À Genève, Animatou déroule le film d’un siècle d’animation suisse
Du 1er au 10 octobre, le festival Animatou célèbre à Genève le cinéma d’animation mondial, mais réserve une place de choix à la création helvétique. Entre pionniers, écoles d’art et jeunes auteurs, le festival raconte aussi un siècle d’animation suisse.
Pendant dix jours, Animatou transforme Genève en capitale romande du cinéma d’animation. Du 1er au 10 octobre, la 21e édition investit l’Alhambra, le Spoutnik, les Cinémas du Grütli, la HEAD ou encore le Musée de Carouge, avec compétitions, ateliers, réalité virtuelle et séances scolaires, comme le détaille la programmation 2026. Au milieu d’œuvres venues du monde entier, le festival réserve surtout une place centrale à la création suisse, également mise en avant dans la présentation de cette édition par la RTS.
Le samedi 3 octobre lui est consacré. Organisée avec Swissanimation, la Journée suisse du cinéma d’animation réunit les hautes écoles d’art et de cinéma, des rencontres professionnelles et, le soir, la compétition nationale. Quinze courts métrages sont alors en lice pour deux prix. La sélection mêle notamment Singularity de Marjolaine Perreten, Nonna Lucia de Marcel Barelli, Keep on Spinning de Christina Benz et Le Portrait de Dorian Gray de Georges Schwizgebel.
Ce dernier fournit presque à lui seul le raccord avec l’histoire. Cofondateur du Groupement suisse du film d’animation en 1968, le Genevois présente une nouvelle adaptation muette d’Oscar Wilde. Le film, réalisé à l’acrylique sur cellulo, est déjà passé cette année par Zagreb, Annecy, Fantoche et Ottawa. Sa fiche Swiss Films et la filmographie de Schwizgebel permettent de mesurer la continuité d’une œuvre qui accompagne depuis plusieurs décennies l’animation suisse.
Cette tradition ne commence d’ailleurs pas avec Schwizgebel. Swissanimation fait remonter son histoire à 1921 avec Histoire de Monsieur Vieux Bois, adaptation d’une histoire en images du Genevois Rodolphe Töpffer. La Cinémathèque suisse, qui a restauré le film en 4K, le présente comme un jalon majeur des débuts de l’animation européenne. En 2021, le GSFA avait d’ailleurs célébré officiellement les cent ans du cinéma d’animation suisse.
Une autre étape décisive arrive en 1968. Nag et Gisèle Ansorge, Bruno Edera, Georges Schwizgebel, Claude Luyet et Daniel Suter fondent le Groupement suisse du film d’animation pour fédérer une création jusque-là dispersée. Cette histoire est aujourd’hui retracée par Swissanimation. Les Ansorge ont notamment imposé une animation de sable devenue l’une des signatures du cinéma helvétique : une partie de leur œuvre restaurée est toujours présentée dans la Collection Ansorge.
Animatou ne se contente pas de commémorer cette tradition : il organise sa transmission. Depuis 2008, le festival collabore avec la HEAD – Genève pour faire réaliser ses bandes-annonces par des étudiants. L’atelier 2026 est dirigé par l’artiste Raman Djafari et ses productions sont projetées avant les compétitions. Cette année, le festival ajoute une rencontre consacrée aux écoles suisses d’art et de design. Entre Schwizgebel, toujours en compétition, et les étudiants qui fabriquent les images d’ouverture, la filiation devient presque littérale.
Le grand rendez-vous national du film d’animation reste pourtant le festival Fantoche, à Baden, dont la Compétition suisse existe depuis 2009 pour offrir une vitrine internationale aux productions helvétiques. Animatou occupe un autre terrain : plus romand, très ancré dans Genève et fortement tourné vers l’éducation à l’image. Le festival revendique 21 ans de travail pédagogique et organise cette année des compétitions scolaires dès quatre ans. Son dispositif éducatif fait même des élèves des jurés appelés à voter pour leurs films préférés.
Deux œuvres de la compétition permettent enfin de voir cette diversité plutôt que de seulement la raconter. Keep on Spinning, de Christina Benz, mêle documentaire et animation de sable, technique qui fait directement écho à l’héritage des Ansorge. Sa bande-annonce en français est disponible en ligne, tandis que Swiss Films en détaille la production. Nonna Lucia, de Marcel Barelli, travaille au contraire en stop motion autour des objets laissés par la grand-mère du réalisateur ; sa bande-annonce officielle accompagne le film sur le site de l’auteur.
Un pionnier de 1921, les expérimentateurs des années 1960, Schwizgebel toujours à l’œuvre et une nouvelle génération formée dans les écoles suisses : Animatou offre ainsi davantage qu’un panorama de nouveautés. Il montre qu’en Suisse, l’animation est à la fois riche d’une tradition qui se nourrit d’une histoire longue et suffisamment vivante pour continuer à la transformer, image par image.
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