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Défendre la Suisse est-il devenu une « croyance » ?

En Suisse, en 2026, analyser le système monétaire et citer Nicolas de Flüe suffit désormais à déclencher l'intérêt d'un observatoire des « croyances » subventionné par vos impôts. Non, ce n'est pas une satire : c'est l'exact courriel que je viens de recevoir d'un organisme parapublic genevois. Quand la défense de la souveraineté nationale quitte le terrain de la démocratie directe pour être traitée comme une pathologie ou une dérive ésotérique par la sociologie d'État, un seuil intolérable est franchi. Voici comment l'argent du contribuable est discrètement détourné pour ficher la dissidence citoyenne – tout en fermant les yeux sur les vrais lobbies de pouvoir.

Ludovic Malot
2 octobre 2026
6 min de lecture

En Suisse, la démocratie directe repose sur un principe fondateur que le monde entier nous envie : la souveraineté réside dans le peuple, et chaque citoyen est libre de s’organiser, de débattre et de contester les choix économiques ou diplomatiques de l’État sans subir d’intimidation administrative.

Pourtant, une dérive insidieuse s’est installée dans le paysage institutionnel romand. À l’insu de la plupart des contribuables, des organismes parapublics détournent progressivement leur mission statutaire pour se muer en observatoires d’opinion et en instruments de relégation idéologique. Le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), basé à Genève, financé notamment par les cantons de Genève et de Vaud et présidé par François Bellanger, en fournit aujourd’hui l’illustration caricaturale. Près d’un demi-million de francs de fonds publics est alloué chaque année par les parlements cantonaux pour entretenir une structure qui en vient aujourd’hui à surveiller les initiatives citoyennes et les références à Frère Klaus.

À l’origine, le mandat confié à cette fondation de droit public était circonscrit : apporter un éclairage neutre sur les dérives sectaires avérées, prévenir les abus d’emprise psychologique ou financière, et documenter le paysage religieux helvétique. Or, un cap a été franchi. Sous couvert de travaux académiques sur « les représentations de la souveraineté », le CIC s’emploie désormais à scruter, cataloguer et ficher les mouvements citoyens engagés dans la défense de la neutralité suisse et de la démocratie directe.

Le mode opératoire est révélateur. Lorsqu’une association civique comme Souveraineté Suisse organise le débat démocratique, milite pour l’initiative populaire sur la neutralité et propose des analyses macroéconomiques sur le système monétaire et bancaire, elle ne reçoit pas la contradiction d’un contradicteur politique sur l’agora. Non : elle reçoit une sollicitation du CIC.

Le chercheur mandaté s’y étonne candidement que des citoyens s’intéressent à l’architecture bancaire dans son rapport à la souveraineté nationale, et pousse la stupéfaction jusqu’à pointer du doigt la mobilisation sur notre site de la figure de Saint Nicolas de Flüe.

Il faut mesurer la gravité et le ridicule d’une telle posture : en Suisse romande, en 2026, évoquer Nicolas de Flüe – le médiateur du Convenant de Stans de 1481, le père tutélaire de la paix confédérale et de la non-ingérence étrangère, gravé dans le marbre de notre histoire nationale – suffit désormais à déclencher l’attention d’un centre de veille sur les « croyances » et les dérives potentielles. L’analyse économique de la création monétaire et de la dette publique, pourtant au cœur des débats constitutionnels helvétiques depuis des décennies, est elle aussi insidieusement déplacée du terrain de la science économique vers celui de la « croyance » ou de la « conspiritualité ».

Ce mécanisme d’éviction démocratique répond à une règle de propagande moderne que Noam Chomsky décrivait avec une précision chirurgicale :

« Le moyen le plus efficace de maintenir les gens passifs et obéissants est de limiter strictement le spectre des opinions acceptables, tout en permettant un débat très vif au sein de ce spectre. »

En classant la défense stricte de la souveraineté et la remise en cause des dogmes monétaires en dehors du « spectre acceptable », le CIC s’assure de neutraliser le fond du débat sans jamais y répondre.

Car ce déplacement n’a rien d’innocent. En transférant des revendications d’économie politique et de droit constitutionnel vers le registre des croyances ésotériques ou des obsessions marginales, l’institution applique la méthode dénoncée par le psychiatre et philosophe Thomas Szasz :

« Dans le passé, les hommes créaient des sorcières : aujourd’hui, ils créent des déviants mentaux. L’institutionnalisation de la déviance n’a pas pour but de soigner le malade, mais de protéger la société contre les idées qui la dérangent. »

Autrefois, le pouvoir réprimait par la force ; aujourd’hui, la sociologie institutionnelle pathologise la dissidence. On ne réfute plus un argument sur la neutralité ou sur les banques centrales : on l’étudie comme un « symptôme », une superstition ou une manifestation de crédulité civique. C’est l’illustration exacte de ce que Michel Foucault identifiait dans ses analyses des technologies du pouvoir :

« Le pouvoir ne s’exerce pas seulement par l’interdiction, mais par la production de savoir, la catégorisation et l’attribution d’étiquettes qui disqualifient le sujet parlant avant même qu’il n’ait pu se faire entendre. »

Mais ce qui rend le rôle de cette organisation financée par l’argent public proprement intolérable, c’est son criant « deux poids, deux mesures » et l’ampleur de ses angles morts.

Pendant que le CIC dépense le budget des contribuables à traquer l’héritage de Frère Klaus chez des associations citoyennes indépendantes, où sont ses dossiers d’information sur les véritables idéologies politico-religieuses qui façonnent et influencent la politique suisse au sommet même de l’État ?

Où sont les études du CIC sur l’influence déterminante du sionisme politique et du messianisme géopolitique dans notre pays ? Il ne s’agit pas ici de croyances diffuses, mais de réseaux d’influence actifs, structurés et documentés, capables de peser sur la politique étrangère, l’armée et les grands médias. Comme l’a révélé l’enquête de Rafael Lutz dans Les Réseaux de l’OTAN en Suisse, ce sont ces mêmes relais – incarnés notamment par la fondation Audiatur, par d’anciens dirigeants de presse comme Sacha Wigdorovits et par des parlementaires fédéraux de premier plan – qui ont méthodiquement torpillé la doctrine des bons offices suisses. Ce sont eux qui ont orchestré la chute brutale de diplomates chevronnés comme Jean-Daniel Ruch au moyen de dossiers compromettants opportunément transmis au Blick, afin de verrouiller la direction du Secrétariat d’État à la politique de sécurité (SEPOS) et d’aligner définitivement Berne sur les doctrines guerrières atlantistes et israéliennes.

Ce sont encore ces mêmes cercles qui détruisaient politiquement le maire de Baden Geri Müller pour ses critiques de la colonisation. Ce sont enfin des courants évangéliques sionistes ultra-conservateurs, très présents dans certains partis politiques suisses, qui professent ouvertement une lecture eschatologique de la politique proche-orientale pour justifier des choix géopolitiques radicaux.

Face à ces pressions idéologiques et religieuses bien réelles, qui minent la neutralité séculaire de la Confédération et s’exercent au cœur des palais fédéraux, le CIC garde un silence assourdissant. Jamais il n’y consacre le moindre colloque, la moindre cartographie, la moindre alerte d’emprise.

La frontière est tracée : d’un côté, une sociologie de cour, alignée sur l’agenda de la gouvernance mondialiste et de l’atlantisme, financée pour surveiller les mouvements populaires qui refusent la vassalisation de la Suisse ; de l’autre, une totale complaisance envers les lobbies étrangers qui dictent leur agenda à nos élites politiques.

Les citoyens, comme les députés des Grands Conseils romands qui votent chaque année les crédits budgétaires alloués à ces fondations, doivent poser les questions qui fâchent : à quoi sert réellement l’argent du contribuable ? Pourquoi finance-t-on une police des esprits chargée de pathologiser la défense de la souveraineté suisse, de la monnaie saine et de la neutralité de Nicolas de Flüe ?

La souveraineté de la Suisse n’est ni une secte, ni une pathologie, ni une croyance obscure : elle est le socle légal et historique de notre liberté. Il est grand temps de rappeler à leurs devoirs ces institutions qui ont troqué le service public contre l’intimidation politique.

Ludovic Malot
Ludovic Malot

Ludovic Malot entrepreneur et économiste. Il préside le mouvement citoyen Souveraineté Suisse, qui milite pour la préservation de l'indépendance, de la neutralité et de la démocratie directe.

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