Meurtre de Brandon : des multirécidivistes étaient déjà dans le viseur de Thônex
Trois ans après le meurtre de Brandon à Thônex, son assassin mineur a été condamné. Le drame n’avait pourtant rien d’un coup de tonnerre dans un ciel calme : la commune avait déjà alerté à propos de jeunes multirécidivistes connus de la police.
Le verdict est tombé, mais la peine restera secrète. Le Tribunal des mineurs a reconnu coupable de meurtre le ressortissant suisse qui, à 16 ans, avait poignardé Brandon, 18 ans, le 28 mai 2023 à Thônex. La légitime défense a été écartée : après une altercation, l’adolescent avait frappé Brandon au flanc alors que celui-ci lui tournait le dos. Un comportement bien peu helvétique. Brandon, qui rentrait avec sa compagne enceinte, avait réussi à rejoindre son immeuble avant de mourir. Son meurtrier devra verser 120 000 francs à ses proches au titre du tort moral.
Si le drame avait choqué Genève, il n’était pourtant pas tombé du ciel. Six mineurs avaient été interpellés. Lors d’une marche blanche organisée après ce meurtre, une participante assurait que « ça fait des années qu’on sait que cette équipe [ndlr : le groupe d’adolescents qui s’en est pris à Brandon] fout le boxon et on ne fait rien ». Surtout, deux jours après le drame, le Conseil administratif de Thônex dénonçait les violences commises depuis plusieurs mois par une quinzaine de jeunes connus des forces de l’ordre, une bande de racailles, en somme. Patrouilles, contrôles et prévention n’avaient pas suffi. L’exécutif jugeait que le dispositif cantonal avait atteint ses limites et pointait des « jeunes multirécidivistes » toujours en liberté malgré leur pedigree chargé.
Les chiffres ont ensuite donné du poids à l’alerte : à Thônex, les rixes et agressions sont passées de sept cas en 2022 à 56 en 2023. La commune reliait une partie de cette flambée aux jeunes récidivistes.
Rien ne permet toutefois d’affirmer que l’assassin de Brandon avait lui-même déjà été condamné. Le précédent genevois des Charmilles montre en revanche jusqu’où la récidive et le laxisme judiciaire peuvent mener. En 2017, un adolescent de 16 ans avait participé au tabassage de deux passants à Saint-Jean. Condamné par la justice des mineurs, il était pourtant libre deux ans plus tard pour tuer un homme d’un coup de couteau aux Charmilles. Son avocat a rapporté qu’il lui avait ensuite confié qu’une réponse plus sévère aurait peut-être empêché la récidive.
À Thônex, l’alarme avait donc retenti. Trois ans plus tard, le jugement laisse entière la question posée par la mort de Brandon : que fait-on des mineurs violents lorsque prévention, police et justice savent déjà qu’ils posent problème ?