vendredi 14 août 2026
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Délégué au numérique : le recrutement que Genève préfère ne pas expliquer

Offre d'emploi publiée en pleine trêve des confiseurs, profil sans bagage technique, condamnation pénale connue du département avant l'embauche : la nomination du nouveau délégué au numérique du canton cumule les zones d'ombre, et le DIN de Carole-Anne Kast se refuse à toute explication. Souveraineté Suisse saisira le Conseil d'État pour exiger le réexamen de ce choix – et, faute de réponse, portera le dossier devant la Cour des comptes.

Les Observateurs (la rédaction)
3 min de lecture

Le 25 juin, l’État de Genève annonçait par communiqué la nomination de Grégoire Barbey, journaliste au Temps depuis plus de treize ans, au poste de délégué au numérique du canton. Expertise « pointue et reconnue », « sens du dialogue », « parfaite maîtrise des rouages institutionnels » : le Département des institutions et du numérique (DIN) de Carole-Anne Kast ne tarissait pas d’éloges. Six semaines plus tard, le même département se mure dans le silence. Entre-temps, la presse a parlé.

Ce que le communiqué taisait

Ce que le communiqué ne disait pas, le journaliste indépendant Thibaud Mabut l’a mis au jour, et Blick comme 24 heures l’ont confirmé : le futur délégué a été condamné pour des faits s’apparentant à du cyberharcèlement contre son ex-compagne – des centaines de messages et d’appels en 2012 et 2013, des menaces de s’en prendre à sa réputation professionnelle. Le Tribunal fédéral a confirmé le verdict en 2018 : dommages à la propriété, injures, menaces qualifiées, contrainte ; six mois ferme, douze avec sursis.

Le DIN savait. Il l’admet, assure avoir « vérifié le dossier », puis s’arrête là. Comment ce passé a-t-il été pesé ? Quel risque le canton a-t-il évalué pour son image ? Interrogé, le département ne répond pas. L’intéressé non plus, qui invoque sa vie privée et son droit à l’oubli. Ce droit existe, et personne de sensé ne conteste qu’une peine purgée ouvre celui de refaire sa vie. Mais il y a une marge entre retrouver un emploi et se voir confier l’incarnation publique de l’éthique numérique d’un canton – vote électronique, identité numérique, protection des données, cybersécurité. Un homme condamné pour avoir harcelé une femme au moyen, précisément, des outils numériques : c’est ce nœud-là que le département devait dénouer devant les citoyens. Il a choisi de ne pas essayer.

Le calendrier du recrutement n’aide pas à dissiper le malaise. Mise au concours publiée le 23 décembre 2025, entre le sapin et les feux d’artifice. Poste vacant dès mars, intérim confié au secrétaire général adjoint. Annonce fin juin, à la veille des vacances, pour une prise de fonction au 1er septembre. Rien d’illégal dans tout cela, mais quand on veut le plus large vivier de candidats pour un poste stratégique, on ne publie pas l’offre pendant la trêve des confiseurs.

Commenter n’est pas piloter

Restait la question du profil, que Souveraineté Suisse avait soulevée dès juillet : faut-il être informaticien pour diriger le numérique de l’État ? Pas nécessairement. Mais comme le rappelle justement Souveraineté Suisse, commenter la transition numérique et la piloter sont deux métiers, et la principale caution intellectuelle avancée par le canton – l’ouvrage Notre si précieuse intégrité numérique (2021) – doit beaucoup à son co-auteur, l’avocat Alexis Roussel. L’association avait du reste adressé à M. Barbey, en août 2025, une tribune sur la dépendance de Genève envers les architectures numériques étrangères, cœur de sa future mission. Elle attend encore une réponse.

Un mot, enfin, sur la cohérence. En juillet, la Chambre constitutionnelle suspendait la loi genevoise sur les tenues de bain, que Carole-Anne Kast avait combattue en dénonçant une « violation crasse des droits et des libertés des femmes ». Qu’on partage ou non ce combat, il oblige : une magistrate aussi vigilante sur les droits des femmes ne peut pas, sans un mot, installer à un poste d’incarnation publique un homme condamné pour harcèlement et contrainte envers l’une d’elles.

Souveraineté Suisse saisira le Conseil d’État pour demander le réexamen de cette nomination et la publication des critères qui ont fondé ce choix. Faute de réponse, l’association se réserve de porter le dossier devant la Cour des comptes. L’État de Genève n’a pas à justifier chacune de ses embauches. Celle-ci, si.

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