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Un pilote, un cinéaste, un canton : À tombeaux ouverts roule valaisan

À 84 ans, Roger Rey reprend le volant. Huit ans plus tard, l’aventure devient un documentaire sur l’amour, le deuil et l’envie de rester vivant. Derrière À tombeaux ouverts, en salles le 30 septembre, il y a surtout une histoire très valaisanne : un pilote de Sierre, un réalisateur du cru et une production solidement ancrée dans le canton.

Richard Dalleau
26 septembre 2026
5 min de lecture

Il fallait sans doute être Valaisan pour suivre pendant huit ans un autre Valaisan décidé, à 84 ans, à remettre un casque et à reprendre sa licence de pilote. Après avoir longtemps cherché ses personnages au bout du monde, de l’Himalaya à l’Afrique, Gaël Métroz a trouvé celui-ci dans un garage de Sierre : Roger Rey, ancien pilote, constructeur de monoplaces et figure de cette Suisse mécanique qui, faute de circuits, courait sur les routes de montagne.

Le point de départ d’À tombeaux ouverts tient de la comédie. En 2018, Marylou, l’épouse de Roger, lui suggère de reprendre la compétition : il a 84 ans, sa voiture en a quarante, et Métroz commence à filmer. Puis le récit change de braquet lorsque Marylou tombe malade et meurt, après avoir demandé à Roger de participer une dernière fois à Saint-Ursanne–Les Rangiers. Le film devient alors une histoire de vieillesse, d’amitié, de fidélité et de deuil, avec quelques chevaux sous le capot pour éviter que tout cela ne ronronne dans les bons sentiments.

Roger Rey avait déjà vécu plusieurs vies automobiles avant que la caméra ne s’installe auprès de lui. Né à Sierre en 1934, il a accumulé plus de 950 courses, couru contre Niki Lauda et Alain Prost, côtoyé Jo Siffert, remporté en 1961 le Rallye du Vin et construit ses propres monoplaces.

Au début des années 1960, alors qu’une carrière de coureur professionnel s’ouvrait à lui, il a pourtant préféré acheter une maison pour sa famille et garder la compétition comme passion. Le choix a moins d’allure qu’un podium à Monza, mais il éclaire le personnage que filme Métroz : comme le raconte Générations, Roger Rey roule surtout parce que cela le maintient en mouvement, malgré les deuils et le vieillissement.

Un film valaisan jusqu’au bout du générique

Le film est aussi valaisan derrière la caméra que devant. Originaire de Liddes, Gaël Métroz produit avec EPYC Films, basée à Sion, qui se présente comme une maison créée « au cœur des Alpes » ; la scénariste et productrice Laura Garcia Broto, Barcelonaise d’origine, vit et travaille elle aussi en Valais. Même le lancement reste au pays, à Sierre et à Sion, avant que le film ne poursuive sa route en Suisse romande.

Quant au générique, il ressemble à un tour du canton. Aux côtés de la RTS, de l’Office fédéral de la culture, de Cinéforom, de la Loterie romande ou du Fonds culturel Suissimage figurent la Ville et la Bourgeoisie de Sierre, le Service de la culture du canton du Valais, plusieurs communes d’Entremont, des banques Raiffeisen locales, Anzère Tourisme ou Swiss Wine Valais. Cette liste de partenaires montre un cinéma régional capable de mobiliser à la fois les institutions nationales et un réseau très local : À tombeaux ouverts a beau être une coproduction suisse et belge, son ADN porte clairement les plaques VS.

Soixante-dix ans à prendre des routes de traverse

À tombeaux ouverts raconte enfin, en passant, une page très suisse de l’histoire automobile. L’interdiction des courses de vitesse sur circuit, héritée de 1955, n’a été levée que le 1er juillet 2026, et Roger Rey appartient pleinement à cette longue parenthèse helvétique, celle des Rangiers, de Sierre-Montana et d’Ayent-Anzère, où la montagne offrait aux pilotes suisses le terrain de jeu que la loi leur refusait sur circuit.

Le calendrier fait bien les choses : Roger Rey arrive sur les écrans trois mois après la fin de cette interdiction historique, alors qu’Auto Sport Suisse étudie déjà la faisabilité d’un circuit permanent et évoque même, à l’horizon 2036 et au-delà, l’hypothèse lointaine d’un Grand Prix de Formule 1. Le vieux pilote sierrois, lui, n’a pas attendu que le droit suisse se décide à repasser la seconde.

Il serait pourtant dommage de réduire À tombeaux ouverts à un documentaire pour amateurs de cambouis, car la voiture y sert surtout à parler du temps qui reste et de ce qu’on décide d’en faire. Chez Roger Rey, la réponse passe par un volant, des amis, un vieux moteur récalcitrant et une promesse faite à Marylou, et la bande-annonce lui prête la meilleure chute possible :

« Ce n’est pas parce qu’on a un pied dans la tombe que l’autre doit appuyer sur le frein. »

Où voir le film

Le film sort en salles le 30 septembre, mais plusieurs avant-premières et séances spéciales l’entourent en Suisse romande, la plupart en présence de Gaël Métroz :

  • Samedi 26 septembre à 17 h 30, à Delémont, au Cinémont : avant-première en présence du réalisateur, suivie d’un échange avec le public.
  • Samedi 26 septembre à 20 h, à Porrentruy, au Cinémajoie : avant-première en présence du réalisateur, suivie d’un échange avec le public.
  • Dimanche 27 septembre à 20 h, à Sion, au cinéma Lux : avant-première en présence du réalisateur.
  • Mardi 29 septembre à 18 h, à Lausanne, au Pathé Les Galeries : avant-première en présence du réalisateur et de Palliative Vaud.
  • Mercredi 30 septembre à 20 h, à Genève, au cinéma Les Scala : séance spéciale de sortie, suivie d’un échange avec le réalisateur.
  • Jeudi 1er octobre à 18 h, à Neuchâtel, chez Cinepel : projection en présence du réalisateur.
  • Vendredi 2 octobre à 18 h, à Martigny, au cinéma Corso.
  • Lundi 5 octobre à 20 h 15, à Morges, au cinéma Odéon : ciné-rencontre en présence du réalisateur.
  • Jeudi 15 octobre à 18 h, à Martigny, au cinéma Corso : projection en présence du réalisateur.
Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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