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Livre : « Remigration » de Martin Sellner (3/3) : du possible au nécessaire

Une doctrine politique ne vaut que si elle résiste à l’épreuve du réel. Après avoir défini la remigration et désigné les populations auxquelles elle s’appliquerait, Martin Sellner affronte les objections qui permettent ordinairement d’en interrompre la discussion : le droit l’interdirait, la logistique la rendrait impossible, l’économie ne la supporterait pas et la morale la condamnerait. La dernière partie de son livre examine ces obstacles, avant d’aborder la condition décisive de toute mise en œuvre : la conquête d’une volonté politique durable. Troisième et dernière partie de notre recension.

Dimitri Fontana
25 juillet 2026
33 min de lecture

Il est assez facile de se déclarer favorable à la remigration tant que le mot demeure suspendu au-dessus des réalités. Les difficultés commencent lorsque l’on cherche à transformer l’intuition en politique publique. Peut-on revenir sur des titres de séjour accordés depuis des années ? Que faire des pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants ? Comment traiter les demandes d’asile hors du territoire européen ? Une économie vieillissante peut-elle se passer de travailleurs étrangers ? Quelle limite la dignité humaine impose-t-elle à une politique de retour ? Enfin, quelle majorité accepterait d’engager un programme destiné à se poursuivre pendant plusieurs décennies ?

Martin Sellner ne prétend pas avoir apporté une réponse définitive à chacune de ces questions. Il le reconnaît dès l’introduction : un programme complet exigerait le concours de constitutionnalistes, de démographes, d’économistes, de diplomates et de logisticiens. Son objectif est autre. Il veut démontrer que les obstacles invoqués ne forment pas une muraille infranchissable, mais une série de problèmes politiques qui peuvent être traités à condition de renoncer au dogme de l’impuissance.

La différence est considérable. Le débat contemporain présente volontiers le droit migratoire comme une fatalité supérieure à la volonté des peuples. Les frontières pourraient être abolies par décision politique, mais jamais rétablies ; les règles facilitant l’installation seraient modifiables, celles qui l’ont rendue presque irréversible seraient sacrées. Sellner attaque cette dissymétrie. Ce qui a été voulu, interprété et construit dans un sens peut être révisé dans l’autre.

Cette dernière partie de Remigration est donc moins un catalogue de mesures qu’un effort de désenvoûtement. Le droit peut changer. Les flux peuvent être inversés. Les intérêts des autochtones possèdent une valeur morale. La démographie n’est pas une puissance naturelle à laquelle il faudrait se soumettre.

Le droit n’est pas tombé du ciel

« Le droit doit suivre la politique », écrit Sellner en reprenant une formule d’Herbert Kickl. La phrase peut inquiéter si on l’interprète comme une invitation à soumettre les libertés aux caprices du pouvoir. Ce n’est pourtant pas le sens qu’elle prend dans le livre. Sellner ne défend pas l’arbitraire administratif. Il rappelle que tout ordre juridique résulte de choix politiques, de rapports de force, de traités négociés et d’interprétations jurisprudentielles. Il ne saurait donc interdire par principe qu’une majorité démocratique poursuive une autre politique migratoire.

L’auteur distingue implicitement trois étages.

Le premier concerne les dispositions qui existent déjà mais demeurent peu ou mal appliquées : refus d’entrée en provenance d’un pays tiers sûr, contrôle des visas, éloignement des personnes soumises à une obligation de quitter le territoire, réexamen des protections lorsque les circonstances du pays d’origine ont changé, retrait des titres acquis frauduleusement, expulsion de certains délinquants étrangers. Une politique de remigration commencerait par prendre au sérieux des textes dont l’exécution a été neutralisée par la pratique administrative, la multiplication des recours et la volonté politique de laisser durer les situations provisoires.

Le deuxième étage suppose une révision profonde de la législation nationale. Sellner veut réduire la portée de l’asile, raccourcir la durée des protections, abolir certains droits au regroupement familial, relever les exigences de naturalisation et renforcer l’intérêt de l’État à l’éloignement. Il envisage aussi une modification du droit de la nationalité, notamment pour abolir la double citoyenneté et étendre les cas de retrait lorsque celle-ci a été obtenue par fraude ou lorsqu’un binational commet des actes d’une exceptionnelle gravité.

Le troisième étage est le plus difficile. Il concerne les engagements internationaux et européens : Convention de Genève, Convention européenne des droits de l’homme, jurisprudence de Strasbourg, droit de l’Union, régime commun de l’asile, protection subsidiaire et règlement de Dublin.

Sellner ne dissimule pas l’ampleur du conflit. Une politique complète de remigration ne naîtra pas d’un simple changement de circulaire ministérielle. Elle exigera de renégocier des traités, de modifier certaines dispositions constitutionnelles et, si nécessaire, d’assumer un rapport de force avec les institutions européennes. Il envisage le retrait de certains accords comme une solution ultime, tout en préférant une réforme menée avec plusieurs gouvernements européens partageant la même orientation.

Cette distinction entre application du droit existant, réforme de la loi et rupture avec certaines normes supérieures est l’une des parties les plus utiles de l’ouvrage. Elle évite deux erreurs fréquentes. La première consiste à répéter que « tout est déjà possible » et qu’il suffirait d’un ministre énergique. C’est faux : une partie du programme de Sellner se heurterait à des obstacles constitutionnels et internationaux très sérieux. La seconde consiste à conclure que ces obstacles rendent toute politique impossible. C’est tout aussi faux : une constitution se révise, une convention se dénonce, un traité se renégocie et une jurisprudence peut évoluer.

La difficulté n’est donc pas seulement juridique. Elle est politique. Il faudrait qu’une majorité juge le maintien du statu quo plus dangereux que le conflit institutionnel nécessaire pour en sortir.

L’État de droit, non l’État désarmé

Sellner insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de préserver l’égalité devant la loi, la dignité humaine et la sécurité juridique. Cette insistance ne relève pas d’une précaution de langage. Elle découle de la nature même du projet.

La remigration prétend restaurer l’État de droit. Elle se condamnerait si elle instaurait une puissance publique affranchie de toute règle. Un gouvernement qui pourrait retirer arbitrairement la nationalité à un citoyen naturalisé disposerait demain du même pouvoir contre n’importe quel opposant. Un dispositif conçu pour exclure une minorité sans critères juridiques pourrait être retourné contre les patriotes eux-mêmes.

C’est pourquoi le livre distingue constamment le citoyen de l’étranger. L’étranger dispose de droits fondamentaux, mais il ne possède pas un droit inconditionnel au séjour. Le citoyen, lui, appartient pleinement au corps politique. Son origine ne saurait créer une citoyenneté diminuée.

Sellner accepte donc la conséquence difficile de son propre principe : une partie des citoyens non assimilés ne pourra pas être contrainte au départ. L’action de l’État devra alors porter sur les structures communautaires, les incitations sociales, la culture publique et les possibilités offertes à l’émigration volontaire. La nationalité ne pourrait être retirée que dans des cas définis par la loi, principalement lorsqu’elle a été acquise frauduleusement ou lorsqu’une autre nationalité permet d’éviter l’apatridie.

Cette retenue ne satisfera pas ceux qui attendent de la remigration une solution instantanée. Elle lui donne pourtant sa cohérence. Sellner ne propose pas de remplacer le désordre multiculturel par une suspension du droit. Il veut utiliser le droit, puis le réformer, sans détruire le principe selon lequel l’État doit lui-même obéir aux règles qu’il impose.

Le problème n’est pas que l’Europe protège la dignité humaine. Il est qu’elle a peu à peu transformé cette protection en interdiction faite aux nations de défendre leur propre continuité.

La Convention de Genève, la CEDH et l’Union européenne

Le chapitre juridique montre combien le régime européen de l’asile s’est constitué par superposition. Le droit national ne forme plus qu’un étage dans un ensemble où interviennent le droit international, le droit de l’Union et les décisions de plusieurs cours.

Sellner revient d’abord à l’article 16a de la Loi fondamentale allemande. Dans sa lecture, ce droit constitutionnel à l’asile est beaucoup plus étroit que le système actuellement pratiqué. Il concerne la persécution politique individuelle et écarte en principe les personnes arrivant par un pays tiers sûr. Puisque l’Allemagne n’a de frontière terrestre qu’avec des États considérés comme sûrs, l’application stricte du texte devrait déjà réduire fortement le nombre des entrées.

La Convention de Genève et les formes de protection introduites par le droit européen ont cependant élargi l’ensemble. Le principe de non-refoulement, l’interprétation extensive des risques encourus dans le pays d’origine et la protection subsidiaire ont transformé l’asile en un régime beaucoup plus vaste que celui envisagé dans la Constitution allemande.

Sellner répond que la Convention de Genève est un traité et non un commandement intangible. Elle peut être dénoncée. La Convention européenne des droits de l’homme peut également faire l’objet d’un retrait. Mais l’auteur reconnaît qu’une telle décision resterait largement sans effet si le droit de l’Union continuait de reprendre les mêmes obligations.

La véritable bataille se jouerait donc à Bruxelles, Luxembourg et dans les capitales européennes. Une Allemagne engagée dans la remigration devrait obtenir une réforme commune du régime d’asile ou assumer la désobéissance, les procédures d’infraction et, à terme, la menace d’une rupture plus large avec l’Union.

Le livre préfère toutefois l’hypothèse d’une transformation européenne. Les évolutions observées en Hongrie, en Pologne, au Danemark, en Italie ou au Royaume-Uni montrent, selon Sellner, que l’idée de traiter les demandes hors du territoire et de restreindre l’asile n’est déjà plus aussi marginale. L’Allemagne ne serait pas condamnée à agir seule. Elle pourrait participer à une réorientation continentale et mettre le poids économique européen au service d’accords de réadmission avec les pays tiers.

Cette partie aurait gagné à être confiée, ou du moins soumise, à un collège de juristes. Certaines conclusions sont posées trop rapidement. La possibilité formelle de dénoncer un traité ne règle ni les conséquences internes ni les difficultés diplomatiques qui en découleraient. Il en va de même des modifications constitutionnelles relatives à la nationalité, dont la compatibilité avec les principes fondamentaux de l’ordre allemand demanderait une étude autrement plus approfondie.

Mais Sellner n’entend pas rédiger lui-même les lois. Son objectif est de briser la fiction selon laquelle le cadre actuel serait ontologiquement indépassable. Sur ce point, sa démonstration porte. Le droit interdit aujourd’hui une partie de la politique proposée ; il n’interdit pas à jamais de changer le droit.

La ville modèle : la proposition la plus ambitieuse du livre

Le principal obstacle aux éloignements est connu. Certains pays refusent de reprendre leurs ressortissants. D’autres ne peuvent être considérés comme suffisamment sûrs. Des migrants dissimulent leur nationalité ou détruisent leurs papiers. Les tribunaux suspendent les départs lorsqu’ils estiment que les conditions de retour exposeraient la personne à un traitement inhumain.

La réponse de Sellner tient dans son projet de « ville modèle ».

Des centres d’accueil seraient d’abord installés sur la côte nord-africaine pour recevoir les migrants interceptés en Méditerranée, les demandeurs dont la procédure doit être instruite et les étrangers qu’il est temporairement impossible de renvoyer vers leur pays. Ces structures ne constitueraient qu’une première étape.

À plus long terme, plusieurs États européens construiraient, sur un territoire loué pour une durée très longue, une vaste ville pouvant accueillir deux ou trois millions d’habitants. Elle comprendrait des logements, des écoles, des hôpitaux, des infrastructures sportives, une administration et une force de sécurité. Frontex ou une structure internationale réunissant des pays européens en assurerait initialement la gestion.

Les habitants y recevraient un titre de séjour local, une allocation de base et un permis de travail. La ville fonctionnerait comme une zone économique spéciale, avec des avantages fiscaux destinés à attirer les entreprises. Les migrants pourraient y créer une activité, recevoir une formation ou préparer leur retour vers leur pays d’origine. Ils resteraient libres de quitter la ville pour celui-ci, mais non de rejoindre clandestinement l’Europe.

Ce projet remplit plusieurs fonctions dans le raisonnement de Sellner. Il offrirait une destination sûre à ceux qui ne peuvent être immédiatement rapatriés. Il couperait le lien entre l’entrée irrégulière en Europe et l’accès presque garanti à une installation durable. Il renforcerait la position des États européens face aux pays qui refusent de reprendre leurs nationaux. Enfin, il donnerait une réponse à l’objection humanitaire : le migrant ne serait pas abandonné dans une région en guerre ou enfermé indéfiniment, mais accueilli dans un espace organisé où il pourrait travailler.

La proposition a une force intellectuelle incontestable. Elle s’attaque au ressort principal de l’immigration clandestine : la certitude que celui qui parvient à poser le pied en Europe possède de grandes chances d’y rester. Tant que cette perspective subsiste, les clôtures, les patrouilles et les opérations contre les passeurs ne font qu’augmenter le prix et le danger du voyage. Elles ne suppriment pas l’incitation.

La ville modèle constitue néanmoins la partie la plus spéculative de l’ouvrage. Construire et administrer une cité de plusieurs millions d’habitants hors du territoire européen ne relève plus seulement de la politique migratoire. C’est presque une entreprise de fondation étatique. Quel pays accepterait de louer durablement une partie de son territoire ? Quel droit s’y appliquerait ? Quelle autorité jugerait les crimes, réglerait les litiges du travail et garantirait les libertés ? Comment empêcher qu’une ville conçue pour stabiliser la région ne devienne elle-même un foyer de tensions ?

Sellner esquisse des réponses, mais ne résout pas ces difficultés. La ville modèle est moins un plan immédiatement disponible qu’une idée stratégique. Elle rappelle que l’Europe dispose de ressources financières, techniques et diplomatiques considérables. Ce qui est présenté comme impossible le devient surtout parce que ces ressources sont dirigées vers l’installation des migrants en Europe plutôt que vers l’organisation d’une solution extérieure.

L’utopie véritable est peut-être moins de construire une ville nouvelle en Afrique que de croire possible l’intégration indéfinie de millions d’étrangers dans des sociétés européennes déjà fragmentées.

Les pays d’origine ne sont pas dépourvus de responsabilités

Une politique de remigration dépendrait aussi de la coopération des États d’origine. Beaucoup rechignent à reprendre leurs ressortissants, notamment parce que les transferts d’argent envoyés depuis l’Europe constituent une ressource économique importante.

Sellner propose d’inverser le rapport de force. L’aide au développement, les préférences commerciales, les facilités de visas, les garanties à l’exportation et les relations diplomatiques devraient être conditionnées à la réadmission. Les dirigeants d’un État refusant de délivrer les documents nécessaires pourraient se voir interdire l’entrée en Europe ; certains avoirs seraient gelés ; des avantages commerciaux suspendus.

À l’inverse, les pays coopératifs recevraient des investissements, des programmes de formation, des projets d’infrastructure et une aide à la réinstallation. Le premier gouvernement acceptant d’accueillir une ville modèle pourrait obtenir un accord financier particulièrement avantageux.

L’idée générale est difficilement contestable. La politique européenne juxtapose aujourd’hui deux attitudes contradictoires : elle verse des milliards à des États qui refusent ensuite de reprendre leurs propres nationaux. Cette générosité sans contrepartie n’a rien d’humanitaire. Elle traduit seulement l’absence de volonté politique.

La remigration ouvrirait une nouvelle forme de coopération. Les aides ne seraient plus destinées à maintenir artificiellement des gouvernements ou à compenser les effets de l’émigration. Elles financeraient la réinsertion des rapatriés, la création d’entreprises et le développement local. Les pays d’origine retrouveraient une partie des travailleurs et des compétences qu’ils ont perdus.

Sellner voit même dans le retour une réponse à la fuite des cerveaux. L’Europe attire les éléments les mieux formés de pays qui en ont besoin, puis présente cette ponction comme une contribution au développement. Le rapatriement accompagné de capitaux et de savoir-faire permettrait de rétablir une relation moins inégale.

Le retour à grande échelle est-il matériellement possible ?

L’argument logistique repose souvent sur une représentation spectaculaire : des millions de personnes devraient être arrêtées, regroupées, puis transportées en quelques semaines. Comme le livre l’a déjà montré, ce scénario n’a guère de rapport avec la politique proposée.

Les demandeurs d’asile, les étrangers et les citoyens non assimilés seraient concernés selon des règles et des calendriers différents. Une partie des retours serait volontaire. D’autres résulteraient de l’expiration d’un titre, d’une décision judiciaire ou de la suppression d’un avantage économique. Les citoyens choisissant l’émigration le feraient dans le cadre de programmes accompagnés. Les opérations coercitives concerneraient principalement les personnes sans droit au séjour refusant d’exécuter une décision devenue définitive.

Sellner calcule qu’un million de personnes représente environ 2 800 vols si l’on utilise des avions de 364 places. Rapporté au trafic aérien quotidien, le volume ne serait nullement insurmontable. Une politique organisée pourrait en outre employer des vols affrétés, des liaisons maritimes, des trains et des transports collectifs vers les centres extérieurs.

Le calcul est sommaire, mais l’ordre de grandeur remplit sa fonction. Transporter un million de personnes n’est pas une impossibilité technique. Le tourisme et les migrations contemporaines déplacent chaque année des masses beaucoup plus importantes. La question porte sur les procédures, les destinations, l’encadrement policier et le coût, non sur l’existence des moyens de transport.

Sellner ajoute un facteur psychologique. Les éloignements sont aujourd’hui coûteux parce que la personne concernée sait que la résistance, la fuite ou l’obstruction juridique peuvent souvent les empêcher. Si les décisions devenaient prévisibles et systématiquement exécutées, une proportion croissante choisirait le départ volontaire plutôt que l’affrontement.

La politique migratoire produit elle-même les comportements auxquels elle prétend ensuite ne rien pouvoir. Un ordre que chacun sait négociable invite à la résistance. Une règle appliquée avec constance modifie les calculs individuels.

La remigration provoquerait-elle la guerre civile ?

L’objection est plus grave. Une politique de désislamisation, de fermeture des structures communautaires et de retour à grande échelle pourrait susciter des émeutes, des attentats ou une résistance organisée.

Sellner ne nie pas ce risque. Il conteste qu’il conduise nécessairement à une guerre civile. Les populations immigrées ne forment pas un bloc uni. Elles sont divisées par les origines nationales, les religions, les clans et les intérêts économiques. Les groupes intégrés ou assimilés pourraient même soutenir une politique qui réduirait la criminalité et la concurrence des nouveaux arrivants.

Surtout, la remigration serait conduite par l’État, non par des milices ou des groupes ethniques rivaux. Toute violence serait dirigée contre l’autorité publique et traitée comme telle. Une progression par étapes, l’annonce de délais clairs et la différenciation des catégories devraient empêcher la formation d’un front commun.

L’auteur retourne ensuite l’argument. Le risque de guerre civile ne vient pas seulement de la remigration. Il croît avec la constitution de blocs ethniques de plus en plus puissants, la compétition pour les ressources et la disparition d’un peuple majoritaire capable d’arbitrer les conflits. Plus une société se fragmente, plus une crise économique ou politique peut transformer les tensions communautaires en affrontement ouvert.

La thèse est cohérente, mais Sellner se montre parfois trop assuré quant à la capacité de l’État à maîtriser les réactions. Une politique affectant plusieurs millions de personnes rencontrerait nécessairement une résistance considérable : manifestations, sabotages administratifs, désobéissance de certaines collectivités, mobilisation des Églises, des associations, des médias et d’une partie de la magistrature. À cela s’ajouteraient les pressions étrangères.

La réponse ne tient donc pas seulement à la puissance policière. Une politique de remigration ne pourra être pacifique que si elle bénéficie d’une légitimité démocratique profonde, d’un appareil administratif préparé et d’une doctrine assez précise pour éviter l’improvisation.

C’est aussi pourquoi le travail intellectuel entrepris par Sellner importe. Plus le débat est retardé, plus la rupture, lorsqu’elle surviendra, risque d’être brutale.

Le coût de l’immigration, toujours évacué du calcul

L’objection économique prend plusieurs formes. L’Allemagne manquerait de main-d’œuvre. Les étrangers financeraient les retraites. Leur départ provoquerait un effondrement du produit intérieur brut, des pénuries dans les services et une crise des finances publiques.

Sellner commence par refuser le critère. Même si la préservation du peuple allemand entraînait un coût matériel, elle ne pourrait être jugée d’après la seule comptabilité nationale. Un peuple n’a pas à accepter sa disparition parce que celle-ci augmenterait le PIB. Aucun avantage économique ne compense la perte de la sécurité, du territoire ou de l’autodétermination.

Mais l’auteur soutient que le dilemme lui-même est faux. L’immigration qu’il vise ne produit pas, dans son ensemble, les bénéfices qu’on lui attribue. Une part importante des migrants issus du Moyen-Orient et d’Afrique reçoit davantage de prestations qu’elle ne verse d’impôts. Leur arrivée crée en outre une demande supplémentaire en logements, en médecins, en enseignants, en policiers et en infrastructures. Les travailleurs peu qualifiés censés combler une pénurie engendrent eux-mêmes de nouveaux besoins en travailleurs qualifiés.

Sellner cite notamment une estimation du professeur Bernd Raffelhüschen, selon laquelle la poursuite d’une immigration annuelle de 300 000 personnes présentant le profil récent produirait à long terme un coût de plusieurs milliers de milliards d’euros. Il s’appuie également sur des études danoises et néerlandaises distinguant fortement les effets budgétaires selon les origines et les motifs d’entrée.

Ces chiffres devraient être maniés avec prudence. Les projections à plusieurs décennies dépendent d’hypothèses sur l’emploi, les salaires, la natalité, les retraites et les générations suivantes. Sellner les utilise parfois comme des données définitivement établies alors qu’elles restent discutables dans leur détail.

Son raisonnement fondamental n’en dépend toutefois pas. L’immigration ne peut être qualifiée de bénéfique à partir du seul nombre de personnes employées. Il faut mesurer les recettes fiscales, les prestations reçues, la consommation de services publics, les coûts scolaires et sanitaires, le logement, la sécurité et les effets sur les salaires.

L’argument de la pénurie de main-d’œuvre peut également masquer un refus d’investir dans la formation, l’automatisation et la hausse des salaires. Importer continuellement des travailleurs permet à certaines entreprises de maintenir un modèle économique fondé sur des rémunérations faibles. Le coût de cette politique est ensuite transféré à la collectivité.

Sellner propose de remplacer progressivement la dépendance migratoire par une politique familiale, éducative et technique. Les métiers essentiels devraient devenir plus attractifs. La formation des jeunes nationaux retrouverait la priorité. Les travailleurs étrangers réellement nécessaires pourraient rester pendant une période déterminée, sans que leur contrat conduise automatiquement à une naturalisation ou à l’installation de toute leur famille.

La remigration libérerait aussi des logements, des places dans les écoles et des ressources sociales. Elle permettrait de réinvestir dans les familles et les infrastructures au lieu de financer sans fin l’intégration de populations toujours renouvelées. Pour Sellner, la question n’est donc pas de savoir si l’Allemagne peut payer la remigration, mais combien lui coûte chaque année le refus de l’engager.

Le cœur moral du livre

Les obstacles juridiques, économiques et logistiques dissimulent souvent une objection plus profonde. La remigration serait mauvaise en elle-même. Demander à des hommes établis depuis plusieurs années de repartir, même légalement, constituerait une violence que ne pourraient justifier ni les statistiques ni l’intérêt national.

Sellner prend cette objection au sérieux. « La remigration de millions d’individus n’est pas une mince affaire », écrit-il au début de son chapitre moral. Elle ne doit être ni précipitée ni conduite avec légèreté. Les droits de propriété, les droits personnels et la dignité doivent être respectés. Toute souffrance inutile doit être évitée. La violence ne saurait devenir une méthode ordinaire.

L’auteur conteste cependant l’asymétrie morale qui domine le débat. L’intérêt du migrant à rester est décrit avec précision ; celui de l’autochtone à conserver son pays demeure invisible. Les difficultés d’un retour sont tenues pour une violence, tandis que la transformation irréversible d’une nation serait un phénomène neutre. La séparation d’un étranger d’avec le pays où il s’est installé émeut davantage que la dépossession collective de ceux qui n’ont pas d’autre patrie.

Sellner refuse cette hiérarchie. Un peuple possède des droits qui ne se réduisent pas à la somme des droits individuels de ses membres : droit à la continuité historique, à la sécurité, à la maîtrise de son territoire et à l’autodétermination. Ces intérêts doivent être mis en balance avec ceux des migrants.

Le livre recourt à plusieurs expériences de pensée. Que vaut l’intérêt de milliers d’étrangers à s’installer dans un pays face à la prévention d’un attentat ou d’un viol qui aurait pu être évité par le contrôle des frontières ? Il n’est pas possible de déterminer à l’avance quel individu commettra un crime. Mais un État ne peut ignorer les risques statistiques créés par une politique de masse.

La formulation est volontairement rude. Elle déplace le centre moral du débat. Le gouvernement n’est pas seulement responsable de la manière dont il traite l’étranger qu’il éloigne. Il est également responsable des conséquences prévisibles de ceux qu’il laisse entrer.

Cette idée ne permet évidemment pas d’imputer à chaque migrant les crimes commis par d’autres. Elle rappelle seulement que toute politique publique met en balance des intérêts et des risques. L’ouverture n’est pas une absence de décision. Elle fait des victimes, produit des coûts et transforme des vies. Seule l’idéologie dominante lui accorde le privilège de ne jamais répondre de ses conséquences.

Expulsion, déportation et retour

Le choix des mots joue ici un rôle majeur. Les adversaires de la remigration emploient volontiers « déportation », terme associé à l’arrachement d’une personne à son propre pays et aux crimes du XXe siècle.

Sellner distingue ce processus de l’éloignement légal d’un étranger vers son pays d’origine. Renvoyer un Afghan en Afghanistan ou un Turc en Turquie ne signifie pas le déporter hors de sa patrie. C’est précisément le ramener vers elle. Le migrant peut avoir construit des attaches en Europe ; cela ne transforme pas automatiquement le pays d’accueil en possession irrévocable.

La question devient plus délicate avec les personnes nées en Allemagne ou naturalisées depuis longtemps. C’est pourquoi le livre ne leur applique pas le même régime. Pour elles, la remigration doit principalement reposer sur le choix, les incitations et la possibilité de retrouver une autre nationalité.

La distinction entre départ forcé et retour volontaire ne doit pas masquer la pression exercée par l’ensemble du dispositif. Sellner l’assume. Une culture directrice, la suppression des financements communautaires et la fin de certains avantages rendent la non-assimilation moins confortable. La liberté du choix ne signifie pas que l’État doive préserver toutes les conditions qui incitent à rester.

Le volontariat politique n’est jamais l’absence de contexte. Les politiques actuelles créent elles aussi des incitations puissantes, mais dans le sens de l’installation. Sellner propose de les inverser.

Une justice également tournée vers les pays d’origine

La justification morale ne se limite pas à l’intérêt européen. Sellner présente la remigration comme un projet ethnopluraliste, susceptible de bénéficier aux sociétés d’origine.

L’émigration de masse prive ces pays d’une partie de leur jeunesse, de leurs médecins, de leurs ingénieurs et de leurs entrepreneurs. Elle les enferme dans un rapport de dépendance aux transferts d’argent et à l’aide internationale. Les gouvernements trouvent parfois davantage d’intérêt à exporter leurs difficultés qu’à les résoudre.

Le retour de personnes formées, accompagnées de capitaux et capables de servir d’intermédiaires économiques pourrait contribuer au développement local. Les programmes de remigration seraient ainsi liés à des projets de logement, de formation et d’entreprise.

Sellner étend son raisonnement aux migrants eux-mêmes. Beaucoup vivent en Europe sans jamais considérer le pays comme leur véritable patrie. Leur désir d’être enterrés dans leur terre d’origine témoigne de la persistance de cette fidélité. Ils demeurent parfois enfermés dans une condition contradictoire : matériellement dépendants d’une société qu’ils méprisent, culturellement attachés à une nation où ils ne souhaitent pourtant pas vivre.

La remigration mettrait fin à cette situation. Elle ne serait pas seulement un départ imposé par l’intérêt européen, mais la possibilité de retrouver une cohérence entre la culture, l’appartenance et le lieu de vie.

L’auteur résume son principe en une formule : aucune culture n’est la meilleure dans l’absolu, mais chacune est la meilleure pour son peuple. Le respect de la diversité mondiale exige donc que les peuples puissent se maintenir sur leurs terres, plutôt que d’être mélangés dans des sociétés multiculturelles où leurs différences deviennent des sources permanentes de conflit.

Cette vision ne convaincra pas ceux pour qui l’individu doit pouvoir s’établir partout sans que l’identité des populations locales entre en considération. Elle possède cependant une cohérence morale que ses adversaires préfèrent souvent caricaturer. La remigration n’est pas fondée sur la haine de l’étranger, mais sur la préférence accordée à la continuité de chaque peuple.

La politique avant l’administration

Une fois établies la possibilité juridique, la faisabilité matérielle et la légitimité morale, demeure la question décisive : comment obtenir le pouvoir nécessaire ?

Sellner sait qu’une majorité parlementaire momentanée ne suffirait pas. Son projet s’étend sur cinq, quinze ou trente ans selon les catégories. Une alternance pourrait annuler les mesures, rouvrir les frontières et rétablir les financements supprimés. La remigration ne deviendra durable que si elle transforme le consensus politique lui-même.

L’auteur revient ici à la métapolitique. La gauche n’a pas imposé le multiculturalisme par une seule victoire électorale. Elle a conquis les universités, les médias, les Églises, les associations, la culture et une partie de l’administration. Ses idées ont fini par être reprises, au moins partiellement, par presque tous les partis.

Une politique de remigration devra suivre un chemin comparable. Les partis, les intellectuels, les médias indépendants, les mouvements de jeunesse, les associations et la contre-culture doivent former un milieu capable de produire une nouvelle évidence collective. L’objectif n’est pas seulement qu’un parti inscrive la remigration dans son programme. Il faut que même ses adversaires soient contraints d’adopter une partie de ses catégories.

Sellner appelle de ses vœux une alliance des « gens de quelque part », selon la formule de David Goodhart : classes populaires, familles, habitants des périphéries, travailleurs attachés à leur territoire, entrepreneurs locaux et immigrés assimilés dont les intérêts sont menacés par la mondialisation et le remplacement démographique.

Le discours ne doit pas reposer uniquement sur la peur. Il doit rendre visible la vie quotidienne après la remigration : logements plus accessibles, écoles moins surchargées, transports plus sûrs, baisse de la pression fiscale, retour de la tranquillité dans les espaces publics. La politique n’emporte l’adhésion que lorsqu’elle offre un avenir désirable, et non lorsqu’elle se contente d’annoncer la catastrophe.

La « fenêtre d’opportunité »

Sellner pense que l’Europe se trouve dans une période particulière. Les conséquences de l’immigration sont désormais trop visibles pour être entièrement niées, mais les populations autochtones disposent encore d’un poids électoral suffisant pour changer le cours des choses.

Avant cette période, la transformation démographique était trop peu perceptible pour provoquer une mobilisation massive. Après elle, les autochtones risquent de ne plus constituer une force électorale et sociale capable d’imposer un tournant. Entre les deux se trouve ce que Sellner appelle le « point idéal de la remigration ».

À mesure que les effets du remplacement deviennent plus lourds, la demande politique augmente. Mais, dans le même temps, le poids démographique de ceux qui souhaitent l’inverser diminue. Les deux courbes se croisent pendant une fenêtre relativement brève.

Sellner estime qu’elle pourrait couvrir cinq cycles électoraux allemands. Ce délai doit être utilisé pour construire une alliance durable, former des cadres, élaborer des lois et préparer l’opinion. Si la droite arrive au pouvoir sans doctrine, elle gaspillera l’occasion en mesures symboliques. Si elle attend trop, la décision démocratique deviendra beaucoup plus difficile.

Cette analyse temporelle donne au livre sa tension. La remigration n’est pas seulement un programme possible ; elle est une possibilité qui pourrait se refermer.

On peut discuter l’idée d’un point de bascule précis. Les identités politiques ne suivent pas mécaniquement les origines, et les sociétés peuvent connaître des retournements imprévibles. Mais Sellner a raison sur un point essentiel : le temps n’est pas neutre. Chaque année d’immigration supplémentaire modifie le corps électoral, les institutions et les rapports de force. Reporter la décision revient déjà à décider.

Les leçons ambiguës de l’histoire

La dernière partie de l’ouvrage examine plusieurs déplacements de population : échanges gréco-turcs, partition de l’Inde, départ des Européens d’Algérie, émigration des Blancs d’Afrique australe. Sellner ne les présente pas comme des modèles à reproduire. Beaucoup furent liés à la guerre, aux massacres et à des expulsions brutales.

Il les mobilise pour établir deux idées.

La première est que les situations démographiques apparemment irréversibles ne le sont pas. Des populations très importantes peuvent se déplacer en peu de temps lorsque les circonstances politiques changent. La géographie demeure ; le peuplement évolue.

La seconde est que l’homogénéisation, aussi douloureuse soit-elle, a parfois mis fin à des conflits interminables. L’échange de populations entre la Grèce et la Turquie a provoqué d’immenses souffrances, mais il a aussi réduit l’un des principaux foyers d’affrontement entre les deux États. Sellner ne propose pas de répéter cette méthode ; il avertit que l’obstination multiculturelle peut engendrer, à terme, des solutions beaucoup plus violentes que celles qu’une politique précoce et ordonnée aurait permises.

L’auteur relève aussi une contradiction morale. Le départ des Européens d’Algérie ou d’Afrique du Sud est généralement célébré comme une décolonisation légitime, même lorsque des familles vivaient sur place depuis plusieurs générations. Le retour d’Européens vers leurs terres ancestrales serait donc acceptable, tandis que celui de populations non européennes installées récemment en Europe serait nécessairement criminel.

Ces comparaisons ont une portée polémique évidente. Elles ne doivent pas effacer la différence entre des situations coloniales et l’immigration contemporaine. Sellner le reconnaît. Leur fonction est surtout de rappeler que la démographie n’est jamais un état final et que les jugements moraux portés sur les migrations varient souvent selon l’identité des populations concernées.

Un programme encore inachevé

Au terme de la lecture, une conclusion s’impose : Remigration n’est pas un programme gouvernemental prêt à être déposé au Bundestag.

Il manque une base statistique complète, que Sellner appelle lui-même de ses vœux avec le Moniteur de l’assimilation. Les conséquences économiques devraient être chiffrées par plusieurs équipes indépendantes. Les propositions relatives à la nationalité, aux prestations sociales et aux centres extérieurs nécessitent une expertise constitutionnelle détaillée. La ville modèle demanderait une étude diplomatique, financière et administrative qui dépasse de très loin les quelques pages qui lui sont consacrées.

Le calendrier politique reste également sommaire. Dans quel ordre faut-il agir ? Quelles mesures peuvent être adoptées pendant les cent premiers jours ? Comment préparer l’administration à l’obstruction prévisible ? Quelle politique mener à l’égard des collectivités ou des juridictions qui refuseraient de coopérer ? Comment inscrire le programme dans la durée sans remettre en cause l’alternance démocratique ?

Sellner n’apporte pas toutes ces réponses. Il ne prétend d’ailleurs pas le faire.

Ce constat ne retire pas au livre sa valeur. Il en précise la nature. Remigration est une œuvre doctrinale pionnière. Il donne un ordre à une idée jusque-là dispersée. Il distingue les catégories juridiques, propose des temporalités, identifie les obstacles et ouvre des pistes de travail. Il oblige surtout les partisans de la remigration à dépasser le mot d’ordre.

Désormais, il ne suffira plus de réclamer « des expulsions massives » ou la fermeture des frontières. Il faudra dire quels étrangers, selon quel droit, vers quelle destination, avec quelles garanties, sur quelle durée et au moyen de quelles institutions.

En ce sens, les lacunes du livre désignent moins un échec qu’un programme de recherche. Sellner attend que des juristes, des économistes et des démographes reprennent ses catégories, les corrigent et les transforment en propositions applicables. Le premier instrument serait précisément cet institut chargé de produire les données que les États refusent aujourd’hui de recueillir.

Le livre qui transforme un tabou en chantier politique

Le principal mérite de Martin Sellner est d’avoir changé la nature de la discussion.

Avant lui, la remigration pouvait être rejetée comme une provocation ou approuvée comme un réflexe. Après ce livre, elle demande à être discutée comme une politique. On peut contester les quotas, les chiffres, la ville modèle, certaines restrictions religieuses ou la stratégie juridique. Il devient plus difficile de prétendre que le concept ne recouvre rien.

Le raisonnement général tient en quelques propositions fortes.

L’immigration de masse n’est pas un événement passager, mais une politique démographique. La fermeture des frontières ne répare pas les transformations déjà produites. L’assimilation exige une majorité suffisamment forte pour assimiler. Les statuts juridiques commandent des traitements différents. Le droit actuel peut être appliqué plus fermement, puis réformé. Les retours volontaires peuvent être organisés à grande échelle. Les intérêts des peuples autochtones ont une valeur morale. Enfin, aucune politique durable n’est possible sans reconquête culturelle préalable.

On mesure alors la distance qui sépare Remigration des programmes ordinaires de la droite européenne. Ceux-ci promettent généralement de réduire les entrées, d’expulser davantage de criminels et d’exiger une meilleure intégration. Sellner juge ces mesures nécessaires mais insuffisantes. Elles ralentissent le processus sans l’inverser.

Son objectif n’est pas de rendre le remplacement démographique plus supportable. Il veut y mettre fin.

Le livre s’achève sur cette conviction : il n’existe aucune alternative à la remigration. Non parce que chacune des solutions avancées serait déjà parfaite, mais parce qu’aucune autre politique ne permettrait de restaurer durablement une majorité autochtone, la souveraineté démocratique et la capacité d’assimilation des nations européennes.

La formule peut paraître absolue. Elle exprime pourtant le véritable enjeu du livre. Sellner ne présente pas la remigration comme une mesure parmi d’autres, située entre la réforme fiscale et la politique énergétique. Il en fait la condition préalable à la survie politique de l’Europe.

Le travail ne fait que commencer. L’auteur en est conscient. Il décrit lui-même son ouvrage comme le fondement d’une « œuvre pionnière métapolitique ». La doctrine devra être complétée, éprouvée, corrigée. Mais une première étape a été franchie : la remigration n’est plus seulement le nom d’un refus. Elle devient la possibilité d’un avenir.

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Pour aller plus loin

Martin Sellner, Remigration, Éditions Hétairie, juin 2026. 214 pages, 18 euros. L’ouvrage est disponible sur le site des Éditions Hétairie.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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