vendredi 2 octobre 2026
Les Observateurs
Menu
En direct
Brèves

Innovation : la Suisse devant la Chine, vraiment ?

La Suisse reste le pays le plus innovant du monde selon l’ONU. Une seizième couronne consécutive, mais un classement qui mesure autant l’écosystème favorable à l’innovation que la puissance technologique elle-même.

La rédaction
2 octobre 2026
3 min de lecture

La Confédération est encore championne du monde. Pour la seizième année consécutive, elle arrive en tête de l’Indice mondial de l’innovation de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), devant la Suède et les États-Unis. Légitime fierté helvétique ! Mais regardons ce que mesure le thermomètre.

L’indice 2026 compare 139 économies à travers 79 indicateurs. Il ne compte donc pas simplement les inventions. Il additionne des « intrants » – institutions, formation, recherche, infrastructures, marchés ou sophistication des entreprises – et des « résultats », comme la production de connaissances, de technologies et de contenus créatifs. Parmi ces indicateurs, 64 reposent sur des données quantitatives, dix sur d’autres indices composites et cinq sur des enquêtes.

Nous excellons dans cette course complète : deuxième pour les moyens consacrés à l’innovation et première pour les résultats. La Suisse est notamment première pour les brevets PCT rapportés au PIB, deuxième pour la production high-tech et deuxième pour la complexité de sa production et de ses exportations.

Mais la dixième place chinoise montre les limites d’une lecture trop littérale du palmarès. Pékin n’est que 22e pour les « intrants ». En revanche, la Chine grimpe à la cinquième place mondiale pour pour les résultats de l’innovation. L’OMPI la décrit même comme le cas le plus spectaculaire de transformation des moyens disponibles en résultats.

En volume brut, il n’y a même pas photo : les Chinois ont effectué environ 1,8 million de demandes de brevets dans le monde en 2024, contre quelque 41 000 pour les Suisses. La démographie remet évidemment les compteurs en perspective : rapportée à la population, la Suisse atteint 1 235 demandes résidentes par million d’habitants et devance la Chine, quatrième mondiale sur ce critère. Mais celle-ci reste loin d’être larguée : elle devance même la Suisse lorsque les brevets sont rapportés à la taille de l’économie, avec 4 977 demandes résidentes pour 100 milliards de dollars de PIB contre 1 506 pour la Confédération.

Le paradoxe devient franchement visible lorsqu’on zoome sur les pôles technologiques : Shenzhen-Hong Kong-Guangzhou est désormais le premier cluster d’innovation mondial, Pékin le quatrième et Shanghai-Suzhou le sixième.

Le classement n’est donc pas « truqué » en faveur de la Suisse : il répond simplement à une question plus large que « qui produit le plus d’innovations ? ». Selon l’OMPI, la Confédération possède l’écosystème le plus performant et le plus équilibré. Pour sa part, la Chine nous rappelle qu’entre un écosystème favorable et une puissance technologique brute, il peut y avoir un gouffre. Encore un effort ! Et un légitime chapeau bas à Bearmind.

La rédaction
La rédaction

La rédaction des Observateurs propose des analyses et des synthèses sur les grands enjeux politiques, sociétaux et culturels. Elle privilégie les articles de fond, les mises en perspective et une lecture critique de l’actualité.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Poursuivre la discussion

Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.