Abattage rituel : le bien-être animal à géométrie variable
La conseillère nationale UDC Nina Fehr Düsel veut interdire l’importation de viande d’animaux égorgés sans étourdissement. Ses soutiens hors de l’UDC se sont retirés en quelques jours, rejouant un dilemme que la Suisse traîne depuis 1893 et que l’Europe n’a jamais tranché.
Les sociétés européennes, qui légifèrent sur la taille des cages et le gavage des oies, tolèrent encore en 2026 qu’un bovin soit saigné en pleine conscience pourvu que le geste relève d’un rite. En Suisse, où la production de foie gras est interdite depuis plus de quarante ans, la gauche et les Vert’libéraux défendent une initiative qui en bannirait aussi l’importation, alors que la viande casher et halal, dont la production est tout aussi interdite, continue d’être importée.
Interdit ici, importé d’ailleurs
La loi interdit d’abattre un mammifère sans l’étourdir, mais réserve expressément l’importation de viande casher et halal (LPA, art. 14). C’est cette exception que vise la motion 26.4305, déposée le 29 septembre : pour son auteure, l’importation revient à contourner l’interdit (Watson). Les élus vert’libéraux, centristes et libéraux-radicaux qui l’avaient cosignée se sont pourtant désistés dès qu’on y a vu une atteinte à la liberté religieuse (Blick). La mesure frapperait d’abord les juifs, la cacherout excluant l’étourdissement que beaucoup de musulmans acceptent, et la Fédération suisse des communautés israélites estime qu’elle rendrait la vie juive impossible dans la Confédération.
Un combat plus ancien que l’UDC
L’interdiction remonte à la première initiative populaire acceptée, le 20 août 1893, par 60,1 % des votants. Lancée par les défenseurs des animaux (Cèdres Formation), elle a aussi profité d’un climat antisémite, ce que les communautés juives rappellent à chaque débat (Dictionnaire historique de la Suisse). En 2001, le Conseil fédéral a voulu l’assouplir, mais devant une consultation presque unanimement hostile, Pascal Couchepin y a renoncé « dans l’intérêt de la paix confessionnelle », l’importation étant en contrepartie inscrite dans la loi (swissinfo). L’UDC ne s’en est saisie qu’en 2016, par une interpellation du Valaisan Jean-Luc Addor, l’année même où le Conseil fédéral jugeait qu’un double interdit, production et importation, restreindrait de façon disproportionnée la liberté de croyance.
L’Europe divisée
Le droit européen tolère une dérogation religieuse à l’étourdissement, que les États peuvent abolir selon la Cour de justice de l’UE (2020) puis la Cour européenne des droits de l’homme (2024). La Norvège (1929), la Suède (1937), l’Islande, le Danemark, la Slovénie, la Flandre et la Wallonie n’en accordent plus. Au Danemark, le ministre social-démocrate Dan Jørgensen l’a supprimée en faisant primer le droit des animaux sur la religion (FDA), tandis qu’à Bruxelles le PS, qui avait voté l’interdiction en Wallonie (GAIA), la bloque au nom de la « cohésion sociale » (BX1).
Hors d’Europe, l’exemple le plus connu est la Nouvelle-Zélande, qui a proscrit l’abattage casher en 2010 avant de le rétablir pour les volailles dès novembre (Otago Daily Times). En Suisse, le Conseil fédéral doit maintenant répondre à la motion, que le groupe UDC n’a pas encore examinée (Blick).
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