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Fast-foods : la 4e vague, celle des Crousty, sera-t-elle fatale à la Suisse ?

Ils se succèdent en rangs serrés, comme des Aliens d’un mauvais film de SF. Burger américain, kebab turc, « French tacos » maghrébin puis tasty crousty : les fast-foods, de plus en plus communautaires, s’abattent sur la Suisse. La fondue tient encore ses positions, mais l’envahisseur mute vite.

Les Observateurs (la rédaction)
18 août 2026 Modifié le 18 août 2026 à 12h16
3 min de lecture

La première vague avait été plutôt bien accueillie, elle en a profité. En 1976, McDonald’s ouvrait son premier restaurant suisse à Genève. Cinquante ans plus tard, la chaîne en compte 190 et sert quelque 275 000 clients par jour. Burger King approche de la centaine d’établissements. L’envahisseur venait d’Amérique, portait des arches jaunes et ne cachait même pas son plan de conquête.

La deuxième vague s’est montrée plus discrète et son implantation n’en a été que plus redoutable. Pas de multinationale unique, mais des milliers de broches qui tournent, arrivées avec l’immigration turque et d’abord implantées dans ses quartiers. Le döner est désormais le troisième plat le plus commandé en Suisse sur Just Eat et figure dans le Top 3 de treize cantons, jusqu’à Nidwald ou Appenzell Rhodes-Extérieures. Le kebab a depuis longtemps quitté son statut de spécialité immigrée : il s’est industrialisé, franchisé, parfois embourgeoisé. Ayverdi’s propose même les saveurs truffe et wagyu.

La troisième vague arrive de France. Et elle semble avoir choisi la Romandie comme tête de pont. Le French tacos, monument de viande, frites, sauce fromagère et relativisme gastronomique saturé de cholestérol, n’est pas né nulle part : inventé au tournant des années 2000 dans la banlieue lyonnaise par des restaurateurs issus de l’immigration maghrébine, il a conquis la France via des enseignes comme O’Tacos, dont le tout-halal fut dès l’origine un choix stratégique assumé. En Suisse, il est le plat dont la popularité progresse le plus sur Just Eat, déjà numéro un dans le Jura, à Neuchâtel et dans le canton de Vaud. Particularité : contrairement au burger, sa diffusion repose largement sur une constellation de snacks indépendants, héritière du réseau kebab. Une invasion sans état-major, en quelque sorte.

Et voici désormais la nouvelle créature : le « crousty », riz trop cuit, poulet frit et torrents de sauce improbable, popularisés sur TikTok. En mars, la Tribune de Genève constatait déjà que le phénomène « explose en Suisse romande », Planète Crousty écoulant environ 150 portions quotidiennes dans ses trois établissements genevois. Cinq mois plus tard, l’enseigne affiche cinq adresses, jusqu’à Nyon, et cherche des franchisés. En France, la croissance exponentielle des Tasty Crousty et autres enseignes du même acabit suit un chemin désormais balisé : recette halal, prix plancher, implantation d’abord dans les villes et quartiers à forte population immigrée, expansion générale ensuite. C’était la trajectoire du kebab, puis celle du tacos ; c’est maintenant celle du poulet frit. La Suisse romande, on l’aura compris, figure au calendrier.

Les auberges suisses peuvent-elles résister ? Elles subissent déjà hausse des coûts, manque de personnel et raccourcissement des pauses de midi. Une étude historique de l’Université de Berne rappelle toutefois qu’on annonçait déjà la mort de la gastronomie helvétique lors de l’arrivée de McDonald’s en 1976. Cinquante ans après, si la fondue n’a toujours pas embarqué dans le dernier vaisseau d’évacuation, les extraterrestres ont appris à se reproduire beaucoup plus vite.

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