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Espace aérien : Ludovic Malot défend sa demande de commission d’enquête parlementaire. Grand entretien

Le 22 septembre, Souveraineté Suisse a adressé aux 246 membres de l'Assemblée fédérale une demande de commission d'enquête parlementaire sur les « interventions atmosphériques » et l'intégrité de l'espace aérien. Son président, Ludovic Malot, répond à nos questions sur une démarche qui mêle contrôle démocratique et neutralité.

Dimitri Fontana
24 septembre 2026 Modifié le 24 septembre 2026 à 12h26
13 min de lecture

« L’histoire militaire regorge de programmes déployés des décennies avant leur reconnaissance publique, l’opération Popeye d’ensemencement au Vietnam en étant l’archétype. »

Une commission d’enquête parlementaire (CEP) est l’arme la plus lourde dont dispose le Parlement fédéral : elle entend des témoins sous serment et accède aux procès–verbaux du Conseil fédéral. Elle n’a été instituée que cinq fois en soixante ans, la dernière en 2023 sur la débâcle de Credit Suisse, comme le rappelait alors la RTS. C’est pourtant cet instrument que Souveraineté Suisse, mouvement citoyen pour la défense des institutions et de la démocratie directe, demande aux élus d’activer. Dans une lettre datée du 22 septembre, son président Ludovic Malot réclame des prélèvements indépendants de l’air et des précipitations, des analyses toxicologiques, un audit foliaire des arbres dépérissants, le contrôle des carburants d’aviation, l’audition de pilotes et de contrôleurs aériens, l’accès aux archives classifiées de l’OFAC, de l’OFEV, du DDPS et de MétéoSuisse, et la clarification des accords de survol liant la Confédération à l’OTAN et à des États tiers. L’association appelle en parallèle ses sympathisants à transmettre eux–mêmes le document à leurs parlementaires.

Une partie de la lettre reprend des thèses connues depuis vingt ans sous le nom de « chemtrails » : pulvérisations d’aluminium, de baryum et de strontium, « quadrillage aérien », symptômes physiques attribués aux aérosols. Aucune analyse publiée n’est venue les étayer, et l’Office fédéral de l’aviation civile explique la persistance des traînées par l’humidité de l’air en altitude et la multiplication des vols. Le dépérissement des platanes, des marronniers et des chênes, lui, est bien réel, mais les forestiers l’attribuent aux sécheresses et à des pathogènes identifiés.

Reste que le sujet n’est pas sorti de nulle part, et qu’il concerne directement la Suisse. En février 2024 à Nairobi, c’est Berne qui a déposé devant l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement une résolution demandant un groupe d’experts sur la « modification du rayonnement solaire », avant de la retirer faute de consensus, comme l’a documenté le Citepa ; l’OFEV assurait ensuite à la RTS que la Confédération ne cherchait pas à intégrer ces techniques à sa politique climatique. Quant à l’espace aérien, le Conseil fédéral a fait entrer la Suisse dans le bouclier antimissile européen Sky Shield, projet lancé par Berlin dans le cadre de l’OTAN : déclaration d’intention en juillet 2023, adhésion signée en octobre 2024, assortie de réserves de neutralité dont la portée fait débat à quelques jours de la votation du 27 septembre.

Nous avons donc voulu savoir ce que Ludovic Malot attend concrètement du Parlement, sur quoi il fonde ses allégations et où il place la frontière entre le contrôle démocratique de l’espace aérien et les hypothèses qu’il demande d’instruire.

Entretien

Une commission d’enquête parlementaire est un instrument rare : cinq depuis 1964, la dernière sur Credit Suisse en 2023. Pourquoi avoir choisi cet outil plutôt qu’un postulat ou une interpellation, qui obligent aussi le Conseil fédéral à répondre ? Avez-vous déjà des contacts avec des élus prêts à porter l’initiative ?

Un postulat ou une interpellation ne contraint l’administration qu’à une réponse formelle rédigée par ses propres services : le Conseil fédéral demande à l’OFAC, au DDPS ou à l’OFEV de préparer une note, et l’administration se contente d’affirmer que tout est conforme. C’est le circuit fermé habituel.

La Commission d’enquête parlementaire (art. 163 ss LParl) est précisément le seul instrument constitutionnel doté de pouvoirs d’investigation contraignants : pouvoir d’entendre des personnes en qualité de témoins, avec obligation légale de répondre et sanctions pénales en cas de faux témoignage ; accès direct aux documents classifiés et aux procès–verbaux sans filtre technocratique ; capacité de mandater des expertises scientifiques indépendantes.

La souveraineté de notre espace aérien, l’intégrité de nos sols et la santé de neuf millions d’habitants constituent un enjeu au moins aussi vital que la débâcle d’un établissement bancaire. Concernant les relais politiques, l’appel a été transmis à l’ensemble des groupes parlementaires. Des échanges discrets sont en cours avec des élus sensibles à la souveraineté territoriale, à la santé publique et aux prérogatives de contrôle du Parlement. La pression des électeurs de chaque canton dans les semaines à venir sera déterminante pour transformer ces prises de contact en initiative parlementaire formelle.

Votre lettre insiste sur un point : vous ne demandez pas au Parlement d’adhérer à une thèse, mais de vérifier des faits. Pouvez-vous expliquer cette distinction ? Comment répondez-vous à ceux qui rangeront d’emblée votre démarche dans la catégorie des « chemtrails » ?

L’étiquette « complotiste » ou le terme « chemtrails » sont des dérivatifs rhétoriques bien connus, utilisés pour disqualifier d’emblée toute question dérangeante sans jamais examiner les données matérielles.

Notre démarche est l’exact inverse du dogmatisme. Des faits incontestables existent : des dizaines de brevets d’ingénierie atmosphérique sont déposés et consultables publiquement (ensemencement stratosphérique, dispersion de poudres par réacteurs, manipulation ionosphérique) ; des institutions comme la Chambre des Communes britannique ont publié des rapports d’alerte officiels sur les risques de la gestion du rayonnement solaire (rapport HC 221). Des anomalies de terrain sont mesurées : retombées de polymères complexes, détresse physiologique de la flore, teneurs anormales en métaux dans l’air et les eaux de pluie.

Une méthode démocratique, enfin : nous ne demandons pas au Parlement de signer une pétition de principe. Nous lui disons : « Vous avez le pouvoir légal de faire des prélèvements inopinés, de contrôler les carburants et d’auditionner les personnels sous serment. Faites–le. » Si l’enquête conclut que ces craintes sont infondées, les protocoles scientifiques transparents rassureront la population. Si elle découvre des opérations non déclarées, elle protégera le pays. Refuser d’enquêter sous prétexte d’un mot–valise relève de la lâcheté politique.

Vous évoquez des rapports toxicologiques indépendants et des dépôts anormaux au sol. Sur quelles observations, et de préférence lesquelles faites en Suisse, vous appuyez-vous ? Ces analyses sont-elles accessibles au public ?

Nos références reposent sur des expertises de laboratoires d’analyses chimiques indépendants, menées selon des protocoles certifiés. Le laboratoire indépendant Analytika, Centre international d’investigations scientifiques et d’expertises en chimie organique et inorganique dirigé par le Dr Bernard Tailliez, a publié un dossier public sur les « filaments aéroportés » attestant d’échantillons recueillis sous constat d’huissier de justice (dépistage DTD–GC/MS et ICP/MS). Leurs rapports analytiques d’expertise, notamment les rapports n° 160503 et 160413, ont mis en évidence la présence avérée de perturbateurs endocriniens majeurs (phtalates) issus de polymères synthétiques, ainsi que des concentrations anormalement denses en éléments inorganiques : aluminium (jusqu’à 339 mg/kg, soit 339 ppm), baryum (19,8 ppm) et strontium (21 ppm). Le dépistage ICP/MS sur des carburants d’aviation civils (Jet Fuel A–1) a également révélé la détectabilité d’aluminium et de baryum, éléments au cœur des controverses.

Ces rapports d’analyses, graphiques chromatographiques et spectres de masse sont publics et vérifiables en ligne. En Suisse, les retombées de filaments et les dépôts floconneux insolubles ont été observés à maintes reprises dans plusieurs cantons (Vaud, Genève, Valais, Neuchâtel) sans qu’aucun laboratoire cantonal n’engage de recherche approfondie sur la structure polymérique de ces matières. C’est précisément l’une des missions que doit remplir la CEP : ordonner une campagne d’analyses contradictoires sur le territoire helvétique par des laboratoires accrédités ISO 17025.

Le dépérissement des platanes, des marronniers ou des chênes est un constat partagé, que les forestiers expliquent généralement par les sécheresses et des pathogènes connus. Qu’est-ce qui, dans ce que vous observez, vous conduit à chercher aussi une cause atmosphérique ?

Nul ne conteste le stress hydrique ou l’action de bio–agresseurs connus, comme la mineuse pour le marronnier ou le chancre pour le platane. La véritable anomalie réside dans l’effondrement simultané, fulgurant et multi–espèces de l’immunité végétale, touchant des essences séculaires aux systèmes racinaires profonds : chênes de plusieurs siècles, conifères d’altitude, platanes protégés.

Deux facteurs physico–chimiques précis justifient, selon nous, une investigation atmosphérique. D’abord la toxicité de l’aluminium ionique dans les sols : lorsque des composés d’aluminium nanoparticulaire ou d’oxydes métalliques retombent au sol, ils acidifient le milieu et bloquent l’assimilation racinaire des nutriments essentiels (calcium, magnésium, phosphore) ; l’arbre ne meurt pas seulement de soif, son système d’absorption est littéralement asphyxié de l’intérieur. Ensuite l’altération de la cuticule foliaire et du spectre solaire : la dispersion d’aérosols persistants et de nanoparticules modifie la diffusion du rayonnement ultraviolet et direct, et les feuilles et aiguilles subissent une dégradation prématurée de leur cire protectrice, ouvrant la porte aux champignons opportunistes et aux bactéries. Les explications climatiques habituelles n’expliquent pas, selon nous, pourquoi cette vulnérabilité immunitaire explose de façon aussi brutale sur l’ensemble de l’Europe occidentale.

En 2024, la Suisse a elle-même proposé à l’ONU la création d’un groupe d’experts sur la modification du rayonnement solaire, avant de retirer sa résolution. Ce débat de politique publique sur la géo-ingénierie et les allégations d’épandages sont-ils, pour vous, un seul et même sujet ? Ne gagneriez-vous pas à les distinguer ?

Il s’agit des deux faces d’une même pièce : le volet théorique et diplomatique d’un côté, le volet opérationnel de l’autre.

En février 2024, lors de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement (ANUE–6) à Nairobi, la Suisse a effectivement déposé un projet de résolution demandant un rapport d’experts de l’ONU sur la gestion du rayonnement solaire (SRM), avant de le retirer faute de consensus géopolitique. Cela prouve une chose capitale : au plus haut niveau de l’État fédéral, la géo–ingénierie solaire n’est pas un mythe, mais un dossier politique et technologique bien réel.

La distinction officielle repose sur l’idée que ces technologies ne seraient qu’au stade d’études prospectives ou d’essais limités. Or l’histoire militaire regorge de programmes déployés des décennies avant leur reconnaissance publique, l’opération Popeye d’ensemencement au Vietnam en étant l’archétype. Vouloir séparer le débat sur la géo–ingénierie des signalements d’épandages permet à l’administration de théoriser les solutions de demain tout en fermant les yeux sur les pratiques d’aujourd’hui. Une CEP a précisément pour rôle de vérifier si la frontière entre recherche théorique et déploiement opérationnel n’a pas déjà été franchie.

« À l'approche des débats sur la neutralité suisse et l'initiative du 27 septembre, l'intégrité de notre souveraineté aérienne est au cœur du sujet. » Illustration : © Tell
« À l’approche des débats sur la neutralité suisse et l’initiative du 27 septembre, l’intégrité de notre souveraineté aérienne est au cœur du sujet. » Illustration : © Tell

Vous demandez la clarification des accords de survol et des programmes liant la Confédération à l’OTAN et à des États tiers. À quelques jours de la votation sur la neutralité, quelles sont, selon vous, les zones d’ombre concernant l’espace aérien suisse ? L’adhésion à Sky Shield en fait-elle partie ?

À l’approche des débats sur la neutralité suisse et l’initiative du 27 septembre, l’intégrité de notre souveraineté aérienne est au cœur du sujet. D’une part les autorisations militaires de survol : chaque année, des milliers d’aéronefs militaires étrangers survolent le territoire suisse sous le régime d’autorisations diplomatiques permanentes ou ponctuelles délivrées par l’OFAC et le DDPS. Quelle est la réalité des contrôles matériels effectués sur ces appareils ? La Suisse dispose–t–elle des moyens et de la volonté politique d’inspecter les soutes et réservoirs de nations partenaires ou membres de l’OTAN ?

D’autre part l’initiative European Sky Shield (ESSI) : l’intégration de la Suisse dans ce bouclier antiaérien européen piloté de facto sous les standards de l’OTAN implique une interconnexion étroite de nos radars, de nos flux de télécommunications et de nos systèmes de détection. Dès lors que l’on intègre une architecture de défense conjointe, comment garantir que notre espace aérien n’est pas utilisé pour des expérimentations coordonnées ou des manœuvres de saturation électromagnétique et d’aérosols ? La neutralité armée et perpétuelle n’a de sens, pour nous, que si elle s’exerce du sol jusqu’à la haute atmosphère.

La lettre demande l’accès aux documents de l’OFAC, de l’OFEV, du DDPS et de MétéoSuisse. Avez-vous déjà sollicité ces offices, par exemple au titre de la loi sur la transparence ? Qu’ont-ils répondu, et pourquoi une CEP vous paraît-elle nécessaire pour aller plus loin ?

Les démarches individuelles fondées sur la loi sur la transparence (LTrans) se heurtent immanquablement aux exceptions légales : secret militaire, sûreté intérieure, clauses de confidentialité internationales ou préservation des relations diplomatiques. Quant aux questions ordinaires, les offices répondent par des éléments de langage standardisés : « phénomènes de condensation ordinaires » pour l’OFAC, ou « respect des normes d’émissions standard » pour l’OFEV. Aucun de ces offices n’a conduit de campagne d’analyse sur les nanoparticules métalliques aéroportées, car cela ne figure tout simplement pas dans leur cahier des charges réglementaire.

Une simple demande administrative est inopérante. Seule une CEP peut lever l’opposabilité du secret de fonction et du secret militaire vis–à–vis des parlementaires enquêteurs (art. 169 LParl), contraindre les directeurs de ces offices et les commandants des Forces aériennes à témoigner sous obligation de vérité, et accéder directement aux accords techniques classifiés signés avec des armées étrangères ou des consortiums aéronautiques.

Vous appelez les citoyens à transmettre eux-mêmes la lettre à leurs élus. Quel écho rencontre cet appel, et quelles réponses avez-vous reçues jusqu’ici ? Si le Parlement ne bouge pas, quelle sera l’étape suivante : pétition, initiative populaire ?

La réponse citoyenne dépasse largement le cadre des cercles militants traditionnels. Des centaines de courriels et courriers ont été transmis directement aux élus par des agriculteurs constatant la détérioration de leurs sols, des propriétaires forestiers désemparés, des professionnels de santé et de simples citoyens choqués par la dégradation visible de notre ciel. Les premiers retours parlementaires oscillent entre prudence polie et curiosité technique face aux données documentées que nous versons au dossier.

Si la majorité parlementaire choisissait la politique de l’autruche et refusait d’assumer son mandat d’enquête, nous monterons en puissance : dépôt d’une pétition fédérale munie de milliers de signatures pour forcer un débat formel aux Chambres, puis lancement d’une initiative populaire fédérale visant à inscrire expressément dans la Constitution l’interdiction absolue de toute modification atmosphérique artificielle non consentie et l’obligation d’un monitoring citoyen indépendant de notre espace aérien. En Suisse, le dernier mot revient toujours au souverain.

Souveraineté Suisse est aussi engagée sur la neutralité, les relations avec l’UE et la démocratie directe. Comment ce dossier s’articule-t-il avec le reste de votre action, et comment répondez-vous à ceux, dans votre propre camp, qui craignent qu’il brouille le message ?

C’est exactement l’inverse d’un brouillage : c’est l’application concrète, physique et vitale de notre combat pour la souveraineté. Que signifierait défendre la souveraineté monétaire, l’indépendance face aux traités internationaux ou la neutralité armée, si l’on abandonne le contrôle de l’air que respire le peuple et de la terre qui le nourrit ?

La souveraineté ne s’arrête pas aux frontières douanières : elle commence par notre espace aérien, nos ressources hydriques et notre santé biologique. La démocratie directe consiste précisément à briser les tabous technocratiques et à refuser qu’une caste décide unilatéralement de manipuler l’environnement de tous sous prétexte d’urgence climatique ou d’accords discrets.

Ceux qui, dans notre camp, craignent le qu’en–dira–t–on médiatique adoptent la grille de lecture de nos adversaires. Souveraineté Suisse ne cherche pas le confort des salons feutrés ; notre devoir est de poser les questions fondamentales là où d’autres détournent les yeux. La défense de l’intégrité de la Suisse forme un tout indivisible.

Propos recueillis par Dimitri Fontana

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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