IA suisse : le modèle est helvétique, les puces restent américaines
La Suisse voit émerger ses propres modèles d’intelligence artificielle, d’Apertus à Giotto. Reste à maîtriser les puces, les serveurs, la distribution et l’énergie : la souveraineté ne se télécharge pas en un clic.
Face aux géants américains et chinois, la Suisse veut jouer sa partition dans l’IA. Après la sortie des modèles Solo et Alto de la lausannoise Giotto, la RTS salue le succès d’Apertus, issu des écoles polytechniques et téléchargé plus de six millions de fois en un an. Ses poids ouverts permettent de l’adapter et de l’héberger sans l’autorisation d’un fournisseur étranger.
Seulement, la liberté logicielle ne fabrique pas de processeurs. Le supercalculateur Alps de Lugano aligne 10 752 puces Nvidia Grace-Hopper. Le modèle Giotto Alto exige, lui, huit GPU Nvidia B300, même s’il peut être hébergé sur site. L’exécution peut être suisse, mais la fabrication et le renouvellement des puces restent étrangers.
Autre dépendance : la distribution. Notre enquête sur Hugging Face relevait qu’Apertus était diffusé par cette plateforme américaine. Depuis, un accord de rachat par Nvidia a été signé le 2 septembre. L’opération n’est pas achevée et le ministère américain de la Justice a posé des questions sur ses effets concurrentiels. De quoi relativiser encore un peu le slogan « Swiss made ».
Dans notre précédent article sur les freins américains à l’IA, nous soulignions déjà l’intérêt des modèles ouverts face aux accès révocables de ChatGPT ou Claude. Encore faut-il disposer de serveurs et de compétences pour les faire tourner sans dépendre d’une plateforme étrangère.
Le Conseil suisse de la science réclame depuis mai une stratégie nationale et des financements durables. En septembre, le Conseil national a adopté une motion en faveur d’une infrastructure numérique souveraine, malgré l’opposition du gouvernement. Au coût des machines s’ajoute celui de l’énergie : le projet de centre de données de Beringen a montré les inquiétudes suscitées par les besoins en électricité et en eau.
Apertus offre donc une liberté réelle vis-à-vis des modèles fermés, mais, pour disposer de toute la chaîne de calcul, la Suisse reste largement dépendante de l’étranger.
Poursuivre la discussion
Chers lecteurs, votre site évolue. Les commentaires sont toujours possibles, mais cela se passe sur les réseaux sociaux désormais.