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G7 : violences prévisibles à Genève ? Autorités naïves ou hypocrites vs casseurs léninistes

À l’approche du sommet du G7 à Évian, je vois se préparer un scénario que nous connaissons déjà : celui de manifestations présentées comme pacifiques mais dont chacun sait qu’elles risquent de dégénérer en violences massives.

Uli Windisch
4 mai 2026
4 min de lecture

Une période d’incertitude s’ouvre autour de Genève et même au niveau du Conseil fédé­ral avec l’annonce du som­met du G7 à Évian, pré­vu du 15 au 17 juin. La ques­tion cen­trale est désor­mais simple : faut-il auto­ri­ser ou inter­dire les mani­fes­ta­tions qui se pré­parent autour de cet évé­ne­ment ?

Car per­sonne n’est dupe. Tout le monde sait par­fai­te­ment que des mil­liers de mani­fes­tants vien­dront de dif­fé­rents pays avec, en arrière-plan, la haine du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé, le rejet de nos socié­tés occi­den­tales et la volon­té de trans­for­mer ce som­met en confron­ta­tion poli­tique et sym­bo­lique.

On nous expli­que­ra évi­dem­ment qu’il s’agit de défendre la liber­té de mani­fes­ter, dans le calme et la paix. Mais cha­cun sait aus­si que les risques de débor­de­ments et de vio­lences sont extrê­me­ment éle­vés. Les com­mer­çants, les habi­tants et tous ceux qui ont déjà vécu ce type d’événements savent très bien ce que cela peut coû­ter.

Genève garde encore le sou­ve­nir des grandes mani­fes­ta­tions liées à l’OMC en 1998, avec leur lot de des­truc­tions et de vio­lences. À l’époque, j’avais d’ailleurs par­ti­ci­pé, avec d’autres col­lègues, à une étude deman­dée par le Conseil d’État sur ces évé­ne­ments et sur les dif­fé­rentes formes de vio­lences col­lec­tives appa­rues lors de ces mobi­li­sa­tions.

Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est une cer­taine naï­ve­té per­sis­tante dans une par­tie du monde poli­tique et uni­ver­si­taire. On conti­nue à par­ler presque exclu­si­ve­ment de liber­té de mani­fes­ter, alors même que tout indique qu’une par­tie des groupes pré­sents vien­dra pré­ci­sé­ment dans une logique d’affrontement.

Il faut rap­pe­ler une réa­li­té rare­ment évo­quée : depuis des décen­nies, cer­tains milieux mili­tants orga­nisent de véri­tables for­ma­tions à la confron­ta­tion vio­lente avec les forces de l’ordre. Des sémi­naires, des stages, des pré­pa­ra­tions existent depuis long­temps dans les mou­vances dites « auto­nomes » ou alter­mon­dia­listes radi­cales. Tout cela ne sur­git pas spon­ta­né­ment.

Et pour­tant, une par­tie des experts conti­nue à rela­ti­vi­ser ou à jus­ti­fier ces vio­lences après coup. On entend tou­jours les mêmes dis­cours : ces jeunes seraient « dif­fé­rents », la vio­lence serait « théâ­tra­li­sée », elle consti­tue­rait par­fois une « étape de socia­li­sa­tion », voire l’expression d’un simple « besoin de cas­ser ».

Ce type d’analyse finit sur­tout par bana­li­ser des com­por­te­ments qui peuvent avoir des consé­quences très lourdes pour ceux qui les subissent concrè­te­ment.

La ques­tion devient d’autant plus sen­sible que la France, où se tient offi­ciel­le­ment le som­met à Évian, n’abordera pro­ba­ble­ment pas le pro­blème avec la même approche que la Suisse. Si Paris décide d’interdire cer­taines mani­fes­ta­tions et de mobi­li­ser mas­si­ve­ment les forces de l’ordre, les groupes les plus radi­caux pour­raient consi­dé­rer Genève comme une zone beau­coup plus per­mis­sive.

Or la Suisse ne dis­pose ni des mêmes moyens poli­ciers ni de la même culture d’intervention que l’État fran­çais.

Je pense donc qu’il n’y aurait rien de scan­da­leux à inter­dire cer­taines mani­fes­ta­tions lorsqu’il existe des risques sérieux de des­truc­tions mas­sives et de vio­lences orga­ni­sées. La liber­té de mani­fes­ter est évi­dem­ment un acquis fon­da­men­tal de la démo­cra­tie. Mais elle ne peut pas deve­nir un pré­texte per­met­tant de tolé­rer des scènes de chaos urbain, des pillages ou des attaques contre les forces de l’ordre.

Ce qui me paraît sur­tout dan­ge­reux aujourd’hui, c’est l’hypocrisie consis­tant à faire comme si per­sonne ne pou­vait pré­voir ce qui risque d’arriver. Beau­coup savent par­fai­te­ment que les pro­ba­bi­li­tés de vio­lences sont éle­vées, mais peu osent le dire clai­re­ment à l’avance.

Je pense au contraire qu’il faut envoyer un signal de fer­me­té dès main­te­nant. Les auto­ri­tés doivent mon­trer qu’elles ne tolé­re­ront ni des­truc­tions ni vio­lences sous cou­vert de mili­tan­tisme poli­tique.

Car lorsque des com­mer­çants, des habi­tants ou des tra­vailleurs vivent plu­sieurs jours dans la peur d’être van­da­li­sés ou agres­sés, ce sont eux qui paient concrè­te­ment le prix de cette pré­ten­due « tolé­rance ».

Il devient urgent de sor­tir d’une forme de naï­ve­té idéo­lo­gique et d’assumer une véri­table res­pon­sa­bi­li­té poli­tique face à ce qui pour­rait se pro­duire autour du G7 d’Évian.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et ancien professeur de l’Université de Genève, Uli Windisch est né en 1946 à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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