Neutralité : la claque, l’alimentation : la victoire. 5 questions à Nicolas Kolly
Le peuple suisse a rejeté dimanche l'initiative sur la neutralité, au terme d'une campagne d'une virulence inédite, signe que ses adversaires mesuraient parfaitement l'enjeu du scrutin. Il a en revanche suivi l'UDC sur l'initiative alimentaire. Le conseiller national fribourgeois Nicolas Kolly (UDC/FR) revient pour Les Observateurs sur ce double résultat, le contexte de la campagne et les suites qu'il en tire.
Deux objets, deux verdicts contrastés. L’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse » a été balayée par plus de 70 % des votants hier dimanche 27 septembre, sans qu’aucun canton ne la soutienne. À l’inverse, l’initiative « Pour une alimentation sûre », combattue par l’UDC, a elle aussi été rejetée à une large majorité, un résultat que le parti revendique comme une victoire.
Nous avons interrogé Nicolas Kolly, conseiller national UDC fribourgeois, pour recueillir sa réaction à chaud.
« Je crains que ce résultat n’encourage la majorité politique favorable à un rapprochement accru avec l’OTAN et l’Union européenne. »
Entretien
Le vote de ce dimanche a eu lieu dans un climat de guerre et de réarmement en Europe. Autant dire un contexte très défavorable. Cette initiative n’est-elle pas venue trop tard ? Aurait-elle eu une chance dans une Europe en paix ?
Je ne suis pas certain qu’un autre contexte aurait permis de faire accepter cette initiative. Lorsqu’on demande à la population de se prononcer sur un principe qui lui paraît abstrait et qui ne touche pas directement son quotidien, il est difficile de réunir une majorité.
Le moment était néanmoins venu de réaffirmer une neutralité suisse crédible, perpétuelle et armée, après les décisions du Conseil fédéral que nous considérons comme des entorses répétées à ce principe. J’espère que ce refus ne sera pas interprété à l’étranger comme un abandon de notre neutralité. Beaucoup d’opposants à l’initiative ont assuré pendant la campagne que la Suisse était et resterait neutre. Ils doivent désormais tenir cette promesse.
Le Conseil fédéral et Ignazio Cassis ont fait campagne contre l’UDC et son « initiative Poutine ». Le gouvernement est-il sorti de son rôle ? Et peut-on encore défendre la neutralité en Suisse sans passer pour un agent de Moscou ?
Le Conseil fédéral et Ignazio Cassis avaient le droit de défendre leur position contre l’initiative. Je regrette toutefois qu’ils ne se soient pas limités à informer la population de manière objective. Leur discours m’a paru contradictoire : ils affirmaient d’un côté que la Suisse était neutre depuis 1815 et que l’initiative ne changerait rien ; de l’autre, ils défendaient une neutralité flexible, susceptible de s’adapter aux conflits et aux blocs.
À mes yeux, cette conception risque de rapprocher toujours davantage la Suisse de l’OTAN et de l’Union européenne, au détriment de sa souveraineté et de sa capacité à dialoguer avec tous les pays pour promouvoir la paix. Défendre une neutralité crédible et indépendante est une position suisse légitime. La réduire à une sympathie pour Moscou empêche de débattre sérieusement du fond.
Le Conseil fédéral a-t-il désormais les mains libres pour reprendre les sanctions européennes et se rapprocher de l’OTAN ? Ou bien les défenseurs de « l’exception suisse » disposent-ils encore de leviers ?
Je crains que ce résultat n’encourage la majorité politique favorable à un rapprochement accru avec l’OTAN et l’Union européenne. À force d’intensifier ces rapprochements, certains pourraient finir par présenter l’adhésion comme l’étape finale nécessaire. Nous devons préserver notre liberté de décision et notre capacité de défense.
Le Conseil fédéral n’a toutefois pas reçu un blanc-seing. La reprise des sanctions européennes doit rester une décision suisse, et non un automatisme. Nous continuerons à examiner les projets de coopération, à défendre notre position au Parlement et, si nécessaire, à faire appel au peuple. Une adhésion à l’OTAN créerait une obligation d’assistance incompatible avec notre neutralité. C’est une limite qui ne doit jamais être franchie.
Autre sujet : l’initiative sur l’alimentation est rejetée, mais le problème reste : la Suisse importe plus de la moitié de ce qu’elle mange. Quelles sont les solutions préconisées par l’UDC ?
Je me réjouis du rejet de cette initiative. Chacun est libre de manger végétarien ou végétalien, mais les choix alimentaires ne doivent pas être dictés par l’État et par une minorité. L’initiative prévoyait de favoriser davantage les denrées végétales ; elle allait, à mes yeux, dans la mauvaise direction pour notre agriculture.
Pour renforcer notre approvisionnement, il faut d’abord préserver les terres agricoles. La population suisse a augmenté de près de deux millions de personnes depuis 2000 : nous ne pouvons pas poursuivre cette croissance et construire toujours davantage sur les surfaces qui nous nourrissent. L’UDC défend donc une maîtrise de l’immigration pour protéger nos terres agricoles de l’urbanisation. Il faut aussi soutenir une agriculture capable de produire, plutôt que multiplier les incitations à retirer des terres de la production dans le but de mettre en place des jachères ou de faire de nos paysans des jardiniers du paysage.
Le vote sur l’accord avec l’UE, les mal nommées « bilatérales III », se profile à l’horizon. Pensez-vous que le résultat de ce soir pèsera dans le débat ?
Effectivement, ce traité de soumission avec l’Union européenne n’a de bilatéral que le nom. Je pense cependant qu’il s’agit, avec le vote sur la neutralité, de deux sujets relativement différents. De plus en plus de politiciens, notamment au centre droit, qui ne sont pas naïfs, commencent à se rendre compte de tous les effets négatifs de ces traités et du fait qu’en pesant le pour et le contre, la balance penche toujours davantage vers un nécessaire refus.
Avec le mécanisme institutionnel mis en place, nous mettons la main dans un rouage qui nous mènera très probablement vers une adhésion. À court terme, ce ne sont rien de moins que notre souveraineté et notre démocratie directe que nous abandonnons. L’article 34 de notre Constitution fédérale garantit nos droits politiques, en particulier la libre formation de l’opinion des citoyens et des citoyennes ainsi que l’expression fidèle et sûre de leur volonté. Mais le jour où notre population exercera, par exemple, son droit de référendum contre une loi qui reprend ce que nous a dicté Bruxelles, et où, durant la campagne de votation, planeront sur le choix des votants des menaces, notamment d’amendes financières de Bruxelles, la libre formation de l’opinion n’existera plus. Comment le souverain suisse pourra-t-il exercer librement son droit de vote et exprimer fidèlement sa volonté dans ces circonstances ?
Ces « bilatérales III » ne sont rien de moins qu’un traité qui détruira notre démocratie directe et donc notre liberté de décider par nous-mêmes de ce qui est bon pour nous. Elles feront de la Suisse, au lieu de l’État fort et souverain qu’elle est, un État vassal, satellite de Bruxelles. Quand on voit comment fonctionnent la politique et l’économie dans l’Union européenne, ce sera un nivellement par le bas inacceptable. Pour moi, ce sera la fin de la prospérité suisse. Pour ces raisons, avec mon parti, nous mettrons toutes nos forces pour que cela n’arrive pas.
Propos recueillis par Dimitri Fontana