Contre le voile islamique, l’IZR, l’encombrant allié salafiste de la gauche
À Zurich, la gauche combat l’interdiction du voile à l’école. Elle pourrait bientôt retrouver dans le même camp référendaire l’IZR, organisation salafiste au lourd passif judiciaire.
À peine le Grand Conseil zurichois a-t-il transmis, par 87 voix contre 82 et six abstentions, la motion UDC visant à bannir les couvre-chefs religieux pour les élèves et les enseignantes que la bataille suivante s’organise, sur le terrain référendaire cette fois.
La gauche zurichoise a combattu la motion UDC qui prolonge l’offensive cantonale contre le voile déjà engagée en Argovie, à Saint-Gall et à Zoug. Le PS accuse l’UDC d’attiser les ressentiments antimusulmans. Au niveau national, le parti a encore durci sa ligne : une résolution de février 2026 condamne les interdictions générales du voile dans les institutions publiques et juge celles visant les enseignantes « disproportionnées et anticonstitutionnelles ». En 2010, le PS refusait pourtant les signes religieux ostensibles aux enseignants, voile compris. Nous avions relevé ce virage dans « Le socialisme du voile ».
Si le référendum n’existe pas encore juridiquement et reste soumis à l’adoption d’une loi, le camp du non s’organise déjà. Ferah Ulucay, ancienne secrétaire générale du Conseil central islamique suisse (IZR), affirme que près de 1 000 sympathisants se seraient manifestés et confirme que l’IZR participera au comité avec un soutien « logistique et organisationnel ». Une classique opération d’entrisme dont la gauche devrait une fois de plus faire les frais.
Fondé en 2009 autour de Nicolas Blancho et Qaasim Illi après la campagne sur les minarets, l’IZR est une organisation d’obédience salafiste, marginale numériquement dans le paysage musulman suisse, mais à l’influence significative. En 2024, le Tribunal fédéral a rendu définitives les condamnations de Blancho et Illi pour avoir contribué à diffuser des vidéos de propagande favorables à Al-Qaïda et au Front al-Nosra, son ancienne branche syrienne. Voilà la nature de l’encombrant soutien « logistique » qui s’annonce dans la bataille zurichoise du voile.
L’encombrant renfort salafiste
Il faut cependant éviter de confondre ce salafisme avec le frérisme, qui étend son influence en Suisse. Les Frères musulmans, nés en Égypte en 1928, ont développé une stratégie d’influence sociale, associative et politique. Le Qatar a accueilli et soutenu des figures ou réseaux fréristes, tandis que la Turquie a servi de refuge à des cadres fréristes égyptiens après la chute de Mohamed Morsi. L’Égypte, berceau du mouvement, le réprime depuis 2013.
Le salafisme possède un autre centre de gravité. L’Arabie saoudite est le foyer historique du wahhabisme, généralement considéré comme une variante saoudienne du salafisme, et son appareil religieux a joué un rôle majeur dans sa diffusion internationale. Le Koweït a lui aussi développé d’importants réseaux salafistes transnationaux.
L’une et l’autre mouvance possèdent par ailleurs leur « vitrine » terroriste : Al-Qaïda, Daech, AQMI/JNIM et historiquement le Front al-Nosra relèvent du salafisme djihadiste, tandis que le Hamas a été créé à partir de la branche palestinienne des Frères musulmans. Le Djihad islamique palestinien a aussi été fondé par d’anciens membres de la confrérie, tout en suivant ensuite une trajectoire propre et fortement liée à l’Iran.
Si, comme nous l’évoquions dans nos colonnes, le frérisme pratique l’entrisme, le salafisme est plutôt adepte du séparatisme, comme le révélait une enquête de la WOZ sur l’IZR et ses fondateurs, Blancho et Illi. En Suisse, hors IZR, le salafisme n’a pas d’organisation faîtière unique ni de recensement fiable. Il s’est surtout manifesté par des petits réseaux gravitant autour de certaines mosquées, de prédicateurs et de groupes informels : Winterthur a constitué le principal foyer connu, notamment autour de la mosquée An’Nur, fermée en 2017, et du réseau de distribution coranique « Lies ! ». Des noyaux ont aussi été signalés à Zurich, Bâle, Berne, Lausanne et Genève. Les spécialistes parlent plutôt d’une scène diffuse, très minoritaire et hétérogène que d’un réseau suisse centralisé.
Autour de la défense du voile islamique devrait donc se constituer à Zurich un front que nos voisins français qualifient « d’islamogauchiste », les uns combattant son interdiction au nom de la liberté religieuse, les autres au nom de la charia, antinomique avec la première.