Rhin : les approvisionnements suisses à la merci de quelques centimètres d’eau
Le Rhin baisse et la Suisse redécouvre une dépendance stratégique. À Kaub, les barges ne chargent plus qu’une fraction de leur capacité. Pas de pénurie encore, mais le précédent de 2022 rappelle jusqu’où peut mener l’étiage.
Il suffit de quelques dizaines de centimètres d’eau en moins à Kaub, en Rhénanie-Palatinat, pour gripper une partie des approvisionnements suisses. Le Rhin y est si bas que la continuité de la navigation commerciale entre le nord et le sud de l’Allemagne est désormais menacée. Pour un pays sans accès à la mer, le goulet d’étranglement est à plus de 400 kilomètres de Bâle.
Environ 8 % des importations suisses transitent par le Rhin : produits pétroliers, denrées alimentaires, aliments pour animaux ou engrais. En 2025, le fleuve a encore acheminé 22 % des importations de brut et de produits pétroliers. Lundi 10 août, un navire-citerne arrivé à Bâle ne transportait plus qu’un cinquième de sa cargaison habituelle. Le reste doit basculer vers le rail et la route, à condition d’y trouver des capacités. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique assure que les biens essentiels restent disponibles. Pas de pénurie, donc. Pour l’instant. Les surcoûts et la fragilité logistique, eux, sont déjà là.
L’Allemagne encaisse le choc en première ligne. En 2022, 86,3 % des marchandises transportées sur ses voies navigables intérieures avaient emprunté, totalement ou partiellement, le Rhin. Lors de la sécheresse de 2018, le fret fluvial allemand avait chuté de 36,1 % sur un an au seul mois de novembre. Des Länder ont déjà levé l’interdiction dominicale de circulation des poids lourds pour absorber une partie du fret. Côté français, le problème reste surtout rhénan, l’Alsace disposant d’un relais ferroviaire qui continue à fonctionner lors des basses eaux.
Le précédent de 2022 interdit surtout à Berne de minimiser l’alerte. Cet été-là, le transport fluvial de produits pétroliers vers la Suisse était devenu « presque impossible ». La Confédération avait dû libérer près de 20 % des réserves obligatoires de pétrole entre fin juin et fin septembre pour éviter la pénurie. Ces stocks couvrent aujourd’hui quatre mois et demi de consommation pour l’essence, le diesel et le mazout, et trois mois pour le kérosène.
La Suisse a donc un coussin de sécurité, mais n’a pas supprimé sa dépendance. Quand le Rhin baisse, une part de son approvisionnement se joue toujours dans un étroit passage allemand… et dans quelques centimètres d’eau.