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Blocus lycéens : La « révolution » avant les révisions

Après six semaines de contestation, certaines organisations lycéennes veulent relancer les blocages malgré les concessions de l’exécutif. Or, la rentrée révèle une mobilisation réduite, alors que certains réseaux d’extrême gauche cherchent à élargir le conflit. Au nom de la « convergence des luttes », qui défend encore les élèves soucieux de leur avenir ?

Richard Dalleau
3 novembre 2026
4 min de lecture

Le 2 novembre devait être la rentrée des classes, à tous les sens du terme. Pour certaines organisations lycéennes, c’est surtout le moment de relancer les blocus. L’USL, Les Lycéens ! et leurs soutiens étudiants appellent à poursuivre les blocages, avec une nouvelle échéance jeudi 5 novembre, jour de mobilisation sociale. Les revendications scolaires se fondent dans une « convergence des luttes » qui a désormais son calendrier politique.

Seulement, les lycéens ne suivent plus à la même cadence : selon le ministère, 41 établissements étaient bloqués ou visés par une tentative de blocage lundi matin, sur quelque 3 700 lycées. Après des centaines d’entre eux perturbés avant les vacances, voilà de quoi relativiser les proclamations martiales de l’extrême gauche. Les élèves manquent des cours alors que certains préparent le bac ; les appareils militants peuvent prolonger le mouvement, ce ne sont pas eux qui iront passer les examens.

Le gouvernement n’a pourtant pas répondu par le seul bâton. Côté carotte, il promet de remplacer Parcoursup en 2028, de plafonner les secondes à 28 élèves progressivement en 2027-2028 et de créer 500 postes d’enseignants. Quant aux quatre milliards annoncés pour rénover les lycées, ce sont des prêts préférentiels. Des mesures parfois utiles, mais tardives et tributaires d’un budget encore en discussion. Les syndicats y voient matière à refuser la reprise des cours, le régime, de quoi afficher son écoute du mouvement.

Les réseaux militants prolongent le mouvement

Notre enquête sur les passerelles entre syndicats, extrême gauche et LFI avait montré comment la contestation lycéenne s’inscrivait dans une stratégie politique plus large. Le cas des « Les Lycéens ! » est également révélateur. Née en 2020 d’une recomposition de la représentation lycéenne, cette organisation, initialement décrite comme proche des orientations gouvernementales, revendique aujourd’hui son indépendance partisane. Louis Letoublon, son vice-président, dénonce d’ailleurs les accointances politiques de ses concurrents. Cela n’empêche pas Pierre Sourzat, son président, d’appeler à poursuivre les blocus. Preuve que la radicalisation des méthodes déborde les réseaux de l’extrême gauche.

Cette dernière joue en attendant une partition très classique : récupérer la colère des salles de classe, l’agréger à celle du pouvoir d’achat, puis à la contestation générale de l’exécutif, au risque de transformer le droit de manifester en droit d’empêcher les autres d’apprendre. Le syndicalisme lycéen défend davantage la durée de la mobilisation que l’intérêt immédiat des lycéens.

En face, l’État alterne fermeté et recul. Lors de la première vague, il a exigé des poursuites rapides contre les violences ; après la grave blessure d’un adolescent à Lens, l’usage des grenades assourdissantes a été suspendu, puis réautorisé avant le 17 octobre. Ce jour-là, les défilés « contre la vie chère » ont débouché sur des pillages massifs, dont nous avons détaillé l’ampleur. Les journées suivantes ont encore posé la question de l’efficacité du maintien de l’ordre.

Difficile de ne pas voir dans cet enchaînement une stratégie de la tension : concessions à effet différé pour paraître conciliant, démonstrations d’autorité puis ajustements tactiques, sans jamais prendre réellement la mesure du problème, qu’il s’agisse des réelles difficultés que rencontrent certains lycées, des difficultés liées à Parcoursup, ou plus largement de la faillite économique et sécuritaire de la France. En attendant, les militants trouvent une cause à prolonger, le gouvernement, une posture à défendre, et les lycéens qui veulent étudier restent les grands oubliés.

En Suisse, la question dépasse d’ailleurs les seuls gymnasiens : les apprentis sont eux aussi tenus de fréquenter leurs cours professionnels, partie intégrante de leur formation et de leur contrat d’apprentissage. Que vaudrait leur droit à se former si une minorité militante pouvait décider de fermer les établissements ? Défendre l’école en empêchant les élèves d’y entrer : voilà une conception singulière du progrès social qui n’a heureusement pas cours chez nous.

Richard Dalleau
Richard Dalleau

Ancien reporter de guerre, Richard Dalleau a couvert des conflits aussi bien sur le terrain que dans leurs implications géopolitiques. Il traite des questions de Défense, de terrorisme, les sujets de société (immigration, délinquance…) et des menaces sur les libertés publiques. Il a collaboré ou eu des responsabilités d’encadrement (SR, rédacteur en chef) dans des médias de presse écrite et des agences de presse internationales.

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