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Corruption et criminalité au sein de l’UE : 67,3 milliards de fraudes

À travers plusieurs affaires révélées ces dernières années, je vois apparaître une réalité dont on parle très peu en Suisse : celle d’une Union européenne traversée par des réseaux d’influence, des scandales financiers et des formes de corruption à très grande échelle.

Uli Windisch
2 mai 2026
3 min de lecture

Je vou­drais reve­nir sur une enquête par­ti­cu­liè­re­ment mar­quante du jour­na­liste Ian Hamel, publiée dans l’hebdomadaire fran­çais Valeurs actuelles. Elle met en lumière un degré de cor­rup­tion et de cri­mi­na­li­té au sein de l’Union euro­péenne qui devrait sus­ci­ter un immense débat public, y com­pris en Suisse.

On parle ici de dizaines de mil­liards liés à des affaires de cor­rup­tion et de cri­mi­na­li­té éco­no­mique. Des mil­liers de dos­siers d’enquête seraient actuel­le­ment en cours au niveau euro­péen. Pour­tant, ces réa­li­tés res­tent lar­ge­ment absentes du débat média­tique suisse, alors même que cer­tains milieux poli­tiques conti­nuent de pré­sen­ter l’Union euro­péenne comme un modèle poli­tique et moral incon­tes­table.

L’affaire la plus connue reste évi­dem­ment celle du « Qatar­gate », impli­quant notam­ment des soup­çons de cor­rup­tion autour du Qatar et de cer­taines per­son­na­li­tés du Par­le­ment euro­péen. Mais lorsqu’on regarde ces dos­siers de plus près, on découvre des réseaux d’influence beau­coup plus vastes que ce qui a été pré­sen­té au départ.

Je pense notam­ment au rôle d’organisations issues du monde isla­mique qui dis­posent de moyens finan­ciers consi­dé­rables pour exer­cer une influence cultu­relle, poli­tique et idéo­lo­gique en Europe. Cer­taines struc­tures dis­posent de bud­gets extrê­me­ment impor­tants et pour­suivent expli­ci­te­ment des objec­tifs de dif­fu­sion de l’islam poli­tique dans les socié­tés occi­den­tales.

Or ces sujets res­tent qua­si­ment tabous dans une par­tie du débat public euro­péen. Toute cri­tique est immé­dia­te­ment expo­sée au soup­çon « d’islamophobie », terme deve­nu selon moi un ins­tru­ment de neu­tra­li­sa­tion du débat.

L’exemple de Eva Kai­li reste par­ti­cu­liè­re­ment révé­la­teur. Des cen­taines de mil­liers d’euros en liquide auraient été retrou­vés dans son entou­rage dans le cadre de l’enquête sur le Qatar­gate. Pour­tant, mal­gré l’ampleur du scan­dale, beau­coup donnent aujourd’hui l’impression de vou­loir tour­ner rapi­de­ment la page.

Autre affaire signi­fi­ca­tive : celle de Fede­ri­ca Moghe­ri­ni, citée dans plu­sieurs contro­verses liées à des accu­sa­tions de fraude et de cor­rup­tion. Là encore, ces affaires ali­mentent un cli­mat géné­ral de défiance à l’égard des ins­ti­tu­tions euro­péennes.

Ce qui me frappe sur­tout, c’est le déca­lage entre cette réa­li­té et le dis­cours extrê­me­ment mora­li­sa­teur tenu par cer­tains euro­philes. Toute cri­tique de l’Union euro­péenne est immé­dia­te­ment pré­sen­tée comme popu­liste, extré­miste ou irra­tion­nelle, alors même que les scan­dales s’accumulent depuis des années.

Pour ma part, je reste favo­rable à une Europe des nations et à une coopé­ra­tion étroite entre pays euro­péens, notam­ment sur le plan éco­no­mique. Mais cela ne signi­fie abso­lu­ment pas qu’il faille accep­ter une inté­gra­tion poli­tique tou­jours plus pous­sée dans des struc­tures qui donnent par­fois le sen­ti­ment d’échapper à tout véri­table contrôle démo­cra­tique.

Je pense au contraire que la Suisse doit conser­ver ses dis­tances et pré­ser­ver son indé­pen­dance ins­ti­tu­tion­nelle. Les nou­veaux accords avec l’Union euro­péenne sont pré­sen­tés comme de simples ajus­te­ments tech­niques, alors qu’ils impliquent en réa­li­té des trans­ferts crois­sants de sou­ve­rai­ne­té vers des ins­ti­tu­tions dont les dérives deviennent de plus en plus visibles.

Il devient urgent que les Suisses regardent luci­de­ment ce qui se passe réel­le­ment au sein de l’Union euro­péenne, au-delà du dis­cours offi­ciel et des slo­gans euro­péistes.

Uli Windisch
Uli Windisch

Sociologue, essayiste et ancien professeur de l’Université de Genève, Uli Windisch est né en 1946 à Crans-Montana. Spécialiste des médias, de la communication et des phénomènes migratoires, il s’est fait connaître par ses travaux sur le langage politique, la démocratie directe suisse et les mécanismes du « prêt-à-penser » médiatique. Auteur de nombreux essais, parmi lesquels Le Prêt-à-penser, Le Modèle suisse ou La Suisse brûle, il défend une approche critique du conformisme idéologique et du traitement médiatique des questions sensibles. Il est également le fondateur du média suisse LesObservateurs.ch

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