Mafias : à Marseille les fusillades, à la Suisse le travail à bas bruit
Deux figures présumées du narcotrafic marseillais viennent d’être écrouées en Algérie. L’affaire éclaire, par contraste, le crime organisé en suisse : moins spectaculaire, plus discret, mais désormais bien implanté.
Fusillades à Marseille, cavales à l’étranger, la DZ Mafia cultive peu la discrétion et affiche ses origines. Mehdi Laribi, chef présumé de l’organisation, et Djamel Djeha, autre « objectif prioritaire » de la justice française, ont été placés en détention provisoire en Algérie à la demande du parquet d’Alger et à la satisfaction de Paris. Quelques semaines après la visite de Gérald Darmanin, la coopération judiciaire franco-algérienne ramène deux prises de choix.
En France, le narcotrafic s’affiche. Marseille en offre la version la plus spectaculaire : territoires disputés à coups de Kalashnikov, équipes armées, enlèvements, assassinats et règlements de comptes barbares. Le Sénat a décrit une violence criminelle devenue « totalement débridée ». La DZ Mafia incarne ce modèle de mafia communautaire : recrutement principalement de personnes d’origine algérienne, contrôle de points de deal, guerre de gangs et chefs capables d’opérer au-delà des frontières.
En Suisse, le décor change. Beaucoup moins de coups de feu dans la rue, beaucoup plus de discrétion. Fedpol constate que le pays a jusqu’ici été « largement épargné par la violence publique », tout en décrivant un « réseau dense » d’organisations criminelles transnationales. Implantation durable, logistique, blanchiment, infiltration de l’économie légale : le crime organisé y travaille davantage à bas bruit.
La ’Ndrangheta est le cas d’école. Les mafias italiennes sont implantées depuis près d’un demi-siècle et le Ministère public de la Confédération a encore mis en accusation en 2025 un homme soupçonné d’avoir représenté pendant près de vingt ans le clan Anello-Fruci en Suisse. Dans les stupéfiants, les réseaux albanais occupent une place majeure : au Tessin, la RSI a recensé 122 arrestations pour trafic en 2025, contre 78 un an plus tôt, soit une hausse spectaculaire de 56 %.
Plus récent, le cas de la Mocro Maffia rapproche davantage la Suisse du modèle français d’organisation criminelle communautaire et brutale. Née aux Pays-Bas et en Belgique et composée en grande partie de criminels d’origine marocaine – « mocro » désigne les Marocains en argot néerlandais –, elle s’est imposée dans le trafic européen de cocaïne par des méthodes d’une extrême violence. Fedpol confirme désormais sa présence en Suisse, notamment dans les stupéfiants et certaines attaques contre des distributeurs.
La différence entre les deux pays reste pourtant nette. Le Global Organized Crime Index 2025 place la France au 6e rang sur 44 pays européens pour le niveau de criminalité organisée, et la Suisse seulement à la 27e place. Marseille exhibe ses guerres de territoires ; les réseaux installés en Suisse préfèrent encore les sociétés-écrans aux kalachnikovs. Berne ne s’en réjouit qu’à moitié : sa première stratégie nationale contre le crime organisé part du constat que cette menace discrète grandit.