L’Europe se réveille : de Stockholm à Strasbourg, le continent rétablit le bon sens migratoire
Il aura fallu des années de naïveté, de crises à répétition et d'un divorce grandissant entre les peuples et leurs gouvernants pour en arriver là. Mais le mouvement est désormais lancé, et il s'accélère.
En l’espace de quarante-huit heures, deux votes − l’un à Stockholm, l’autre à Strasbourg − ont consacré ce que la droite européenne réclame depuis longtemps : un titre de séjour est un privilège, jamais un droit acquis.
La Suède trace la ligne
Le 15 juin, le Parlement suédois a adopté une loi dite de « bonne conduite » qui permet à l’État de refuser ou de révoquer un titre de séjour pour des comportements qui ne sont pas nécessairement criminels. La loi cite les dettes impayées, le travail non déclaré, les infractions fiscales et les liens avec des organisations extrémistes comme exemples du type de conduite pouvant déclencher une mesure. Et le point décisif, celui qui hérisse tant la gauche : le texte couvre les titres en cours d’examen mais aussi, rétroactivement, ceux déjà accordés.
Le principe est d’une simplicité limpide, et il n’aurait jamais dû prêter à controverse : celui qui vit de l’hospitalité d’une société tout en bafouant ses lois et ses règles n’a aucun titre automatique à y rester. Comme l’a résumé le ministre de la Migration Johan Forssell en présentant le texte :
« Quiconque ne fait pas l’effort de faire ce qui est juste ne devrait pas pouvoir compter sur le fait de rester. »
Rien de plus raisonnable. La résidence dans un pays s’accompagne de devoirs, pas seulement de droits. Les Démocrates de Suède, qui soutiennent la coalition de centre-droit au pouvoir, ne s’y sont pas trompés en saluant un engagement tenu. Cette loi n’arrive pas seule : elle s’inscrit dans un durcissement plus large incluant l’abolition de la résidence permanente et l’obligation pour les agences publiques de signaler les personnes en situation irrégulière. La Suède, qui a payé au prix fort son expérience d’ouverture sans limites − montée de la criminalité de gangs, échecs d’intégration, « sociétés de l’ombre » −, tire enfin les leçons du réel.
“Send them back!” : Strasbourg suit le mouvement
Deux jours plus tard, le 17 juin, c’est le Parlement européen lui-même qui a basculé. Par 418 voix contre 218, les eurodéputés ont approuvé le « règlement retour », décrit comme le tournant le plus dur de la politique migratoire de l’Union depuis des décennies. Le texte autorise enfin la création de « hubs de retour » hors des frontières de l’UE, où pourront être envoyés les migrants sans droit au séjour, ainsi que des pouvoirs élargis de détention et de perquisition.
Le vote a une signification politique majeure : il consacre l’émergence d’une majorité de droite au Parlement. Le Parti populaire européen a une nouvelle fois choisi de voter avec les conservateurs de l’ECR et les groupes souverainistes, formant une alternative à l’éternelle coalition centriste. La gauche a hurlé à la « honte » et au « chapitre sombre », mais cette indignation rituelle ne masque plus rien : elle a perdu la bataille des idées, et elle le sait.
Car les chiffres sont accablants pour les tenants du laxisme. Aujourd’hui, moins de 30 % des personnes sommées de quitter le territoire repartent effectivement. Un système qui prononce des décisions de retour qu’il n’applique pas n’est pas un système humaniste : c’est un système qui ment à ses citoyens comme aux migrants eux-mêmes. Le commissaire Magnus Brunner l’a dit sans détour : c’est désormais à l’Europe, et non aux passeurs, de décider qui reste et qui doit partir.
Une lame de fond, pas un accident
De Copenhague à Vienne, d’Athènes à Berlin, en passant par La Haye, les gouvernements explorent déjà la création de ces centres. La Grèce vise des premiers accords dès 2026 pour une mise en service en 2027. L’Allemagne voit l’AfD caracoler en tête des sondages. Partout, le même constat s’impose : les peuples ont demandé qu’on reprenne le contrôle, et les urnes finissent toujours par avoir le dernier mot.
Cette évolution intervient alors que le thème de la remigration, longtemps cantonné aux marges du débat public, gagne en visibilité dans plusieurs pays européens. Le récent Remigration Summit (ReSum) organisé à Porto a illustré cette dynamique en réunissant des mouvements, intellectuels et responsables politiques venus de tout le continent autour d’une même question : comment organiser le retour des étrangers n’ayant pas vocation à demeurer en Europe ?
Les votes de Stockholm et de Strasbourg ne reprennent pas les propositions formulées lors du sommet portugais, ils témoignent cependant d’un changement de climat politique profond : ce qui était hier présenté comme impensable ou extrémiste devient progressivement matière à législation. La question n’est plus de savoir si les États européens vont renforcer leurs politiques de retour, mais jusqu’où ils sont prêts à aller.