entier du pouvoir au Liban. Rappelons d’ailleurs ce qu’est le Hezbollah : un mouvement né lors de la première occupation israélienne du Sud-Liban, avec pour raison d’être la défense de la frontière sud – mandat que lui avait confié le gouvernement libanais lui-même, son armée n’en étant pas capable. Ce sont des Libanais qui défendent leur territoire national, leurs terres ancestrales, en pleine conformité avec le droit international face à un occupant. On a réussi à leur coller l’étiquette de terroristes, et c’est sous cette étiquette qu’Israël justifie sa présence au Sud-Liban. Le premier point du Memorandum of Understanding exigeait pourtant la cessation des hostilités au Sud-Liban : elle n’a pas lieu, et elle n’aura pas lieu tant que les troupes israéliennes n’auront pas quitté ce territoire occupé. Tant que ce jeu de dupes durera, les Iraniens ne céderont jamais.
On n’est d’ailleurs plus dans le conflit balistique massif d’il y a quelques mois, qui n’a pas produit les résultats espérés, mais dans une guerre de piqûres de rappel où chacun fait semblant de discuter sans la moindre intention de le faire. Trump vient de réunir ses chefs militaires pour évoquer une reprise du conflit armé, voire l’envoi de troupes au sol. S’il le fait, l’Amérique se suicide. Je ne leur donne aucune chance : un million six cent mille kilomètres carrés, des montagnes si hautes qu’on y skie, une industrie enterrée aux multiples sorties. On n’est ni face au Venezuela, ni face à Cuba.
En attendant Godot
Voilà le panorama : un balancier qui oscille sans progresser, un monde suspendu. La pièce de Beckett résume admirablement la situation – on attend, on ne sait pas quoi, on ne sait pas pourquoi, mais on attend. Au décompte final pourtant, malgré toutes les gesticulations de l’Occident, il faudra bien se rendre à l’évidence : nous devrons vivre avec la Russie. Et l’on repense à la vision de Charles de Gaulle – cet espace économique eurasien, de l’Atlantique à l’Oural, qui eût fait de notre continent le premier ensemble économique du monde et le garant de sa prospérité. Les Américains ont réussi à l’empêcher. Et il a fallu que nous suivions les atlantistes, docilement, jusqu’au bord du gouffre.
Note
Le texte ci-dessus est un développement écrit de mon propos tenu avec Nicolas Stoquer sur GPTV le jeudi 2 juillet 2026. Je vous invite évidemment à suivre Géopolitique TV sur YouTube et à vous abonner à leurs canaux.