Fusion des coopératives Migros : la direction tentée de se passer du vote des coopérateurs
La direction de Migros étudie la suppression des dix coopératives régionales qui structurent l’entreprise depuis 1941 et chercherait, selon la NZZ am Sonntag, un moyen d’y parvenir sans consulter ses 2,3 millions de sociétaires. Ludovic Malot, président de Souveraineté Suisse, appelle ces derniers à exiger le vote auquel les statuts leur donnent droit.
Le 20 septembre, la NZZ am Sonntag a révélé que Migros travaillait, dans le cadre de sa stratégie « Vision 2035 », à une refonte de ses structures : les dix coopératives régionales, qui se partagent le territoire de Genève au Tessin, pourraient être ramenées à trois, pour la Suisse occidentale, centrale et orientale, ou fondues en une coopérative nationale unique, solution qui aurait la préférence du directeur général, Mario Irminger. Migros assure qu’aucune décision n’a été arrêtée, tout en reconnaissant qu’une réflexion est en cours.
Le point le plus sensible tient à la manière de décider. Les statuts des coopératives régionales exigent, pour une dissolution ou une fusion, une majorité des deux tiers en votation générale, si bien que le refus d’une seule coopérative pourrait faire échouer l’ensemble du projet ; or, selon le journal zurichois, la direction examine précisément s’il serait possible de s’en dispenser. Le précédent de 2022 éclaire cette prudence : consultés sur la vente d’alcool, que leur recommandaient pourtant la direction générale et toutes les administrations régionales, les coopérateurs l’avaient rejetée dans les dix régions, avec une participation record.
C’est ce contournement que dénonce Ludovic Malot, président du mouvement Souveraineté Suisse, dans une tribune intitulée « Le grand braquage de Migros ». Il y voit l’aboutissement de la transformation lancée en 2024 avec les consultants de McKinsey, dont Migros assure s’être séparée à la fin de la même année, et qui a conduit à la vente de Melectronics, SportX, Hotelplan et Micasa comme à l’annonce de jusqu’à 1 500 suppressions de postes. L’auteur rappelle que Gottlieb Duttweiler, en transformant son entreprise en coopérative en 1941, avait voulu des régions fortes et un centre limité, afin que les décisions restent proches des producteurs et des clients, et que les coopérateurs sont les propriétaires de Migros, non ses simples clients.
Quels que soient les gains d’efficacité attendus d’une structure unique, une réforme qui touche à la propriété même de l’entreprise ne peut être tranchée par ceux qui la dirigent au nom de ses sociétaires, et la votation générale prévue par les statuts n’a rien d’une formalité qu’un montage juridique permettrait d’écarter. La tentation de limiter la portée du vote de la base n’est d’ailleurs pas propre à Migros : pour les Bilatérales III, le Conseil fédéral défend lui aussi un simple référendum facultatif plutôt que la double majorité du peuple et des cantons.