Présidentielle 2027 : une armée mexicaine part à l’assaut de l’Élysée
À huit mois du premier tour, la présidentielle française prend des allures d’« armée mexicaine » : les chefs y sont si nombreux qu’on finit par chercher la troupe. Candidats déclarés, candidats aux primaires, candidats qui réfléchissent encore à leur candidature : l’Élysée ne manque décidément pas de prétendants.
L’expression est passée dans le langage courant : une « armée mexicaine » désigne, selon le Larousse, une organisation à la hiérarchie pléthorique, où les chefs sont bien plus nombreux que ceux qu’ils sont censés commander. À regarder le paysage politique français à huit mois du scrutin, la comparaison s’impose d’elle-même.
Dès le début de l’été, Le Monde recensait déjà 34 candidats déclarés ou probables, et le décompte bouge presque chaque semaine. Dimanche 6 septembre, Fabien Roussel est venu ajouter son képi à la collection : les militants communistes ont approuvé sa candidature à 72 % et le secrétaire national du PCF a aussitôt annoncé qu’il serait candidat.
À droite et au centre, chacun ou presque dispose désormais de son général. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Xavier Bertrand et David Lisnard ont fait part de leurs ambitions. Laurent Wauquiez, qui a lui-même longtemps lorgné l’Élysée, plaide désormais pour une primaire chargée de départager tout ce petit monde.
Au Rassemblement national, Marine Le Pen est candidate. Plus loin sur l’échiquier, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau et Florian Philippot se sont également déclarés, tandis qu’Éric Zemmour n’a pas encore dit s’il repartait au combat.
Mais c’est à gauche que l’état-major manque franchement de bureaux. Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, François Ruffin et désormais Fabien Roussel sont sur les rangs. Il faut y ajouter Bernard Cazeneuve, qui entend courir sans passer par la primaire socialiste, et cette primaire social-démocrate elle-même, où s’annoncent Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Jérôme Guedj et Ségolène Royal. Sans oublier Karim Bouamrane, Philippe Brun ou Delphine Batho, entrés dans la mêlée à des titres divers.
L’inventaire serait incomplet sans les candidatures venues des petites formations et de la société civile : Nathalie Arthaud, Anasse Kazib, Selma Labib, Clara Egger, Benoît Mathieu, Juan Branco, et même Francis Lalanne, qui a officiellement décidé de tenter l’aventure.
Bon nombre de ces candidatures s’évanouiront évidemment dans les primaires, les ralliements ou devant l’obstacle des 500 parrainages nécessaires pour figurer sur le bulletin de vote. En attendant, chaque état-major a déjà son général, parfois son maréchal, et l’on cherche encore les régiments.
Le premier ministre Sébastien Lecornu avait résumé la situation dès le mois de juin : il faudrait veiller, disait-il, « à ce qu’il n’y ait pas plus de candidats que d’électeurs ». À huit mois du scrutin, la plaisanterie vieillit plutôt bien.
Tout le monde ne s’en amuse pas. Dès le mois de juillet, notre rédacteur en chef Uli Windisch jugeait « proprement surréaliste » cette série de candidats qui « veulent tous être présidents » et annonçait une année entière de « combat de coqs », où chacun s’emploiera à prouver qu’il est le meilleur pendant que la France affronte des problèmes très graves. Les électeurs, prévenait-il, n’y seront guère sollicités, « sinon comme spectateurs de cette empoignade ». Son verdict tenait en une phrase : « Face à la gravité de la situation du pays, ce spectacle est à mon avis indigne. » Deux mois et quelques généraux plus tard, le diagnostic n’a pas pris une ride.