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La police débordée, les commerçants priés de payer leur protection : bienvenue en anarcho-tyrannie

La France a mobilisé 60 000 policiers le 17 octobre. Résultat : près de 1 000 agents blessés, des milliers de commerces pillés et une facture qui pourrait dépasser le demi-milliard d’euros. Désormais, le préfet de police de Paris conseille aux commerçants de payer leurs vigiles. L’État apparemment défaillant ne manque pourtant pas toujours de moyens pour imposer sa volonté.

Richard Dalleau
23 octobre 2026 Modifié le 23 octobre 2026 à 16h38
4 min de lecture

En France, on paie des impôts pour être protégé, c’est la base du contrat social. Et lorsque la police ne protège plus, on paie des vigiles. C’est, en substance, la brillante solution qu’a proposée aux commerçants parisiens le préfet de police avant les manifestations du 24 octobre. Devant le tollé, la préfecture a rappelé que la sécurité relevait de l’État. Magnifique découverte : le Code de la sécurité intérieure le disait déjà. Reste à appliquer le texte, idéalement avant que les vitrines n’explosent.

Le 17 octobre, 60 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés. Le bilan officiel recense 2 397 interpellations et 997 policiers ou gendarmes blessés, dont sept grièvement. Au moins 3 000 commerces auraient été touchés, selon le gouvernement. La fondation IFRAP chiffre les dommages et pertes économiques entre 309 millions et 1,1 milliard d’euros, selon ses hypothèses. On comptait à ce stade à peine quelques centaines d’incarcérations ou de condamnations à la prison. Ces données judiciaires sont évidemment provisoires, elles sont surtout dérisoires face aux dizaines de milliers de casseurs d’ultragauche, connus comme le loup blanc des services de police, et de pilleurs montés des banlieues de l’immigration, qui ont mis à sac les grandes et petites villes de France.

Les forces de l’ordre n’ont pas forcément démérité ; elles ont été envoyées dans un dispositif que l’exécutif a lui-même fini par reconnaître sous-dimensionné. Le renseignement attendait 60 000 à 110 000 manifestants, avant de réévaluer le chiffre à 200 000 personnes. 550 000 manifestants ont finalement défilé, selon Beauvau, 800 000 selon les organisateurs.

60 000 agents et des rues abandonnées aux pillards

Des groupes mobiles ont pillé, loin des cortèges, des rues entières sans protection. Ce n’est pas seulement une question de fermeté : c’est une question d’anticipation, de commandement et de compétence. À ce degré de fiasco répété, l’hypothèse du laisser-faire politique ou d’une situation qu’on aurait laissé pourrir, mérite d’être posée. Si elle n’est pas démontrée, l’incapacité à agir correctement est documentée.

Pour l’acte IV des Gilets jaunes, le 8 décembre 2018, l’État annonçait 89 000 policiers et gendarmes, des blindés et des contrôles préventifs massifs : 1 723 interpellations pour 125 000 manifestants. En octobre 2026, face à une mobilisation plus de quatre fois supérieure, il n’en a engagé que 60 000. On a bien compris, du peuple en colère ou des bandes ethniques, qui faisait peur au régime macroniste.

Autre comparaison : en décembre 2025, à Bordes-sur-Arize, l’intervention destinée à faire abattre 208 bovins a mobilisé blindés et hélicoptère, pour un surcoût officiel de 380 000 euros. Il y avait certes eu des violences contre les gendarmes, mais l’État a su aller jusqu’au bout de sa décision.

Bienvenue en anarcho-tyrannie : une puissance publique capable de se montrer à la fois inflexible envers des administrés dociles et passive devant des bandes de pillards.

La doctrine du maintien de l’ordre, hantée depuis 1986 par la mort de Malik Oussekine, cherche à tout prix à éviter un drame humain parmi les manifestants. Elle ne saurait tenir lieu de stratégie face à ce qui s’apparente à une opération de guérilla urbaine massive, avec des razzias parfois organisées et coordonnées entre bandes ethniques, et des groupes d’ultragauche venus semer le chaos, dont les membres sont souvent venus de l’étranger. Pour eux, c’est le service minimum.

L’anarcho-tyrannie : un État fort contre les administrés, faible devant les pillages

Quant au commerçant qui envisagerait de se défendre, il découvre que la légitime défense existe, mais qu’elle est strictement encadrée. Protéger soi-même, son magasin peut donc lui coûter beaucoup plus qu’une nouvelle vitrine. Tout juste est-il donc autorisé à recourir à des sociétés de sécurité privée, que seules les plus grosses enseignes pourront s’offrir.

Loin de résoudre cette contradiction, Emmanuel Macron fait désormais mine de serrer la vis sur les manifestations, y compris pacifiques. L’addition est parfaite : les casseurs frappent, les commerçants règlent les dégâts et leur protection, puis les citoyens respectueux des règles subissent les restrictions. Le gouvernement dispose pourtant de moyens de police et de justice et son échec n’est pas une fatalité : il tient à l’usage qu’il en fait, à ses mauvaises prévisions et à ses arbitrages.

La Suisse connaît les blacks blocs : Genève, Berne ou Lausanne en ont fait l’expérience. Mais les troubles restent, à cette échelle, circonscrits. Les institutions, les polices cantonales et la vie démocratique continuent de fonctionner sans qu’une flambée nationale de pillages dicte l’agenda du pays. En France, après chaque catastrophe, le pouvoir annonce une enquête, une cellule de crise, un Numéro vert et davantage d’effectifs pour la prochaine fois. Le contribuable, lui, peut déjà réserver son vigile ou sa place aux urgences… s’il a la patience d’attendre des heures dans un couloir bondé.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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