Le Conseil national rejette de justesse une motion visant les armes d’ordonnance conservées à domicile
Comme l’a rapporté Livret de service, le Conseil national a rejeté, le 16 juin dernier, une motion de la conseillère nationale socialiste Priska Seiler Graf (ZH) qui visait à obliger les anciens militaires à restituer leur arme d’ordonnance lorsqu’elle n’avait pas été utilisée à des fins sportives pendant plus de dix ans. Le texte a finalement été repoussé par 98 voix contre 92, avec 4 abstentions.
Déposée en juin 2025, la motion estimait que certaines armes conservées à domicile après la fin du service pouvaient être utilisées lors d’homicides commis dans le cadre familial. Selon son auteure, l’armée ne devrait pas « fournir l’arme du crime » et la législation actuelle ne permettrait pas de prévenir suffisamment ces situations. Le texte de la motion est consultable sur le site du Parlement.
Fait plus surprenant, le Conseil fédéral avait recommandé d’accepter cette proposition dans sa réponse du 27 août 2025. Une position qui a suscité des interrogations dans les rangs de la droite, alors que le gouvernement dispose pourtant d’une majorité bourgeoise.
Lors des débats du 16 juin 2026, le conseiller national Walter Gartmann (UDC/SG) a dénoncé une atteinte au lien de confiance entre l’État et les citoyens. Il a également souligné les difficultés juridiques et pratiques qu’aurait entraînées une telle mesure, puisqu’elle aurait concerné des armes légalement acquises depuis parfois plusieurs décennies et aurait soulevé des questions de respect du droit de propriété.
Le conseiller fédéral Beat Jans a rappelé que l’acquisition d’une arme d’ordonnance par un militaire libéré du service est déjà soumise à l’obtention d’un permis d’achat d’armes, impliquant plusieurs contrôles. Il a également relevé que les registres des armes sont tenus par les cantons et demeurent incomplets pour les modèles les plus anciens, ce qui aurait rendu l’application de la motion particulièrement complexe et coûteuse.
Les opposants au texte ont également relevé qu’aucune démonstration statistique ne permettait d’affirmer qu’une arme inutilisée depuis dix ans présenterait un risque supérieur à celui d’une autre arme légalement détenue. Le seuil retenu apparaissait ainsi largement arbitraire.
Si les défenseurs de la tradition du citoyen-soldat peuvent se réjouir de ce vote, l’écart extrêmement réduit laisse penser que le débat est loin d’être clos. D’autres propositions visant à restreindre la conservation des armes d’ordonnance pourraient revenir devant le Parlement dans les prochaines années, alors même que la Suisse affirme vouloir renforcer ses capacités de défense.
Le compte rendu intégral des débats du 16 juin 2026 est disponible sur le site du Parlement.