Après les pillages, l’Italie serre la vis, la France cherche encore la bonne méthode
Après deux journées de violences à Milan, Giorgia Meloni annonce 500 soldats et un nouveau délit visant les casseurs. En France, où les émeutes ont touché bien davantage de villes et de commerces, couvre-feux et renforts militaires répondent surtout à un fiasco policier. Entre durcissement des peines et maintien de l’ordre, le contraste mérite examen.
Milan a connu deux jours de pillages et d’affrontements les 17 et 18 octobre. Le 20, Giorgia Meloni faisait approuver un décret de sécurité : création d’un délit de « participation violente à une manifestation », jusqu’à cinq ans de prison et 20 000 euros d’amende pour l’usage dangereux d’objets au sein d’un groupe d’au moins cinq personnes. Des peines aggravées sont prévues en cas de blessures ou de dissimulation du visage.
Le texte facilite certaines mesures visant les mineurs et prévoit de faire payer les dégradations à leurs parents. Pour les biens publics, le préfet pourra engager le recouvrement ; pour les commerces, la victime devra saisir un juge. Rome annonce aussi 500 militaires supplémentaires à Milan, jusqu’à la fin de l’année, en soutien à la police. La possibilité de leur conférer des pouvoirs de police judiciaire a cependant été écartée.
La comparaison avec la France donne le vertige : le bilan du 17 octobre y atteignait 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés, tandis que près de 3 000 commerces avaient été touchés dans plusieurs grandes villes. Des mairies ont été attaquées, des magasins pillés. Notre enquête sur les relais militants de la mobilisation lycéenne rappelait comment des revendications scolaires avaient été rejointes et instrumentalisées par des réseaux syndicaux, politiques et d’ultragauche, ainsi que par les bandes ethniques des banlieues venues pour semer le chaos. Le même schéma s’est reproduit le 17 et n’aurait donc pas dû prendre au dépourvu les forces de l’ordre.
L’armée aussi en France, mais pour quoi faire ?
En France, la première réponse a été l’instauration de couvre-feux localisés : des quartiers interdits à la circulation, parfois dès 21 heures, et des restrictions visant les mineurs. Les habitants ont donc subi de nouvelles contraintes alors que les commerçants comptaient les dégâts. Laurent Nuñez a reconnu des défaillances du maintien de l’ordre et proposé sa démission, refusée par Emmanuel Macron.
Pour les nouvelles manifestations annoncées le 24 octobre, Nuñez a annoncé le recours aux soldats de l’opération Sentinelle, chargé surtout de protéger des sites fixes pour libérer policiers et gendarmes. Une mesure qui ressemble à de l’affichage de fermeté, l’opération Sentinelle étant déjà déployée dans les rues depuis le 12 janvier 2015. Les hélicoptères patrouillant dans le ciel parisien participant de ce simulacre de démonstration de force. Le ministre promet aussi des unités supplémentaires et une réponse plus mobile face aux casseurs. À Milan comme à Paris, l’armée vient donc en appui de la police, mais ne sera pas au contact des manifestants.
La différence entre les deux pays est d’abord d’ordre judiciaire. En France, le Code pénal sanctionne déjà les groupements préparant des violences : un an de prison et 15 000 euros d’amende, sous conditions. La responsabilité civile des parents existe également. Et un projet de loi « casseurs-payeurs », déposé avant les émeutes, vise à faciliter la réparation de certaines dégradations. Meloni ajoute donc des incriminations et des procédures, la France dispose d’outils dont l’efficacité dépend aussi de leur application.
Le décret italien devra encore être confirmé par le Parlement, reste à connaître son efficacité
En revanche, les chiffres français imposent une question moins confortable que l’annonce d’un couvre-feu : comment un État mobilisant des dizaines de milliers d’agents a-t-il laissé des quartiers commerçants et des bâtiments publics aussi exposés ?
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