Thélyson Orélien : les insultes passent, les détecteurs restent, le corbeau se dévoile
Dans l’affaire Thélyson Orélien, Marc Levy dénonçait mercredi un « compte de racistes » et imaginait un « groupuscule néo-nazi ». Entre-temps, un second détecteur a passé le roman entier au crible, avec des résultats accablants, et le détenteur du compte anonyme qui a levé le lièvre s’est présenté : Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro.
Notre précédent article sur Thélyson Orélien était à peine publié que le feuilleton fournissait assez de rebondissements pour remplir un nouvel épisode.
Premier acte, le 22 septembre : Pangram n’est plus seul. La société française Lucide passe l’intégralité des 59 488 mots de C’était ça ou mourir dans son propre détecteur, Lucide 3.0. Résultat annoncé : les 34 chapitres et l’épilogue sont tous classés générés par IA ; 34 affichent 100 %, le dernier 96,7 %. Quatre énormes morceaux de 13 500 à 17 900 mots obtiennent encore 100 %. Lucide teste ensuite 17 autres romans, 706 chapitres et près de 1,3 million de mots. Aucun n’est classé généré par IA. Sept sont signés par des auteurs haïtiens ou africains, pour vérifier qu’un style afro-caribéen ne déclenche pas artificiellement la machine : nique, bernique, rien, nada. Précaution utile : Lucide vend son détecteur et n’est donc pas désintéressé, mais l’entreprise rappelle elle-même que son outil ne reconstitue pas la fabrication matérielle d’un manuscrit.
Le 23 septembre, Marc Levy préfère une autre méthode d’enquête. Sur RTL, à propos de « Balance ton Claude », le compte X qui avait déclenché la polémique, il tranche :
« C’est un compte de racistes. »
Les anonymes sont des « lâches », de « toutes petites personnes minables ». Puis il pousse volontairement la démonstration jusqu’à l’absurde : il pourrait dire qu’ils appartiennent à « un groupuscule néo-nazi », puisqu’il n’en a « aucune preuve », manière de dénoncer l’accusation anonyme. La formule allait assez mal vieillir.
Le 24, Le Figaro révèle qui se trouve derrière « Balance ton Claude » : Samuel Fitoussi, essayiste et chroniqueur… au Figaro. Vendredi 25 au matin, l’intéressé le confirme sur X : il faisait partie d’un « projet collectif » dont les autres membres se dévoileront s’ils le souhaitent. Cela ne dit rien, à lui seul, de l’origine du roman, mais le procès express du « compte de racistes » et du « groupuscule néo-nazi », prononcé avant même de savoir qui tenait le compte, prend dès lors un relief assez savoureux.
Pendant qu’une partie du petit monde littéraire auscultait donc les idées et les intentions des accusateurs, les tests continuaient de s’empiler. Pour laver Orélien du soupçon, le meilleur outil reste celui qu’il annonce depuis plusieurs jours : ses brouillons datés et l’historique des versions. C’est moins flamboyant qu’un procès en fascisme. Pour savoir qui a écrit un livre, ça a néanmoins un avantage tout bête : ça parle du livre.