Neutralité : un “non” à 70 %, mais seul un tiers des citoyens l’a voté
L'initiative sur la neutralité a été rejetée dimanche par 70,2 % des votants, et la presse a titré sur un « non du peuple suisse ». Mais moins d'un citoyen sur deux s'est déplacé. Rapporté à l'ensemble du corps électoral, le non pèse un tiers des ayants droit, et le oui 14 %.
La question posée le 27 septembre n’était pas mineure : il s’agissait d’inscrire dans la Constitution une neutralité perpétuelle et armée, c’est-à-dire de fixer la position de la Suisse dans un monde où les blocs se reforment. Le résultat a été présenté très largement comme un verdict massif et sans appel du peuple suisse. Il mérite pourtant d’être remis à sa juste échelle.
L’initiative a été refusée par 70,2 % des votants, selon les résultats définitifs publiés par la RTS : 1 854 767 bulletins « non » contre 789 130 « oui ». Oui mais… Le taux de participation ne s’est élevé qu’à 47,1 %. Autrement dit, plus de la moitié des citoyens ayant le droit de vote n’ont pas pris part à ce scrutin.
Rapporté à l’ensemble du corps électoral, et non plus aux seuls votants, le non représente environ 33 % des ayants droit, et le oui 14 %. Les 53 % restants ne se sont pas exprimés. Sur une question qui touche à l’identité même du pays, un débat que ses partisans comme ses adversaires présentaient comme fondamental a donc échappé à la moitié du pays.
Le résultat reste sans appel chez ceux qui ont voté, et aucun canton n’a soutenu le texte, c’est incontestable. Il n’en demeure pas moins que présenter ce score comme l’avis de « 70 % des Suisses » ou de « 65 % des citoyens » dilue la réalité démocratique. Ce sont les votants qui ont tranché, pas le peuple dans son ensemble, et un tiers du corps électoral ne fait pas une nation unanime. Le sujet est loin d’être clos et nous continuons de le suivre dans notre dossier consacré à la neutralité suisse.