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Médias suisses et votations : le pluralisme existe, l’équilibre non

À la veille de la votation sur la neutralité, l'Ojim a publié un dossier en deux volets sur la manière dont les médias suisses accompagnent les scrutins. Fondé sur les mesures des universités suisses, il conclut à un pluralisme réel dans les structures, mais à un déséquilibre marqué dès que l'on passe de l'information à l'opinion.

La rédaction
30 septembre 2026
3 min de lecture

L’Observatoire du journalisme, qui scrute depuis Paris les médias français, s’est penché sur notre pays à l’occasion des deux initiatives de 2026, celle contre une Suisse à 10 millions, rejetée le 14 juin, et celle sur la neutralité, rejetée dimanche. Le premier volet, consacré à la presse écrite, et le second, consacré à la radio et à la télévision, valent le détour, tant par la masse de données réunies que par la prudence avec laquelle elles sont interprétées.

Le point de départ est connu : selon l’enquête de la Haute école de Zurich (ZHAW) auprès de 1 179 journalistes, 76 % d’entre eux se classent à gauche, et leur position moyenne a encore glissé vers la gauche entre 2015 et 2023. Mais l’Ojim ne s’en tient pas à ce chiffre. Il le confronte aux mesures du fög, le centre de recherche de l’Université de Zurich qui note la tonalité de la couverture de chaque votation, et le tableau devient plus fin. Les médias les plus consultés, 20 Minutes, SRF et la RTS, se tiennent au centre dans leurs articles d’information.

Le déséquilibre se loge ailleurs, dans les pages d’opinion. Sur l’initiative des 10 millions, les articles d’information obtenaient une tonalité de −19, les commentaires des rédactions de −38, et un seul des 26 titres étudiés, la Weltwoche, traitait favorablement un texte que plus de 45 % des votants ont approuvé. Sur la neutralité, l’argent était du côté du oui (5,71 millions de francs contre 1,82 million), la parole éditoriale presque entièrement du côté du non.

Le volet audiovisuel apporte deux données qui devraient faire réfléchir en Romandie. D’abord, lors de l’initiative « 200 francs, ça suffit ! », qui menaçait son propre financement, la RTS a couvert le texte bien plus négativement (−39) que SRF (−13), alors que les deux chaînes rendaient compte du même débat avec les mêmes acteurs. Ensuite, les quatre grandes chaînes françaises font jeu égal avec la RTS dans les foyers romands, avec environ 30 % de l’audience chacune, ce qui donne aux grilles de lecture parisiennes un poids que la seule presse écrite ne laisse pas deviner.

La conclusion du dossier mérite d’être retenue. Le clivage qui sépare les rédactions de l’électorat n’est pas celui de la gauche et de la droite, puisque la NZZ libérale-radicale et la WOZ de gauche se retrouvent du même côté ; c’est celui qui oppose le consensus institutionnel, réunissant le Conseil fédéral, tous les grands partis hormis l’UDC et les milieux économiques, à la contestation souverainiste. Et ce déséquilibre est plus marqué en Romandie, où aucun média de large audience ne joue le rôle que tiennent la NZZ ou la Weltwoche outre-Sarine. L’Ojim y voit la raison de l’essor des médias indépendants romands, dont il dresse la liste, et parmi lesquels il nous fait l’honneur de nous compter. Nous le prenons comme un encouragement à continuer.

Ces dossiers sont accessibles sur le site de l’Observatoire du journalisme :

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