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Saxe-Anhalt : l’AfD balaie tout, l’Europe des patriotes applaudit

À 0 h 30 ce lundi, heure à laquelle nous mettons en ligne cet article, les dernières projections donnent à l'AfD 44,4 % des voix en Saxe-Anhalt, plus du double de 2021, et 39 sièges sur 83, à trois du seuil de la majorité absolue ; la CDU tombe à 17,2 %, la participation bondit à 76,9 %. Orbán, Kickl, Salvini, Abascal et Wilders ont salué la victoire dans la soirée.

La rédaction
7 septembre 2026 Modifié le 7 septembre 2026 à 0h51
7 min de lecture

Ils ont tout essayé. Le classement « extrémiste avéré » par les services de renseignement, les débats d’interdiction au Bundestag, les plans de contournement d’un gouvernement élu préparés dans les ministères berlinois, la presse Springer transformant le vote en trahison, et pour finir un attentat manqué opportunément imputé à Moscou à cinq jours du scrutin. Dimanche soir, les électeurs de Saxe-Anhalt ont répondu : 44 % pour l’AfD, la CDU divisée par deux, une participation jamais vue depuis la réunification. De Budapest à Madrid, la droite européenne, ou presque, salue un tournant.

Un raz-de-marée annoncé, et pourtant plus fort que prévu

Les sondages donnaient l’AfD au-dessus de 40 %. Elle finit au-dessus. Selon la dernière projection de la ZDF (23 h 22), le parti d’Ulrich Siegmund recueille 44,4 % des voix, plus du double de ses 20,8 % de 2021. La CDU du ministre-président sortant Sven Schulze s’effondre de 37,1 % à 17,2 %, le pire résultat de son histoire dans le Land. Derrière, le désert : SPD 9,1 %, Verts 8,9 %, Die Linke 8,6 %. Le FDP disparaît du Landtag avec 2,5 %, et le BSW de Sahra Wagenknecht s’y accroche de justesse à 5,2 %.

La participation, elle, dit tout du climat : 76,9 % des inscrits se sont déplacés, contre 60,3 % il y a cinq ans. Ce ne sont pas des abstentionnistes ramassés au bord de la route. Ce sont des citoyens qui ont fait la queue pour dire ce qu’ils pensent de ceux qui leur expliquent depuis dix ans pour qui il est interdit de voter.

Il manque à l’AfD trois sièges pour gouverner seule : 39 députés sur 83, la majorité absolue étant à 42. L’entrée du BSW au Landtag, acquise dans les dernières projections, a suffi à repousser ce seuil. Reste une arithmétique dont personne, à Magdebourg, ne veut : selon le Tagesspiegel, une majorité sans l’AfD exige d’attabler ensemble la CDU, le SPD, les Verts, Die Linke et le BSW. Cinq partis pour tenir à l’écart un seul, qui pèse à lui seul plus que les trois premiers réunis. L’autre hypothèse est un gouvernement minoritaire CDU-SPD-Verts toléré par Die Linke, ce que la base chrétienne-démocrate n’avale pas. Siegmund, qui avait promis de ne gouverner qu’avec une majorité absolue, a déjà évoqué de nouvelles élections si le blocage persiste. Chaque nouveau scrutin, jusqu’ici, lui a donné raison.

Tout a été fait pour empêcher ce résultat

Il faut mesurer ce qui vient d’être franchi. Nous avions, dans notre grand entretien du 22 août, demandé à Matthias Kleiser, ancien secrétaire de la fédération AfD de Saxe-Anhalt, si la diabolisation n’était pas devenue le meilleur agent électoral de son parti. Sa réponse tient en une phrase : elle est « avant tout l’expression d’un système politique qui s’en prend à une concurrence politique gênante au lieu de se confronter à ses arguments ». Lui-même, sans casier judiciaire, sans mention dans le moindre rapport du Verfassungsschutz, s’est vu retirer son permis d’armes pour avoir simplement fait son travail de « soldat du parti ».

La liste des obstacles dressés en cinq ans est longue. Fin 2023, la fédération régionale est classée « extrémiste de droite avérée » par l’office régional de protection de la Constitution. Début 2024, des manifestations de masse contre l’AfD sont organisées dans toute l’Allemagne. Cet été, le Daily Telegraph et Die Welt révèlent que des fonctionnaires fédéraux préparent des dispositifs pour couper un gouvernement régional AfD des circuits du renseignement et confier la protection des infrastructures critiques aux Länder voisins, ce que nous avons documenté dans notre analyse de la presse Springer. En août, Siegmund dénonçait une justice régionale « politiquement composée », rappelant que d’anciens élus du SPD et de Die Linke siègent au Tribunal constitutionnel du Land.

Puis vint la dernière semaine. Dans la nuit du 4 au 5 août, un drone chargé d’explosifs, qui n’a pas détoné, avait été retrouvé près d’un Antonov ukrainien à l’aéroport de Leipzig/Halle. Le 1er septembre, à cinq jours du vote, le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt en attribuait officiellement la responsabilité à la Russie, annonçait la fermeture d’un consulat russe, et l’OTAN entière se déclarait solidaire. La campagne s’en est aussitôt emparée. Le ministre-président du Bade-Wurtemberg Cem Özdemir (Verts) expliquait aux électeurs de Halle qu’il s’agissait de savoir si la Saxe-Anhalt devrait bientôt « demander l’autorisation de M. Poutine », et le président fédéral Steinmeier appelait à protéger la démocratie de ceux qui « la foulent aux pieds ». Le message était limpide : voter AfD, c’est voter Moscou. Les électeurs ont voté AfD.

Kleiser nous avait dit autre chose, que nous n’avions pas mesuré :

« Beaucoup de gens décrivent un sentiment comparable à celui de 1989. »

Dimanche soir, à Magdebourg, la formule a cessé d’être une image.

« Merz voulait nous diviser par deux »

Les mots sont venus de Berlin, de la tribune de l’AfD. « Friedrich Merz voulait nous diviser par deux ; c’est la CDU que nous avons divisée par deux », a lancé le coprésident Tino Chrupalla, rapporte le Tagesspiegel, en référence à la promesse faite jadis par le chancelier. Alice Weidel a parlé d’un « résultat historique » et d’un « mandat clair pour gouverner », en ajoutant que « notre main est toujours tendue ». Ulrich Siegmund, lui, l’a dit plus simplement :

« Nous avons écrit l’histoire dans ce Land. »

Selon le Handelsblatt, il tend la main à toute force prête à un « revirement politique fondamental ».

En face, c’est la débandade. Sven Schulze a reconnu la défaite en accusant les « vents contraires » venus de la politique fédérale de Merz. La secrétaire générale de la CDU, Franziska Hoppermann, jure que le pare-feu tient « par conviction ». Le président du SPD Lars Klingbeil y voit « un signal envoyé à Berlin » et promet de « réfléchir » au cap du gouvernement fédéral. Réfléchir : c’est déjà beaucoup, pour un parti qui pèse 9 % dans un Land qu’il a gouverné.

De Budapest à Madrid, la droite européenne prend acte

Les félicitations n’ont pas attendu les chiffres définitifs. Viktor Orbán a salué sur X une victoire « écrasante » et lancé à Weidel et Siegmund : « Accrochez-vous ! Ce n’est que le début ! ». À Vienne, le chef du FPÖ Herbert Kickl parle d’un « coup de semonce démocratique du souverain, perceptible bien au-delà de l’Allemagne » : les électeurs, dit-il, ont abattu dans l’urne « ce pare-feu antidémocratique » dressé contre la seule force patriote, et il annonce déjà une chancelière Weidel.

À Rome, Matteo Salvini a félicité « l’amie Alice Weidel » pour « un succès retentissant » qui traduit une demande de changement, de sécurité et d’emploi, pendant que son partenaire de coalition Antonio Tajani parlait de « très mauvaise nouvelle » : en une soirée, la ligne de fracture de la droite italienne est passée par Magdebourg. À Madrid, Santiago Abascal y voit « une grande espérance pour l’Allemagne et pour l’Europe », et cela malgré l’appartenance de Vox et de l’AfD à deux groupes différents au Parlement européen. Geert Wilders s’est contenté d’un « FÉLICITATIONS » en capitales, et Sarah Knafo, pour Reconquête, d’une « victoire historique ».

Et le Rassemblement national ? Rien. Aucun responsable n’avait réagi à minuit, note France 24 ; la veille, à Cernobbio, Jordan Bardella avait prévenu qu’un rapprochement n’était « pas prévu ». Le premier parti d’opposition français, qui siège avec Orbán, Salvini et Wilders, est donc le seul, à droite, à faire la même tête que Tajani. On lui souhaite de retrouver la parole avant le Mecklembourg.

Ce que Magdebourg dit à l’Europe

Ce n’est pas une élection régionale. C’est la première fois qu’un parti que tout l’appareil d’État allemand s’emploie à disqualifier approche les 45 % dans un Land, avec une participation digne d’une présidentielle. Le 20 septembre, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Berlin votent à leur tour ; l’AfD y est donnée en tête depuis des mois. Kleiser nous l’avait dit : la Saxe-Anhalt fait office de « système d’alerte précoce ». L’alerte a sonné.

Ce qui s’est passé dimanche vaut bien au-delà de l’Allemagne. Cela dit qu’un peuple auquel on répète qu’il n’a pas le droit de choisir finit par choisir quand même, et plus fort. Cela dit que les pare-feu ne protègent que ceux qui les construisent, et de moins en moins longtemps. Pour tous ceux qui, en Europe, défendent l’identité de leurs nations et les libertés de leurs citoyens contre des institutions qui ont cessé de leur faire confiance, Magdebourg est une bonne nouvelle. La première d’une série, si l’on en croit Orbán.

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