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Remigration Summit 2026 : grand entretien avec Martin Sellner

Dimitri Fontana
22 avril 2026
10 min de lecture

Le Remi­gra­tion Sum­mit 2026 se tien­dra le same­di 30 mai 2026 à Por­to. Ren­dez-vous paneu­ro­péen consa­cré aux ques­tions migra­toires, iden­ti­taires et de sou­ve­rai­ne­té, l’événement réuni­ra mili­tants, essayistes, juristes, res­pon­sables poli­tiques et créa­teurs de conte­nu favo­rables à une poli­tique de rup­ture avec l’immigration de masse.

Le terme de « remi­gra­tion », pla­cé au centre des dis­cus­sions, ren­voie à l’idée d’un ren­ver­se­ment des dyna­miques migra­toires actuelles par le retour des étran­gers en situa­tion irré­gu­lière, des débou­tés du droit d’asile, ain­si que, selon les sen­si­bi­li­tés repré­sen­tées, d’autres caté­go­ries jugées incom­pa­tibles avec les inté­rêts ou la cohé­sion des nations euro­péennes. Comme lors des pré­cé­dentes édi­tions, le som­met fait déjà l’objet d’une mobi­li­sa­tion hos­tile de plu­sieurs réseaux mili­tants et poli­tiques, signe que le sujet s’est impo­sé au centre du débat poli­tique euro­péen.

Par­mi les inter­ve­nants les plus atten­dus figure Mar­tin Sell­ner, mili­tant autri­chien né en 1989, essayiste et stra­tège poli­tique connu pour avoir diri­gé le mou­ve­ment iden­ti­taire en Autriche et pour son rôle intel­lec­tuel dans la dif­fu­sion du concept de remi­gra­tion dans l’espace ger­ma­no­phone. Habi­tué des polé­miques, des inter­dic­tions de confé­rences et des affron­te­ments média­tiques, Sell­ner s’est impo­sé comme l’un des visages les plus connus de cette mou­vance en Europe.

À l’heure où plu­sieurs pays euro­péens dur­cissent leur poli­tique migra­toire sans remettre en cause les cadres qui l’ont pro­duite, la ques­tion de la remi­gra­tion quitte les marges pour entrer dans le débat public. Objec­tifs réels, fai­sa­bi­li­té juri­dique, rap­ports de force poli­tiques, liber­té d’expression, nous avons inter­ro­gé Mar­tin Sell­ner sur les ambi­tions du Remi­gra­tion Sum­mit 2026 et sur la recom­po­si­tion idéo­lo­gique en cours en Europe.

La remi­gra­tion est le terme géné­rique qui désigne et englobe un ensemble de poli­tiques fis­cales, cultu­relles, éco­no­miques, sociales, poli­tiques et logis­tiques dont l’ob­jec­tif est de pré­ve­nir le rem­pla­ce­ment de la popu­la­tion par l’in­ver­sion des flux migra­toires, res­tau­rant ain­si la sou­ve­rai­ne­té, l’in­dé­pen­dance et l’i­den­ti­té des pays, par la défense de leur spé­ci­fi­ci­té eth­no­cul­tu­relle. – ReSum 2026

Entretien

Le Remi­gra­tion Sum­mit 2026 se tient à un moment où la ques­tion migra­toire domine désor­mais une large part du débat euro­péen. Quel objec­tif poli­tique concret assi­gnez-vous à cette édi­tion ?

L’objectif cen­tral de l’édition 2026 du som­met ne se limite pas à des résul­tats poli­tiques immé­diats. Il s’agit avant tout d’un dépla­ce­ment stra­té­gique plus large dans le débat public. Nous menons un tra­vail de long terme visant à nor­ma­li­ser le concept de « remi­gra­tion » et à l’inscrire dans le débat poli­tique cou­rant.

Le som­met consti­tue un ins­tru­ment méta­po­li­tique : un espace des­ti­né à conso­li­der notre voca­bu­laire, à ras­sem­bler des acteurs venus de dif­fé­rents pays et à don­ner une repré­sen­ta­tion pro­fes­sion­nelle de notre mou­ve­ment. Nous vou­lons dépas­ser les débats natio­naux iso­lés pour faire émer­ger un cadre euro­péen com­mun autour de la remi­gra­tion.

Le terme de « remi­gra­tion » s’est lar­ge­ment dif­fu­sé ces der­niers mois, tout en demeu­rant flou pour beau­coup. Quelle défi­ni­tion pré­cise lui don­nez-vous aujourd’hui ?

La remi­gra­tion est un concept englo­bant qui dépasse lar­ge­ment la seule ques­tion des expul­sions. Nous la défi­nis­sons comme une inver­sion des flux migra­toires des­ti­née à pré­ser­ver la conti­nui­té eth­no­cul­tu­relle de l’Europe.

Cela com­prend le retour des migrants en situa­tion irré­gu­lière et des débou­tés du droit d’asile, mais aus­si la réforme du droit d’asile et des règles de natu­ra­li­sa­tion, des inci­ta­tions au retour volon­taire accom­pa­gnées de pro­grammes de réin­té­gra­tion, ain­si que la fin des natu­ra­li­sa­tions de masse.

Plu­tôt que de gérer ou d’intégrer une immi­gra­tion conti­nue, nous vou­lons un chan­ge­ment com­plet de sys­tème.

Visez-vous prin­ci­pa­le­ment le retour des clan­des­tins et des débou­tés du droit d’asile, ou un pro­jet beau­coup plus large de réorien­ta­tion démo­gra­phique ?

Si les migrants en situa­tion irré­gu­lière consti­tuent l’enjeu le plus immé­diat, nous par­lons éga­le­ment des rési­dents étran­gers et même de socié­tés paral­lèles non assi­mi­lées. L’immigration légale de rem­pla­ce­ment doit éga­le­ment ces­ser.

Les natu­ra­li­sa­tions mas­sives ont créé d’importantes socié­tés paral­lèles. Nous vou­lons répondre à cela par des pres­sions éco­no­miques et cultu­relles, ain­si que par des poli­tiques de retour volon­taire.

Plu­sieurs gou­ver­ne­ments euro­péens (Royaume-Uni, Alle­magne, Suède, Ita­lie, Dane­mark…) annoncent un dur­cis­se­ment migra­toire tout en main­te­nant des niveaux d’entrées éle­vés. Y voyez-vous un véri­table tour­nant ou un simple ajus­te­ment de com­mu­ni­ca­tion ?

Je suis pro­fon­dé­ment scep­tique face aux annonces actuelles des gou­ver­ne­ments concer­nant des poli­tiques pré­ten­du­ment plus fermes. À mes yeux, beau­coup d’États euro­péens adoptent un dis­cours plus strict sans modi­fier réel­le­ment les lois.

Les moteurs struc­tu­rels, le cadre juri­dique et les inci­ta­tions éco­no­miques demeurent pour l’essentiel inchan­gés. De plus, ils ne parlent que d’immigration illé­gale, jamais d’immigration légale. C’est pour­quoi des ins­ti­tu­tions comme Resum sont néces­saires, comme cor­rec­tif neutre et indé­pen­dant.

Quels pays euro­péens vous paraissent aujourd’hui les plus avan­cés vers une poli­tique com­pa­tible avec vos idées ?

Au Dane­mark, au Royaume-Uni, en Pologne, en Suède et en Hon­grie, nous obser­vons déjà plu­sieurs exemples de poli­tiques allant dans ce sens. Si l’on regarde l’Europe occi­den­tale, je cite­rais sur­tout le Dane­mark et l’Italie, même si ces pays res­tent encore très éloi­gnés de ce que nous jugeons néces­saire.

Le prin­ci­pal obs­tacle à la remi­gra­tion est-il juri­dique, éco­no­mique, moral ou sim­ple­ment psy­cho­lo­gique ?

Je pense que les prin­ci­paux obs­tacles sont psy­cho­lo­giques et cultu­rels. Le frein essen­tiel n’est ni l’argent, ni la logis­tique, ni le droit, mais l’absence de volon­té des élites et l’impuissance poli­tique des peuples euro­péens.

Les contraintes juri­diques et éco­no­miques sont secon­daires. Elles n’ont d’ailleurs pas empê­ché des mil­lions de per­sonnes d’entrer illé­ga­le­ment et de res­ter sans droit au séjour. La remi­gra­tion doit d’abord gagner la bataille des idées pour deve­nir une poli­tique.

Vos oppo­sants jugent vos pro­po­si­tions irréa­listes à grande échelle. Quelle serait, selon vous, une pre­mière étape cré­dible appli­cable dès demain ?

La remi­gra­tion n’est pas irréa­liste. Ce qui s’est révé­lé irréa­liste, c’est le mul­ti­cul­tu­ra­lisme, qui a échoué dans les faits. Nos pro­po­si­tions n’ont jamais été réel­le­ment mises en œuvre, et il fau­drait au moins les essayer.

Nous deman­dons d’abord une appli­ca­tion cohé­rente et ren­for­cée des lois exis­tantes, puis une adap­ta­tion logique de ces lois à la situa­tion actuelle.

Beau­coup d’Européens constatent les ten­sions liées à l’immigration, mais hésitent encore devant la radi­ca­li­té du mot remi­gra­tion. Com­ment les convaincre ?

Je pense que la réa­li­té est notre meilleur allié pour convaincre ces per­sonnes. Chaque jour, elles constatent l’échec de l’ancien sys­tème. Le fait que la remi­gra­tion ait été pré­sen­tée comme une alter­na­tive radi­cale joue en réa­li­té en notre faveur. De plus en plus de gens sou­haitent quelque chose de radi­ca­le­ment dif­fé­rent.

Nous accé­lé­rons la nor­ma­li­sa­tion du terme en expli­quant notre pro­jet et en trans­for­mant la dia­bo­li­sa­tion menée contre nous en publi­ci­té invo­lon­taire.

Où pla­cez-vous la fron­tière entre assi­mi­la­tion réus­sie et échec durable de l’intégration ? Une per­sonne née en Europe, léga­le­ment citoyenne, issue d’une immi­gra­tion récente, entre-t-elle ou non dans votre cadre poli­tique ?

À mes yeux, l’assimilation doit être l’objectif de toute natu­ra­li­sa­tion : la per­sonne qui obtient la citoyen­ne­té doit opé­rer un chan­ge­ment pro­fond, en ali­gnant son iden­ti­té et son mode de vie sur la conti­nui­té eth­no­cul­tu­relle de la socié­té qu’elle choi­sit comme nou­velle patrie. Cela peut fonc­tion­ner si les cultures sont com­pa­tibles et si l’immigration n’est ni trop rapide ni trop mas­sive.

En revanche, les mil­lions de per­sonnes arri­vées pour des rai­sons éco­no­miques et rapi­de­ment natu­ra­li­sées ne sont, selon moi, pas assi­mi­lées. Tous les citoyens sont égaux devant la loi, cela est clair. Mais il faut des poli­tiques cultu­relles et éco­no­miques favo­ri­sant l’assimilation ou inci­tant à la remi­gra­tion. Il faut d’abord mettre fin aux natu­ra­li­sa­tions de masse.

Le trai­te­ment média­tique dont vous avez fait l’objet a‑t-il limi­té votre influence ou, au contraire, ren­for­cé votre audience ?

La ten­ta­tive de dia­bo­li­ser la remi­gra­tion à tra­vers ma per­sonne a été un exemple par­fait de l’effet Strei­sand. La dia­bo­li­sa­tion s’est trans­for­mée en pro­mo­tion. Des mil­lions de per­sonnes ont enten­du par­ler de remi­gra­tion pour la pre­mière fois grâce à cette cam­pagne média­tique hos­tile.

Lorsqu’elles se sont ren­sei­gnées par elles-mêmes, elles ont décou­vert, selon moi, qu’on les avait trom­pées. Il s’est pro­duit un phé­no­mène com­pa­rable durant la période du Covid. Plus ils mentent à notre sujet, plus nous deve­nons forts.

Vous avez subi inter­dic­tions, cam­pagnes hos­tiles et ten­ta­tives d’isolement. Qu’est-ce que cette séquence vous a appris sur l’état des liber­tés publiques en Europe ?

J’ai été pri­vé de ser­vices ban­caires, exclu de pla­te­formes, empê­ché d’entrer dans plu­sieurs pays. J’ai com­pa­ru à de nom­breuses reprises devant les tri­bu­naux, subi des per­qui­si­tions, et été atta­qué par des mili­tants d’extrême gauche.

J’en conclus que les États d’Europe occi­den­tale ne sont pas de véri­tables démo­cra­ties, mais des simu­la­tions de démo­cra­tie. Vous béné­fi­ciez de liber­tés tant que vous votez et agis­sez confor­mé­ment à l’idéologie domi­nante.

Si vous défen­dez une opi­nion dis­si­dente avec effi­ca­ci­té, vous êtes trai­té dif­fé­rem­ment. Il n’existe donc pas, selon moi, de véri­table liber­té d’opinion en Europe, car la dis­si­dence y a un coût éle­vé.

Consi­dé­rez-vous l’Union euro­péenne comme réfor­mable sur ces sujets, ou struc­tu­rel­le­ment enga­gée dans la logique inverse ?

Il existe cer­tains signes posi­tifs dans l’Union euro­péenne, comme le récent réfé­ren­dum sur les centres de retour. Mais, en l’état, l’UE est diri­gée par des élites mul­ti­cul­tu­ra­listes et mon­dia­listes de gauche. Selon moi, elles uti­lisent nos res­sources et la puis­sance des ins­ti­tu­tions pour impo­ser leur agen­da, influen­cer les élec­tions et res­treindre la liber­té d’expression. À terme, nous avons besoin d’une réforme patrio­tique de l’Europe.

Le natio­na­lisme ancien modèle n’est pas l’avenir. Une coopé­ra­tion à plu­sieurs niveaux est néces­saire. Reste à savoir si l’Union actuelle peut être réfor­mée ou s’il fau­dra bâtir autre chose.

Com­ment jugez-vous l’évolution des par­tis autre­fois qua­li­fiés de popu­listes lorsqu’ils approchent du pou­voir ?

Puisque nous croyons à la force de la méta­po­li­tique, une vic­toire élec­to­rale ne suf­fit pas à chan­ger les choses. Nous avons vu à de nom­breuses reprises que des par­tis arri­vés au pou­voir sans appui solide dans les médias, le mili­tan­tisme, le lob­bying ou les ins­ti­tu­tions cultu­relles échouent à exer­cer réel­le­ment leur pou­voir.

Très sou­vent, les par­tis popu­listes oublient leurs idéaux ou renoncent face à ce qu’ils consi­dèrent comme un État pro­fond de gauche entra­vant cha­cune de leurs déci­sions. Seule une force méta­po­li­tique puis­sante, exté­rieure au par­ti, peut créer la dyna­mique néces­saire à un véri­table chan­ge­ment poli­tique.

Si rien ne change fon­da­men­ta­le­ment, à quoi res­sem­ble­ra l’Europe en 2050 ?

Si rien ne change, l’Europe de 2050 sera un lieu tota­le­ment dif­fé­rent. Elle aura davan­tage chan­gé en quelques décen­nies qu’au cours des cinq mille années pré­cé­dentes de son his­toire. À la place des États-nations ou d’une Europe puis­sante et unie, nous aurons, selon moi, un espace post-démo­cra­tique domi­né par des clans étran­gers et contrô­lé par des acteurs non euro­péens.

Les Euro­péens autoch­tones connaî­tront le sort des chré­tiens du Liban ou des Blancs d’Afrique du Sud. Ils devront lut­ter chaque jour pour leur sur­vie, tout en étant exploi­tés par un État deve­nu étran­ger à leurs inté­rêts. Seule la remi­gra­tion per­met­trait d’éviter ce scé­na­rio.

Pro­pos recueillis par Dimi­tri Fon­ta­na

Notes

  • Agen­da : pour en savoir plus sur le “Remi­gra­tion Sum­mit 2026” qui se tien­dra à Por­to (Por­tu­gal) le 30 mai pro­chain, ren­dez-vous sur remigrationsummit.com
  • Biblio­gra­phie : vient de paraître sur le sujet, en langue fran­çaise, un ouvrage fon­da­men­tal, sous la plume de Jean-Yves Le Gal­lou : Remi­gra­tion. Pour l’Eu­rope de nos enfants. À se pro­cu­rer sur boutique.institut-iliade.com
  • Res­sources : en langue anglaise, l’ex­celllent “whatis.remigration.eu” qui offre une défi­ni­tion très exhaus­tive.
Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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