F-35, Patriot : armasuisse veut s’émanciper de Washington… avec sa permission
Échaudée par ses déboires avec le F-35 et les Patriot, armasuisse veut négocier directement avec les fabricants américains. Son directeur dénonce des litiges sans recours et des retards sans pénalités. Reste un détail : Washington doit encore autoriser la manœuvre.
« Des pièges considérables » : voilà le diagnostic que porte désormais armasuisse sur les achats d’armement aux États-Unis. Dans l’article de Watson du 28 octobre, Urs Loher, directeur de l’office, annonce vouloir traiter directement avec les fabricants plutôt que par l’intermédiaire du gouvernement américain, comme quoi on finit par apprendre de ses erreurs.
Le programme Foreign Military Sales (FMS) offrait pourtant une séduisante formule « tout compris » : économies d’échelle, négociations simplifiées. Son revers ? En cas de différend, pas de juridiction compétente, en cas de retard, généralement aucune pénalité. Le prétendu « prix fixe » des F-35 a illustré les limites du dispositif. Les « rectifications » du DDPS aux médias sceptiques ont, elles aussi, mal vieilli.
Les délais, eux, se comptent en années. Les cinq unités de tir Patriot commandées par la Suisse accusent cinq à sept ans de retard et des systèmes initialement destinés à Berne iront finalement à l’Allemagne. La Confédération espère récupérer une partie des acomptes, supérieurs à un milliard de francs. Combien, quand ? Mystère. Pour préserver ses autres commandes, elle avait déjà avancé près de 500 millions de francs aux États-Unis. Voilà un acheteur qui paie d’abord et découvre ensuite que ses moyens de pression se sont envolés avec ses millions.
Armasuisse veut maintenant court-circuiter l’intermédiaire. Problème : Washington devra donner son feu vert aux achats directs. Pour les F-35, cette voie est exclue et, pour les Patriot, elle ne concernerait que certains composants. Berne espère donc s’émanciper du gouvernement américain… à condition que ce dernier l’y autorise. Dans le meilleur des cas, il s’agira donc plus d’une autorisation de sortie le samedi après-midi que d’une émancipation complète.
En attendant, le recours à un deuxième bouclier antiaérien est à l’étude. La diversification ne supprimera pas les acomptes exigés pour réserver des capacités de production sur un marché saturé. Elle permettrait au moins d’éviter qu’un seul État décide du tarif, de la livraison et du recours possible. À force d’acheter sa sécurité à Washington, la Suisse en découvre le prix politique.
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