Éléments n°220 : penser la remigration
La plupart des débats politiques commencent aujourd’hui par des anathèmes. La remigration n’a pas échappé à la règle : avant même d’être discutée, l’idée a été caricaturée, réduite à un slogan ou à un épouvantail, au gré des affrontements médiatiques. Le mérite du numéro 220 d’Éléments est précisément de rompre avec cette logique. Là où le débat public s’enferme dans les réflexes partisans, la revue choisit de faire un pas de côté et de traiter la remigration comme un objet de réflexion.
L’ambition du dossier n’est pas de défendre un mot d’ordre, mais de donner une profondeur intellectuelle à une notion qui s’est imposée en quelques mois comme l’un des grands sujets politiques européens. Les différentes contributions ne cherchent pas tant à convaincre qu’à éclairer. Elles replacent la remigration dans une perspective plus large, où se croisent les questions démographiques, la continuité historique des peuples, la transmission culturelle et la souveraineté politique. Ce déplacement du regard constitue sans doute l’apport le plus intéressant de l’ensemble. La remigration n’y apparaît plus comme une proposition isolée, mais comme l’une des conséquences possibles de transformations engagées depuis plusieurs décennies.
Cette démarche permet à Éléments d’échapper au double piège de la polémique et du militantisme. Avant de discuter les réponses, la revue s’attache d’abord à préciser les termes du problème. Les analyses de Thierry Dubois, de Nicolas Pouvreau-Monti ou encore l’entretien avec Jean-Yves Le Gallou participent d’un même effort : sortir le débat de la réaction immédiate pour lui redonner une épaisseur historique et politique. Que le lecteur adhère ou non aux conclusions importe finalement moins que le cheminement intellectuel proposé.
Cette exigence traverse d’ailleurs l’ensemble du numéro. L’entretien avec Bernard Lugan invite à relire autrement certains récits mémoriels consacrés à la colonisation. Le général Yakovleff propose une lecture peu conventionnelle des équilibres géopolitiques contemporains. Les pages consacrées à Jürgen Habermas, au cinéma d’Isao Takahata ou encore aux mutations anthropologiques liées aux nouveaux traitements contre l’obésité prolongent, chacune à leur manière, une même interrogation : qu’est-ce qui permet à une civilisation de demeurer elle-même lorsque ses repères historiques, culturels et anthropologiques vacillent ?
L’éditorial d’Alain de Benoist éclaire cette cohérence. En refusant de confondre progression électorale et victoire culturelle, il rappelle qu’aucun basculement politique durable ne peut se passer d’un travail préalable sur les idées. C’est cette bataille intellectuelle que mène Éléments depuis plus d’un demi-siècle, en privilégiant toujours le temps long sur l’écume de l’actualité.
Plus qu’un dossier consacré au sujet politique du moment, ce numéro témoigne d’un changement d’époque. Il prend acte du fait que certaines questions, longtemps tenues à l’écart du débat public, s’y imposent désormais durablement. Dans un paysage médiatique dominé par la réaction instantanée, Éléments fait un pari plus exigeant : celui de fournir les outils intellectuels permettant de comprendre ces évolutions avant de les juger. C’est ce qui fait de cette livraison l’une des plus marquantes de ces dernières années.
Pour aller plus loin
Éléments n° 220 (juin-juillet 2026), Remigration ? La question qui fait trembler le système, 9,90 €. En vente et sur abonnement sur le site de la revue.
L’Europe du nord agit déjà, elle !